Faire le voyage à Nantes et ne pas en revenir

EscapadesLa ville et son île offrent une irrésistible vitalité artistique et architecturale.

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Elle a peut-être tout à nous apprendre. Quatre jours à Nantes, et on a le sentiment d’avoir pris une leçon d’utopie. D’avoir découvert une ville qui aurait façonné son présent en corrigeant ses défauts passés. Où la force créatrice aurait été puisée dans la conviction que la culture peut irriguer une ville et nourrir ses habitants.

En 1989, Jean-Marc Ayrault devient le maire de cette «Belle Endormie», une ville sinistrée par le déclin de ses industries, les chantiers navals et les biscuiteries. Il décide - on a envie de dire comprend - que Nantes pourrait reposer sur la culture. Nommé premier ministre, il quitte le poste en 2012. Et laisse à son successeur une ville transfigurée.

Bien sûr, ses marqueurs historiques sont bien là. La balade dans le centre offre ainsi son joli lot de places, de cours, de passages, attendus lors de tout voyage dans une ville française qui se respecte. Mais c’est autre chose qui donne très vite envie de ne pas la quitter.

Une vitalité débordante, vectorisée par l’art et l’architecture. Le décor n’est ni muséal ni sali par les magasins de souvenir. On a plutôt l’impression d’une beauté subtile mais continuelle. Budget annuel dédié à la culture: 90 millions d’euros.

C’est sur l’île de Nantes que se cristallise le mieux le laboratoire urbanistique et culturel que la ville a choisi de devenir. On y accède, la première fois, par la passerelle piétonne Victor -Schoelcher. Jean Nouvel a conçu la porte d’entrée de l’île. Massive, noire, implacable. Le Palais de Justice du grand architecte contemporain donne le ton de ce qui préfigure une déambulation passionnante.

Poser le pied sur l’île c’est pénétrer simultanément dans le passé et le futur de Nantes. Des grues de tous les côtés, signes du renouveau de la ville tout comme de son histoire. A l’est, le quartier de la création donne le tournis. Conçu pour être l’antre du design, des arts visuels ou encore de la communication, il offre un étalage de bâtiments flambant neufs ou en construction dont les architectures semblent se défier. La mixité des usages fonctionne: écoles, logements, bureaux et terrasses au fil de la Loire se partagent le territoire.

Ces bâtiments ultramodernes côtoient l’art, beaucoup d’art. Installations éphémères ou pérennes, bizarreries hyperconceptuelles ou touches arty très légères… Nantes n’a pas voulu choisir. Et pratique l’art in situ en virtuose. Derrière le Palais de Justice, l’artiste Rolf Julius a entièrement recouvert de 3000 feuilles d’aluminium le bâtiment Manny.

Les grues sont aussi celles du passé, à l’ouest. Celles des chantiers navals - les Titans jaune et gris -, désormais traités en monuments historiques. Ou utilisées pour des installations artistiques durant l’été et les deux mois que dure le Voyage à Nantes. La manifestation est la pierre angulaire de l’offre touristico-culturelle de la ville. Ainsi durant l’été, tout est encore plus vif, plus total. Les vitrines des magasins deviennent galeries, leurs enseignes sont repensées par des artistes. Une ligne verte peinte au sol encourage à la déambulation dans tous les recoins de la ville.

Et conduit inévitablement aux Machines de l’île, stars du marketing du Voyage à Nantes. A juste titre. De là sort tous les jours le Grand Eléphant mécanique de 12 m de hauteur, devenu ces dernières années le symbole de la ville. Il fait la couverture du guide de voyage. Et à se retrouver face au délicat mastodonte en bois, on est bluffé. Comme un gamin qui plonge dans son premier Jules Verne. Car c’est très largement l’univers de l’écrivain d’aventure nantais que les équipes des ateliers mettent en mouvement. Des araignées mécaniques s’y promènent aussi. Et les maquettes du projet maous de l’arbre aux hérons donnent une idée de ce que sera cette construction de 50 mètres de diamètre bientôt perchée sur une butte face à la Loire.

L’éléphant se promène ainsi, chargé de touristes. Il mène à l’autre attraction phare destinée aux enfants de l’île: le carrousel des mondes marins. Là aussi, on se prend au jeu, 20 000 lieues sous les mers.

On ne ressort la tête de l’eau que pour suivre son cours jusqu’au bout de l’île. Là, l’histoire navale et l’art contemporain s’entrelacent encore. Les dix-huit anneaux de Daniel Burren et Patrick Bouchain cisèlent autant de paysages le long de la Loire, sur le quai des Antilles. «Il faut les voir de nuit, ils sont éclairés de LED», nous dit notre guide. Mais on les préfère de jour, gris, sur le ciel et l’eau que l’air de l’Atlantique, à 40 km de là, charge et colore de mille façons différentes.

Le bout de l’île donne envie d’aller encore plus à l’ouest. Il faut alors regagner la terre, filer à la gare maritime et embarquer en navibus destination Trentemoult. Dix minutes de navigation pour débarquer dans un petit bled de pêcheurs aux façades fraîchement repeintes, signe de la gentrification du secteur. Le dépaysement est réel, alors que la ville est à portée de vue.

