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HommageXavier Pellegrini s’en est allé

Notre confrère nous a quittés le 7 septembre, à l’âge de 61 ans. Il avait notamment révélé la faillite de la BCGe.

Le regard aiguisé de Xavier Pellegrini va nous manquer.
Le regard aiguisé de Xavier Pellegrini va nous manquer.
DR

Une longue maladie aura eu raison de ce journaliste genevois, d’origine valaisanne, qui était l’un des plus brillants de sa génération. On pourrait tenter de condenser son travail aux multiples facettes en une date, celle du 2 décembre 1999. Dans «L’Hebdo» de ce jour-là, Xavier Pellegrini publie une longue enquête intitulée «Injures, sexe et dollars: le Palais s’embrase». Le rédacteur révèle et décrit minutieusement les tensions entre le Parquet genevois et les avocats d’affaires, sous l’œil des députés dépassés en entendant des balles siffler. Les attaques sont ciblées; les phrases, belles.

Dans ce même numéro, il rédige un essai titré «Action et réaction: la loi de Starobinski». Je me souviens - je travaillais dans cet hebdomadaire à l’époque - qu’il nous avait tranquillement rassurés: «Je peux l’écrire en un jour; je connais l’œuvre de Staro, notamment sa façon de s’emparer des mots-clefs du positivisme.»

Son parcours a connu plusieurs virages. Notre confrère a étudié, à la Faculté des lettres de Genève, l’histoire, l’anglais et l’histoire de l’art - ce qui m’a d’ailleurs toujours étonné parce qu’il traduisait de l’allemand aussi vite qu’un quidam lit en français. Il entame sa carrière au «Samedi littéraire» puis à la locale du «Journal de Genève».

Je ne me souviens pas que Xavier ait fait état une seule fois de ce haut fait journalistique

Au début des années 90, sous l’aile de Jacques Pilet, il participe au lancement du «Nouveau Quotidien», avec un rôle clé pour ce titre: correspondant à Bruxelles. De mémoire de lecteur, il fut le seul à narrer l’aventure européenne et les liens avec la Suisse de façon passionnante, avec un lot d’informations inédites. Le refus de la Suisse de ratifier l’Espace économique européen, le 6 décembre 1992, entraînera son rapatriement et sa promotion à la fonction de rédacteur en chef adjoint. Mais Xavier Pellegrini continuera de jongler, avec brio, entre Bruxelles, Lausanne et Genève.

Côté carnet familial, à relever que le premier avis de naissance paru dans le «Nouveau Quotidien» fut celui de sa fille, Elsa, née le 19 septembre 1991. Le frère cadet, Fabrice, verra le jour un an plus tard à Bruxelles. Sa femme, Catherine Focas, est l’une des responsables de la rubrique Genève et Région à la «Tribune de Genève» et son père, Hermann Pellegrini, fut rédacteur en chef puis directeur du «Nouvelliste». À eux et à l’ensemble de sa famille, dont sa sœur et notre consœur Béatrice Pellegrini, nous présentons toute notre sympathie.

Ceux qui ont bien connu Xavier Pellegrini regrettent l’homme curieux de tout, qui a distillé des informations et des conseils, précieux tout au long de sa vie. Doté d’une extrême sensibilité, il se méfiait du ton docte. De l’humour, avec un sourire en coin, était sa façon de convaincre.

Et j’allais oublier… En 1999, correspondant de «L’Hebdo» à Genève, donc seul dans son officine, Xavier Pellegrini a révélé la déconfiture de la Banque Cantonale de Genève. Puis, face aux dénégations des responsables de la BCGe d’alors, il a fortement contribué à apporter la lumière sur cette faillite. Nous avons passé nombre de journées et de soirées à discuter, à débattre ensemble. Je ne me souviens pas que Xavier ait fait état une seule fois de ce haut fait journalistique, dont beaucoup de confrères se seraient enorgueillis. Pour lui, qui a connu des pics et des bas, il y avait des choses plus importantes dans la vie.