Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

Démocratie participative
Voilà comment on pourrait révolutionner le système de santé

Après avoir écouté des experts, les 24 citoyens ont discuté durant trois journées.
Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk
En bref:
  • Vingt-quatre citoyennes et citoyens romands ont débattu de notre système de santé durant trois jours.
  • Leurs propositions incluent une caisse unique et des primes basées sur le revenu.
  • Ils préconisent notamment plus de prévention et une meilleure écoute des patientes et patients.
  • Leur manifeste sera présenté au Festival planète santé en novembre prochain.

Caisse unique, prime en fonction du revenu, système de bonus pour ceux qui vivent sainement… Quand on leur demande comment ils changeraient notre système de santé, les citoyens n’hésitent pas à prôner la révolution. Ce constat ressort d’un exercice de démocratie mené à l’initiative de la Fondation Leenaards, avec le soutien de l’association Demoscan.

Durant trois journées, 24 personnes représentant la population romande ont débattu de notre système de santé, afin de rédiger un manifeste citoyen. Il propose des pistes de réduction des coûts de la santé, alors qu’une nouvelle hausse des primes maladie a été annoncée jeudi.

Un débat sain

Ce samedi 21 septembre, à Morges, les participants terminent la rédaction de ce texte. Dans la salle, l’ambiance est studieuse. Les propositions sont débattues avec l’aide d’une médiatrice. Mais même si les avis divergent, les gens ne se coupent pas la parole.

Le débat porte notamment sur la création d’un système volontaire, qui permettrait aux assurés qui adoptent des comportements vertueux de gagner des points. Les uns évoquent les déterminants sociaux conduisant à bouger plus ou à manger mieux, et mettent en garde contre les discriminations. Un autre rétorque: «Je ne vois pas où se trouve la discrimination, car on parle de prévention. On ne propose pas de taxer les personnes qui fument ou qui mangent mal.»

Les médecines complémentaires divisent

Finalement, le concept est adopté par douze voix contre cinq. Des points d’achoppement, il y en a d’autres – comme le remboursement des médecines complémentaires. Mais c’est à l’unanimité que le panel de citoyens prône le passage d’un système de soins vers un système de santé, qui prendrait l’être humain dans sa globalité, sans oublier sa dimension mentale et le traitement du stress.

Après avoir écouté des experts leur présenter les enjeux, ces citoyens se sont frottés aux opinions des autres participants et à la nécessité de trouver des compromis. Il ressort de leur manifeste le désir d’une médecine davantage centrée sur l’écoute et la prévention que sur la prescription de médicaments. On sent aussi leur volonté de participer au débat, ce qui exige selon eux une plus grande transparence. Ils veulent savoir pourquoi les primes augmentent. Et que le langage technique soit vulgarisé pour mieux comprendre les coûts.

Et si on introduisait à l’école un cours sur la gestion administrative du système (type éducation civique), en plus des programmes de prévention de la santé? Parmi les propositions, il est encore question d’installer des espaces verts dans les quartiers ou de créer des lieux où les patients et les prestataires peuvent échanger leurs expériences afin d’améliorer les traitements.

Le panel d’assurés vaudois prône l’élaboration, au niveau national, d’un dossier électronique du patient.

Sans surprise, les apprentis de la démocratie participative retombent sur des serpents de mer. Ils prônent l’élaboration, au niveau fédéral, d’un dossier électronique du patient. Selon eux, le médecin généraliste doit être valorisé. Ce dernier doit notamment pouvoir gérer le temps des consultations pour acquérir une connaissance approfondie du patient. Un peu contradictoire? Ils demandent à pouvoir consulter directement certains spécialistes, comme les dermatologues et les psychiatres.

Plusieurs propositions font écho aux débats politiques. Or, ces dossiers patinent en raison d’intérêts divergents ou ont été stoppés en votation. Les signataires appellent par exemple l’État à fixer des objectifs de dépenses et de prévention, revus chaque année. Selon eux, les prix des médicaments doivent être plafonnés et les primes doivent devenir les mêmes dans tous les cantons… Voire être intégrées aux impôts (une proposition adoptée par 15 voix contre 6).

Oui à la caisse publique

Autre question épineuse, le manifeste demande que les primes soient fixées en fonction du revenu. Et soutient le principe d’une caisse publique et unique, par 17 voix contre 1 et 6 abstentions. Surprenant? Brigitte Rorive Feytmans, présidente de la Fondation Leenaards, rappelle que les Romands défendent en général une vision plus sociale et solidaire de la santé que les Alémaniques, pour lesquels c’est une responsabilité individuelle. «Personnellement, je ne me retrouve pas dans cette proposition, précise Djamil, un étudiant de 26 ans. Il y a dans le groupe des visions différentes. Mais c’est le jeu: on a voté et l’aspect démocratique surpasse les désaccords.»

Depuis cinq ans, l’association Demoscan a organisé plusieurs expériences de démocratie participative, sur différents thèmes. Le manifeste romand sur la santé, lui, va être publié. Un petit film retracera l’aventure, dont le résultat sera présenté au Festival planète santé, les 16 et 17 novembre à Lausanne.

Le contenu qui place des cookies supplémentaires est affiché ici.

À ce stade, vous trouverez des contenus externes supplémentaires. Si vous acceptez que des cookies soient placés par des fournisseurs externes et que des données personnelles soient ainsi transmises à ces derniers, vous devez autoriser tous les cookies et afficher directement le contenu externe.

«J’aimerais que nous soyons lus en haut lieu, avec un regard bienveillant et qu’on y voie le reflet des soucis de nombreux citoyens», espère Annie, une enseignante à la retraite. Les signataires ne sont pas pour autant dupes. «Notre travail ne va pas forcément influencer le gouvernement ou le parlement, reconnaît Guy-François, un technicien de 53 ans. Mais peut-être intéressera-t-il des personnes qui veulent lancer une initiative populaire?»

«Rendre la parole aux citoyens»

Quand on lui demande si une telle opération n’est pas utopique, Brigitte Rorive Feytmans répond qu’il s’agit surtout «de planter des graines». «Le système de santé est là pour les citoyens, il faut leur rendre la parole, argumente-t-elle. Ce sont eux qui règlent la facture des coûts de la santé, qui dépasse 90 milliards de francs par année. Les élus doivent les écouter!»

Au-delà des grands principes, les difficultés ne se présentent-elles pas quand on entre dans les détails concrets, comme on le voit dans les débats politiques? «Sur un sujet aussi complexe, on ne peut pas s’attendre à ce qu’un groupe de citoyens trouve la solution en trois jours!» s’exclame Nenad Stojanovic, coprésident de Demoscan.

L’expérience romande en annonce une autre, d’ampleur nationale. Une assemblée citoyenne réunissant 100 personnes tirées au sort dans tout le pays va commencer en novembre à débattre du même sujet. «Dans ce cadre, des contacts ont été pris avec l’Office fédéral de la santé publique et des parlementaires fédéraux de tous les partis nous serviront d’accompagnateurs, précise Nenad Stojanovic. Le travail fait en Suisse romande sera utile pour mettre en place le processus.»