Là aussi, l’art contemporain s’offre aux passants. A la sortie du village, une vieille centrale à béton rouge sert de support au pendule de 7 mètres installé par l’artiste suisse Roman Signer. Il se balance à l’infini entre l’eau et la terre.

On a ensuite le choix de se lancer dans la longue balade qui mène jusqu’à Saint-Nazaire (lire ci-dessous). Ou d’entrer dans les terres pour aller jeter un œil à la Maison Radieuse que Le Corbusier a conçue entre 1953 et 1955. L’autre «unité d’habitation» de France avec celle de Marseille.

Les possibilités semblent infinies alors qu’aucune porte de musée, théâtre, bistrot n’a encore été franchie. C’est chose faite pendant la nuit et les jours qui suivent. Et là aussi, Nantes vaut largement le voyage.


Le Lieu Unique, où la culture est «observatoire de la réalité et fabrique du futur»

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Si on n’avait que quelques heures à Nantes, il faudrait choisir de les passer au Lieu Unique. La meilleure façon de voir ce que la ville a été, ce qu’elle propose et même ce que pourrait être l’avenir. Il contient tout en même temps une forte valeur symbolique, architecturale et culturelle.

Jusqu’au milieu des années 70, il a servi de siège à la biscuiterie Lefèvre-Unique (LU) et de fabrique à Petits Beurres. La désindustrialisation du site comme celle de la ville aurait pu donner lieu à une bête destruction. C’est partiellement le cas. Mais une partie du site y échappe: une tour et une annexe. Elles deviennent les territoires de la culture alternative. L’ancienne biscuiterie est un squat jusqu’à ce que Jean Blaise, figure du milieu et directeur du Centre de recherche pour le développement culturel propose au maire, Jean-Marc Ayrault, d’investir l’espace de façon permanente. La ville rachète les murs en 1995. Des événements s’enchaînent. L’architecte Patrick Bouchain s’attèle à la réfection et conçoit un espace où toutes les pièces sont distribuées à partir d’une entrée commune.

Ainsi né officiellement le Lieu Unique (LU), le 30 décembre 1999. Premier événement: le Grenier du Siècle. Une collection d’objets ramenés par la population, conservés et emmurés dans le bâtiment jusqu’au 1er janvier 2100.

Retour en 2011. Jean Blaise quitte le Lieu Unique pour prendre les rênes du Voyage à Nantes. C’est le directeur de la Maison d’Ailleurs d’Yverdon, déjà passé par la ville et ses Utopiales qui lui succède. Depuis lors, Patrick Gyger mène l’espace et sa programmation. Chaque année, plus de 300 événements prennent place et 500 artistes, philosophes, chorégraphes, écrivains ou encore DJ y passent.

Avec un budget de 5 millions d’euros par an et une offre gratuite à 80%, le Lieu Unique est l’un des plus fréquentés de la ville. S’y ajoutent une crèche, un hammam et un restaurant qui amènent eux aussi leur lot de clients et de revenus. Les transats dépliés au bord du canal Saint-Félix sont donc souvent occupés.

Mais comme ailleurs à Nantes, on ne s’y sent jamais à l’étroit. Le LU sert à s’ouvrir l’esprit et les espaces pour y parvenir sont nombreux. Tous les publics - 600 000 personnes par an - se croisent dans le «Lieu de Vie», la grande entrée vers le bar et la librairie, mais surtout vers les salles. Des salles de quoi, au juste? C’est là une des autres particularités du LU: il est exclu de dédier la programmation à une seule discipline artistique. Patrick Gyger écrit dans son édito 2017: «De même les fils rouges d’une saison peuvent être multiples, mais la ligne de force demeure unique. C’est l’ambition de commuer le regard, forger les opinions, donner un semblant de perspectives sur l’avenir, renforcer un corps social souvent épars.»

Le théâtre, la danse, la musique mais aussi des expositions ou encore des laboratoires de réflexion et des résidences d’artistes se mêlent, se croisent et dialoguent. Patrick Gyger a aussi fait le choix de ne pas apposer d’étiquette sur le LU. Hors de question de se définir comme alternatif. La culture populaire peut y avoir sa place, au même titre que des propositions très expérimentales.

Un exemple? Après un festival de philosophie autour de la question du Travail, il est possible de déambuler, au rez, dans l’exposition «Mégastructures». Un panorama des architectures utopiques des années 50. De ce qu’auraient pu être les villes, le monde. Au-dessus, se joue durant deux semaines Zone, 2 h dans l’adaptation théâtrale du roman de Mathias Enard. Mais on peut aussi goûter à la toute première édition du festival Variations, dédié à la musique pour piano et claviers. Du très classique au franchement underground.

Donner à entendre, à voir, à comprendre… Tout le temps. Le LU ne ferme ses portes que trois jours par an. Il s’autorise cet été un programme allégé pour cause de travaux. Mais de juin à fin août, une grande rétrospective autour de l’œuvre de H.R Giger devrait rassasier les visiteurs à elle seule. (TDG)

Créé: 22.04.2017, 10h40

Blancheur des vieilles pierres

Dans un centre où les piétons sont rois, la blancheur des bâtiments historiques saute aux yeux. Le château des ducs de Bretagne, maison d’Anne, deux fois reine de France, trône fièrement, après avoir bénéficié d’une rénovation monstre achevée en 2007.

