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Événement«Vous êtes ici» pour une folle aventure théâtrale

Après deux ans de gestation, le projet qui fédère les arts de la scène genevois démarre tambour battant à L’Orangerie. Au vu du premier épisode, ça promet!

De gauche à droite: Maxime Gorbatchevsky, Juan Antonio Crespillo, Karim Kadjar, Rébecca Balestra, Baptiste Gilliéron, Claude-Inga Barbey, Davide-Christelle Sanvee, Sandro Rossetti, Aurélien Gschwind et Noémie Griess, une partie de la réjouissante affiche de «Vous êtes ici».
De gauche à droite: Maxime Gorbatchevsky, Juan Antonio Crespillo, Karim Kadjar, Rébecca Balestra, Baptiste Gilliéron, Claude-Inga Barbey, Davide-Christelle Sanvee, Sandro Rossetti, Aurélien Gschwind et Noémie Griess, une partie de la réjouissante affiche de «Vous êtes ici».
Christian Lutz

On n’avait jamais vu tant de décideurs, subventionneurs, programmateurs et acteurs de la scène théâtrale réunis autour d’une même mare aux grenouilles. Du ministre de la culture Thierry Apothéloz au maire de la Ville Sami Kanaan, des représentants de l’éducation aux directeurs de salles, des aspirants comédiens aux auteurs établis, personne n’a manqué le rendez-vous, mercredi soir à l’Orangerie, pour assister au coup d’envoi d’une série dramatique qui agitera les esprits tout au long de la saison. On aurait dit la séance de la Revue réservée aux VIP, en version estivale. Pas un spectateur lambda à l’horizon.

C’est pourtant bien à lui que s’adresse le feuilleton nomade «Vous êtes ici» (lire ci-dessous). On a pu le constater sur les planches, passé les discours officiels en plein air qui saluaient la «concertation» mise en œuvre pour faire advenir pareil «miracle» dans l’incertain contexte actuel. Lui, vous, moi, échantillons d’un panel démographique scrupuleusement respecté par les concepteurs du projet.

Éventail sociologique

Plantons donc le décor de cet épisode 1, «La Chambre à lessive». L’heure des catastrophes naturelles a sonné: tandis que la planète implose, Genève est désormais la proie de failles dévastatrices, qui ont déjà déchiré le quartier de la Jonction par exemple. Au centre-ville, pour l’instant épargné, les locataires d’un immeuble se retrouvent au sous-sol, dans la buanderie où ils se partagent la machine à laver. Le tambour tourne, des chemises sèchent, le papa poule de l’étage, Lukas (Baptiste Gilliéron), filme maladroitement l’entretien que lui accorde Sandro Rossetti, le vrai, l’architecte contrebassiste, l’«acharniste» de tous les combats pour la culture indépendante du bout du lac. Voilà pour la part documentaire du volet.

Des comédiens galvanisés

Déboule le concierge Miguel, segundo imbibé de préjugés réacs, qui doit rafistoler la plomberie et rappeler à l’ordre les utilisateurs du lave-linge. Campé par un Juan Antonio Crespillo tout droit sorti du théâtre de papa, il franchit les murs fictifs en ponctuant ses «j’ouvre la porte! je ferme la porte!» d’exclamations vaudevillesques. Entre ses entrées et sorties, on verra encore se bousculer la maman bobo (Rébecca Balestra), la fille d’immigrée kosovare (Noémie Griess) et son amant portugais (Gabriel Arellano), ainsi que les trois Camille qui squattent le premier étage (Maxime Gorbatchevsky, Aurélien Gschwind et Davide-Christelle Sanvee), très à cheval sur les questions de genre, toujours à l’affût d’une prochaine action directe.

Tous autant qu’ils soient, les comédiens irradient. En plus de leurs rôles bigarrés, ils défendent visiblement une entreprise aux enjeux majeurs pour l’ensemble de la profession. Avec l’ingénieuse scénographie de Sylvie Kleiber, les virgules musicales mouchetées par Brice Catherin et la remuante mise en scène de Marion Duval, ils retiennent l’attention de bout en bout de ce chapitre d’exposition. Si bien qu’en fin d’épisode, quand le bâtiment finit par s’effondrer sous l’effet d’un nouveau glissement de terrain, on en vient, comme devant sa série Netflix, à trembler d’effroi, à haleter d’impatience avant le numéro 2.

Sauf qu’«ici», comme l’énonce le titre, c’est vivant. C’est maintenant. C’est tous ensemble. Et c’est l’insolente promesse d’un monde qui bouge. Applaudissements mérités du gotha.

Squatteurs partisans de l’action directe, concierge réac, couple bobo, immigrée kosovare ou vétéran «acharniste», les habitants de l’immeuble qui s’effondre représentent un large panel de la population genevoise.
Squatteurs partisans de l’action directe, concierge réac, couple bobo, immigrée kosovare ou vétéran «acharniste», les habitants de l’immeuble qui s’effondre représentent un large panel de la population genevoise.
Myriam Ziehli

«Vous êtes ici», épisode 1 «La Chambre à lessive», au Théâtre de l’Orangerie jusqu’au 26 septembre, www.theatreorangerie.ch. Épisode 2, «Les Ruines», au Poche Genève, du 5 au 13 octobre, www.vousetesici.ch

2 commentaires
    Machiavelus helveticus

    Deux ans de disputes d’ego pour en arriver là! Ou comment faire payer des distractions de bobos incultes par ce brave contribuable! Pathétique...