AboPolitique suisseOui, les jeunes votent de plus en plus
Contrairement aux idées reçues, le taux de participation des 18-29 ans est en hausse constante. Cette classe d’âge reste toutefois celle qui se rend le moins aux urnes.

Si les jeunes Suisses continuent à afficher un taux de participation inférieur à celui de leurs aînés, on ne peut pas parler d'une tendance à la baisse. Au contraire, les données révèlent même une hausse de leur mobilisation. Sur la base des sondages postélectoraux (lire l’encadré), on peut constater que les électeurs ayant entre 18 et 29 ans se rendent en effet plus souvent aux urnes qu’il y a vingt ans.
«Les jeunes voteront toujours moins que leurs aînés»
Cette classe d’âge ne se désintéresse donc pas de la politique, et il s’agit même de celle qui connaît le plus fort gain d’intérêt pour la chose publique. Pour preuve, leur mobilisation aux urnes a augmenté de 14 points en moyenne depuis presque vingt ans, contre 4 points pour la population totale.
Toutefois, malgré cette progression, les jeunes restent encore et toujours ceux qui votent le moins. À l’inverse, les Suisses de 70 ans et plus tiennent le haut du classement avec un taux de participation deux à trois fois plus élevé que les 18-29 ans.
Pour Pascal Sciarini, professeur en sciences politiques à l’Université de Genève, ce constat n’a rien d’anormal: «Les jeunes voteront toujours moins que leurs aînés. Il y a des variables lourdes qui expliquent leur abstentionnisme.» Pour le politologue, les deux facteurs à prendre en compte sont l'intérêt pour la politique et l'intégration sociale. Des variables qui s'accumulent avec les années, et favorisent la participation politique.
Il observe toutefois un nouveau phénomène exacerbant les inégalités sociales pour les 18-29 ans: «L'absentéisme croît chez ceux qui sont issus des milieux populaires. Ce clivage entre les classes sociales est une réalité qui est encore plus accentuée chez les jeunes.»
Plus sélectifs sur les objets
De manière générale, lorsque la participation moyenne est plus élevée, elle l'est dans tous les groupes d'âge. Pourtant, les raisons qui poussent les jeunes adultes à se mobiliser se distinguent de celles des autres groupes. Les 18-29 ans semblent ainsi sélectionner davantage les sujets de votation sur lesquels ils souhaitent se prononcer.
La Fédération suisse des parlements des jeunes explique qu’ils «se rendent aux urnes lorsque les objets les concernent directement, lorsqu’ils signifient quelque chose pour eux et qu’ils sont très médiatisés, ou lorsqu’ils sont plus faciles à comprendre». Les participants plus âgés le font quant à eux plutôt parce qu'ils estiment que voter est un devoir citoyen, ou simplement par habitude.
Avis différent des aînés
À titre d’exemple, près d’un jeune électeur sur deux s’est prononcé sur le congé paternité, le 27 septembre 2020. Ce sont d’ailleurs les 18-29 ans qui ont le plus largement voté en faveur: ils étaient 83% à avoir dit oui, contre 60% sur l’ensemble des votants.
Ils ont effectivement régulièrement un avis opposé à leurs aînés, comme en témoigne la votation sur la loi sur le CO2 du 13 juin 2021. Le rejet de l'initiative parmi les jeunes citoyens s'élevait à seulement 37%, tandis que ce pourcentage atteignait 52% pour l'ensemble des votants.
Privilégier l’éducation civique?
Alors, comment faire pour inverser la tendance et faire en sorte que leur taux de participation augmente durablement? Pour Pascal Sciarini, la solution se trouve dans l'enseignement renforcé de l'éducation citoyenne. «L'école pourrait mieux préparer les jeunes à voter, estime le politologue genevois. À court terme, le fait d'organiser des débats dans les écoles et des votes à blanc peut aussi être une manière de développer ce sens de la politique, mais ça ne sert à rien si ce n'est fait qu'une fois.»
Cette question avait d'ailleurs fait couler beaucoup d'encre dans le canton de Vaud en septembre 2023. Le ministre chargé de l'Enseignement, Frédéric Borloz, avait alors interdit les débats politiques dans les écoles dix semaines avant les élections fédérales. Une position qui laisse dubitatif Pascal Sciarini. «Je n’ai pas compris cette attitude de supprimer le peu de débats organisés, rapporte-t-il. Au contraire, il faudrait systématiser ce genre d'initiative.»
Il reste cependant lucide: changer de manière significative le taux de participation des 18-29 ans se fera sur le long terme. Ce n'est donc pas demain que les jeunes voteront autant que leurs aînés mais, bonne nouvelle, en vieillissant, ils devraient être toujours plus nombreux à se rendre aux urnes.
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