Idem pour la Cathédrale, juste à côté, qu’on voit se détacher du chemin de ronde. A l’intérieur, sa voûte centrale presque entièrement blanche ne laisse apparaître que des évocations des anciennes décorations, détruites lors d’un incendie en 1972.

Blancheur éclatante aussi du côté du très néoclassique Théâtre Graslin, sis au croisement des rues Molière, Corneille et Scribe. Tout près, la traversée du cours Cambronne vaut le crochet, de jour, puisque de nuit seuls les résidents ont le droit d’en profiter.

Le passage Pommeraye doit aussi faire l’objet d’un arrêt. Cet ensemble couvert du XIXe construit sur trois étages, est équipé d’un escalier monumental, d’une immense verrière et de nombreuses boutiques. Il a été rénové en 2015.
Le musée d’Arts de Nantes - anciennement appelé Musée des beaux-arts - rouvrira ses portes le 23 juin. Après six ans de travaux, devisés à 88,5 millions d’euros, il offre 30% de surface d’exposition supplémentaire. Sa façade éclatante témoigne d’un lifting profond qui promet de ravir les visiteurs.

Vers Saint-Nazaire


Au fil de la Loire, une balade de 40 kilomètres fait office de Musée d’art contemporain in situ. Cet Estuaire est le résultat d’une biennale du même nom, organisée trois fois (2007, 2009 et 2012). Elle a donné lieu à 24 œuvres permanentes installées entre le cœur de Nantes et Saint-Nazaire, sur les rives de l’Atlantique. Le parcours est faisable à pied, à vélo, en voiture ou en bateau. Parmi les œuvres essentielles: le Serpent d’Océan, de Huang Yong Ping, monstre marin qui vit dans les eaux de Saint-Brevin-les-Pins. (Image: Franck Tomps / LVAN)

Ponti et les plantes


Le jardin des plantes offre un bel aperçu de Nantes, ville verte. Il faut prendre un verre sur la terrasse du Café de l’Orangerie, ou contempler le parc assis sur les bancs biscornus conçus par Claude Ponti. De 2013 à 2015 l’illustrateur a semé des créations originales dans ce jardin. On peut aussi y voir plus de 10 000 espèces vivantes, 800 m2 de serres et plus de 50 000 fleurs, plantées chaque saison. Le jardin débouche sur la gare et sera intégré à son esplanade ces prochaines années. (Image: Ville de Nantes)

Un nid périphérique


La Tour Bretagne, noire, se détache ostensiblement dans le ciel de Nantes et culmine à 144 mètres de hauteur. Une exception dans ce paysage. Sur sa cime, un bar. Le Nid. Sa conception a été confiée à l’artiste nantais Jean Jullien qui en a fait l’antre d’un oiseau géant - un peu cigogne, un peu héron - dont le corps fait office de bar et les œufs servent de sièges aux clients. Assis à siroter un cocktail, rien de spécial à signaler. Il faut sortir de son œuf et se tenir droit sur ses jambes pour profiter de la vue à 360 degrés sur la ville. (Image: Marc Domage/LVAN)

Mémorial sur l’eau


Nantes a été le premier port négrier de France durant le XVIIIe siècle. Après le déni, la ville regarde son histoire en face au début des années 90, avec la première exposition autour de cette thématique. En 2012, un mémorial en hommage à la lutte contre l’esclavage est conçu par Krzysztof Wodiczko et Julian Bonder. Sous le Quai de la Fosse, une courte promenade silencieuse au niveau de l’eau et comme dans une cale de bateau permet un vraie réflexion, délicate et très évocatrice. (Image: Franck Tomps / LVAN)

Dormir en rond


L’hôtel Pommeraye, à deux pas du mythique passage du même nom et sis en plein centre de Nantes est idéal. Opter pour l’une des quatre chambres conçues par des artistes de la région. Nous avons aimé celle de la plasticienne Micha Derrider baptisée C’est impossible à dessiner, c’est rond. Un lit rond, des murs incurvés et immaculés… Zen mais joliment rehaussé, si on le souhaite, de LED citron. Les petits-déjeuners à base de produits régionaux et la grande disponibilité et flexibilité du personnel en font une adresse parfaite. (Image: DR)

Huîtres à la Cigale


Oui, c’est le grand classique. La Cigale c’est LE restaurant nantais, sis au sud de la place Graslin, face au théâtre. Jacques Demy et Agnès Varda ont utilisé sa superbe Art Nouveau pour y tourner des morceaux de Lola et de Jacquot de Nantes. La Cigale, après être passée par le stade du self-service, a retrouvé son statut de grande brasserie au début des années 80. On y mange à merveille. Les huîtres creuses laissent un souvenir impérissable. Le verre de blanc qui les accompagne aussi. (Image: Le goût et les couleurs/LVAN)

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