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CinémaWilliam Friedkin, un grand maître dignement fêté aux Cinémas du Grütli

Ce programme rassemble onze films d’un cinéaste qui a eu 85 ans samedi.

Le thème de la folie humaine est au coeur de plusieurs titres.
Le thème de la folie humaine est au coeur de plusieurs titres.
DR

Son nom fonctionne comme une sorte de sésame d’un grand cinéma populaire et de qualité. Voir un film de Friedkin, c’est s’assurer un bon moment, c’est la garantie d’une séance de cinéma où on en aura pour son argent, tout en restant dans une vraie ligne (auteuriste pour faire simple) d’écriture qui a mis quelques années à obtenir ses lettres de noblesse. Celui qui a eu 85ans samedi a droit par la même occasion à une jolie rétrospective au Grütli, cycle encore visible jusqu’au 8septembre. Non pas une intégrale, compliquée à mettre sur pied, mais un panorama de onze films largement suffisant pour appréhender l’univers du bonhomme, ses obsessions récurrentes et ses lignes créatrices.

Dans ce programme, à l’origine concocté par Thierry Jobin et destiné à être l’une des sections phares du FIFF à Fribourg, ne sont pas forcément convoqués les films les plus connus, mais aussi des œuvres de l’ombre qui auraient tout à gagner à en sortir. Le thème de la folie humaine et de la ligne ténue que l’homme franchit parfois est au cœur de plusieurs titres, porté par un métrage comme le dément «Cruising», dans lequel Al Pacino enquête sur une série de meurtres commis dans le milieu gay SM du New York des années80. On commence alors tout juste à parler de sida et cette descente aux enfers révèle la face cachée d’un monde où peuvent se nicher le désir et la peur dans leurs pires représentations. Très audacieux pour l’époque, «Cruising» est devenu un témoignage sur une époque comme une étape clé de la carrière d’un cinéaste tenu aujourd’hui pour un maître.

On redécouvrira aussi son aptitude à triompher des remakes. En adaptant «Le salaire de la peur» de Clouzot en un «Sorcerer» encore plus poisseux que l’original, il délivre une véritable profession de foi. Composant avec l’effroi et le dépassement de soi – deux constantes de l’ensemble de son oeuvre –, Friedkin ne se laisse jamais dépasser ni écraser par son sujet.

«L’exorciste» en est un autre exemple frappant, et il faut se souvenir qu’en 1974, à la sortie du film, on n’avait encore jamais vu ça et que la folie baignant le métrage n’évite pas le malaise. Au premier sens du terme, puisque beaucoup de spectateurs de l’époque avaient dû quitter la salle en ambulance, direction les Urgences. Ce qui fait indirectement de Friedkin un pionnier non pas de l’horreur, mais surtout de la peur, le film étant devenu un mètre-étalon du genre, ce qui n’est pas rien. «To Live and Die in LA» donne une autre idée de son cinéma, dans une ligne graphique elle aussi très travaillée, mais cette fois plus abstraite dans ses grandes largeurs, même si les motifs du polar demeurent. Ce petit cycle est aussi l’occasion de redécouvrir des films plus rares comme «Jade», «Bug», «The Guardian», «Killer Joe» ou «Rules of Engagement». Tous ne sont pas majeurs mais tous méritent le détour.

Cinémas du Grütli, jusqu’au 8 septembre