Voyager sans nausées

Si le mal des transports ne se guérit pas, on peut en diminuer les symptômes. Conseils de médecins avant les vacances.

Les enfants entre 7 et 12 ans sont les plus sujets au mal des transports.

Les enfants entre 7 et 12 ans sont les plus sujets au mal des transports. Image: iStockphoto

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En train, en voiture, en bateau ou en avion: on n’est pas tous égaux devant le mal des transports. Certains pourront faire le trajet de l’InterCity Neuchâtel-Genève en lisant leur roman, d’autres le passeront à fixer un point à l’horizon pour diminuer leurs nausées. En voiture, si on ne conduit pas, il suffit parfois de se baisser pour fouiller dans son sac ou de se retourner pour passer un mouchoir aux passagers arrière pour avoir mal au cœur. La cinétose, de son petit nom médical, varie en intensité en fonction des individus. Si les bambins de moins de 2 ans sont immunisés, ce sont principalement les enfants entre 7 et 12 ans qui sont sujets au mal des transports, avec une prévalence de 40% dans cette tranche d’âge. Mais les symptômes peuvent perdurer à l’âge adulte, voire toute la vie.

Des informations contradictoires

D’un point de vue médical, le phénomène est multifactoriel, comme l’explique le Dr Nils Guinand, spécialiste de l’oreille interne, médecin adjoint responsable d’unité au Service d’ORL des HUG: «Il y a trois modalités d’informations qui sont intégrées par le système nerveux central. Le système vestibulaire qui fait partie de l’oreille interne, qui fonctionne comme un capteur de mouvement et permet de fournir pratiquement sans délai des informations de mouvement et de position de la tête au système nerveux central. Le système visuel, qui fournit aussi des informations de mouvement au système nerveux central, qui est cependant bien plus lent, et enfin il y a le système proprioceptif, c’est-à-dire les capteurs qu’on a sur la peau, par exemple au niveau de la plante des pieds, dans les articulations, qui donne des informations sur la position de notre corps dans l’espace.»

Pour chaque situation, le système nerveux central effectue une sorte de prédiction de comment elle devrait être perçue. «Quand cette prédiction ne correspond pas au résultat de l’intégration des informations multimodales reçues par le système nerveux central, des symptômes de vertige, de nausées, de sensation de tangage peuvent apparaître», continue le spécialiste.

Un bug du système qui se déclenche d’autant plus facilement en cas de mouvements particuliers, comme ceux ressentis dans des virages serrés par exemple. «Plusieurs travaux l’ont démontré, le mal des transports survient quand il y a une discordance entre le codage interne du système vestibulaire, orienté par rapport à l’axe de la gravité, et des mouvements très provocants, comme pencher la tête pendant qu’on tourne, ou faire des mouvements répétitifs en voiture, qui vont perturber la perception de la verticalité», commente le Dr Raphaël Maire, médecin-chef responsable de l’Unité d’audiologie et otoneurologie du CHUV.

Pourquoi lire, c’est pire

Avant l’ère du GPS qui parle au conducteur, la seule idée de lire une carte pour un copilote sujet au mal des transports était un supplice. «Il faut harmoniser l’information visuelle avec l’information que reçoit la tête, donc lire en voiture, c’est plutôt délétère parce qu’on va avoir une image fixe alors que l’oreille interne va sentir que ça bouge», confirme le Dr Maire. Une des solutions pour éviter les conflits serait de stabiliser son regard, droit devant, et ce d’autant plus quand on est secoué de gauche à droite. Une technique éprouvée, corroborée par la mise sur le marché en été 2018 par une marque automobile de lunettes, matérialisant la ligne d’horizon pour réduire les nausées. Quant à ceux qui pensaient que de se mettre dans le sens de la marche, en train ou en bus donc, les aiderait à ne pas trop souffrir, la tactique est qualifiée de «discutable» par le Dr Nils Guinand. Pourtant, en faisant en sorte que le paysage ne défile pas à l’envers, ça devrait aider, non? «En effet, cela évite une stimulation visuelle contradictoire à celle qu’on anticipe. Et comme le système vestibulaire intègre aussi l’information visuelle et est crucial dans le codage des mouvements oculaires, le fait de s’asseoir dans le sens de la marche pourrait atténuer les symptômes», reconnaît le Dr Maire.

La force de l’habitude

Plus que voyager l’estomac léger, qui n’offre réellement que l’avantage – non négligeable, selon le point de vue – d’avoir moins à vomir, c’est de s’habituer à ces situations de conflit qui pourrait en venir à bout. Ainsi, la méthode dite «d’habituation» est pratiquée dans l’armée par les pilotes notamment, qui ne peuvent pas se permettre d’avoir le mal de l’air en pleine mission: ils ont un entraînement spécial et répétitif qui leur permet de résister à des situations dans lesquelles ils sont secoués dans tous les sens. Idem pour les marins qui finissent par ne plus avoir le mal de mer. «On pourrait imaginer refaire la route de montagne qui provoque des nausées plusieurs fois par jour pendant plusieurs jours, les symptômes diminueraient progressivement, indique le Dr Nils Guinand, Le hic, c’est que cet exercice n’est pas réaliste et qu’en plus le bénéfice est transitoire.»

Faire diversion

S’ils admettent l’utilité de certains médicaments pour atténuer les symptômes, les spécialistes soulignent qu’il n’y a pas de remède miracle. «En gros, il y a un type de médicament qui agit sur les récepteurs de l’histamine, l’autre sur le système sympathique, décode le Dr Nils Guinand. Ça peut aider, mais il n’y a pas de nouveauté sur le marché.» Hors médicaments, le Dr Raphaël Maire préconise des gestes simples: «Éviter de bouger la tête, essayer d’aligner la tête et le corps au mouvement qu’on est en train de subir, éventuellement se coucher.» Et il y a ceux qui tentent de faire diversion. Comme les adeptes de l’acupressure, qui utilisent un bracelet qui stimule avec une petite bille un point nommé «Nei Guan» en chinois, au creux du poignet, efficace selon Prune Hu, acupunctrice à Lausanne: «C’est un point sur lequel on peut agir sur la sensibilité de la personne, et ça fonctionne bien pour le traitement de l’oreille interne.»

D’autres dégainent Baume du Tigre ou menthe poivrée pour s’en masser les tempes ou se tapotent le front du doigt. Des stratégies qui détournent l’attention de la perception négative en se focalisant sur une tâche. À chacun la sienne pour que le voyage ne se transforme pas en chemin de croix.

Créé: 12.07.2019, 10h34

Des aides pour diminuer les symptômes

Disponibles en pharmacies, ces aides au voyage peuvent être adaptées, sur conseils de spécialistes, notamment pour les effets collatéraux, comme la somnolence dans certains cas. Dans tous les cas demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien, sans oublier de leur préciser les autres pathologies dont vous pourriez souffrir.

Pour les enfants et pour les grands: L’homéopathie fonctionne plutôt bien, si tant est qu’on respecte scrupuleusement les prises parfois contraignantes. Nux Vomica, Similasan Maux de voyage ou Cocculine par exemple, sont à prendre plusieurs heures avant le départ, avec des prises ensuite toutes les heures pour être efficaces.

Durant le trajet: Pour les adeptes de la phytothérapie, le gingembre a un puissant effet contre les nausées. On peut le consommer en tisane à boire durant le voyage, frais à croquer ou sous forme de bonbons, par exemple.

Pour les longs trajets: À prendre une heure avant le départ, l’Itinerol B6, qui contient de la méclozine, agit plusieurs heures sur les symptômes, mais ne peut être administré qu’aux enfants
de plus de 12 ans – et aux adultes

Pour les trajets de quelques heures: Le Stugeron en tablette, qui contient de la cinnarizine, fonctionne assez bien, ainsi que les chewing-gums Trawell, contenant du dimenhydrinate, à mâcher 3 à 5 minutes. Ils atténuent les nausées rapidement.

Pour les coups de nausée intempestifs: Le temps d’un Lausanne-Neuchâtel par exemple, le Motilium lingual soulage temporairement.

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