Pédaler de par le vaste monde

Voyager à véloPartir en vacances à vélo, c’est tendance. Les agences de voyages voient la demande exploser.

Claude Marthaler est un précurseur en matière de voyages à vélo. Entre 1994 et 2001, il a réalisé un tour du monde qui l’a mené, entre autres, en Chine.

Claude Marthaler est un précurseur en matière de voyages à vélo. Entre 1994 et 2001, il a réalisé un tour du monde qui l’a mené, entre autres, en Chine. Image: ALEXANDRE LACHAVANNE

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Laissez tomber la voiture, les cars, les trains et même les avions! C’est désormais à deux roues que les voyageurs dans le vent partent à la découverte du monde. Si les amateurs de bicyclette faisaient figure d’exception il y a encore une quinzaine d’années, ils sont désormais nombreux à glisser chambres à air et rustines dans leurs sacoches.

Jeunes étudiants sportifs, sexagénaires en quête de nouveautés ou familles férues d’aventures, ils tentent de relier Genève à Katmandou, Lima à Ushuaia ou Lausanne à Lugano au gré de leurs envies. Afin de ne pas passer à côté de ce filon, les agences de voyages et les offices de tourisme se sont lancés dans l’aventure, rivalisant d’imagination pour attirer ces nouveaux nomades.

Du sport et de la liberté

Mais comment expliquer un tel engouement? «Il y a une envie de prendre son temps, de retourner à la nature, de moins polluer et de bouger», indique Thomas, de l’agence Bcyclet, une enseigne spécialisée dans les voyages à vélo qui a ouvert ses portes à Genève en 2013. Si elle attirait alors principalement des vrais cyclistes désireux d’avaler des kilomètres sur les traces d’un Lance Armstrong ou d’un Christopher Froome, elle constate une nette augmentation des demandes de la part de débutants, couples, familles et simples touristes qui souhaitent désormais passer leurs deux semaines de vacances d’été à pédaler.

Même constat du côté de l’agence Terres d’aventure, un des mastodontes européens en la matière avec cent dix voyages à vélo dans son catalogue. «Nous nous sommes lancés dans ce type d’offre il y a quatre ans, précise le président de l’entreprise, Lionel Habasque. Depuis, nous constatons une augmentation de plus de 50% des ventes chaque année, avec une nette accélération depuis deux ans dans notre succursale genevoise et en France». Des voyages de huit jours à plusieurs mois sont proposés en Europe, mais également en Asie. Les plus vendus en Suisse romande? La Loire, le Danube ou encore les Pays-Bas à vélo. Des destinations phares auxquelles il existe de plus en plus d’alternatives.

«Il y a quelques années, on avait le choix entre la piste cyclable qui longe le Danube et celle du lac de Constance, indique Günther Lämmerer, directeur de l’agence suisse Eurotrek. Maintenant, il en existe partout en Europe. Les plus sportifs peuvent surmonter les passes alpines et les cyclistes plus relax roulent le long les fleuves.» Et ce phénomène de mode s’est encore accru avec l’arrivée des vélos électriques, rendant ce moyen de transport accessible à tous.

Être proche des gens

«Le vélo permet de voyager au bon rythme: assez lentement pour pouvoir observer le paysage et faire de belles rencontres, et suffisamment vite pour parcourir des distances relativement importantes», glisse l’ancien conseiller d’État Laurent Moutinot. Le socialiste sait de quoi il parle puisqu’il a commencé sa carrière de cyclotouriste à l’âge de 16 ans en ralliant le Danemark depuis Genève, avant de se lancer dans des périples plus importants, tels que la route de la soie, l’Afrique de l’Ouest, le Soudan et le Cambodge.

Pour Claude Marthaler, un des précurseurs des voyages à bicyclette, l’essor de la petite reine s’explique avant tout par un besoin de retrouver les choses simples et de sortir des sentiers battus. Après avoir parcouru les routes du globe pendant plusieurs années, il continue de ne jurer que par ce mode de transport. «Quand on arrive quelque part, on ne fait pas de bruit; on est à la hauteur des gens; on est fatigué, parfois un peu sale: ça casse des barrières et simplifie le contact.»

Cet aventurier peut même se targuer d’être un des premiers à vivre de cette passion. Devenu journaliste et écrivain spécialisé dans les voyages à vélo, il constate un réel engouement sur le terrain. «Sur certaines routes, telles que la Pamire Highway, située au Tadjikistan (actuel passage le plus sûr entre l’Europe et l’Asie), il n’est pas rare de voir 10 à 15 vélos par jour en été!» Bref, on n’a pas fini de voir passer des bécanes surmontées de sacoches poussiéreuses!


Rencontres et ateliers pour se préparer au départ

Depuis trois ans, Pro Vélo propose des ateliers de préparation de voyages à vélo. Et l’engouement ne tarit pas: les séances attirent une cinquantaine de participants à chaque session. En attendant les prochains ateliers, voici quelques petits conseils avant votre départ.

Type de voyage

En matière de vacances à bicyclette, il existe autant de variantes que d’envies. Certains dormiront sous tente en camping sauvage, d’autres opteront pour passer la nuit à l’hôtel ou encore chez l’habitant. Pour ces derniers, il existe des sites spécifiquement destinés à la communauté des cyclonautes proposant des hébergements gratuits. C’est le cas par exemple de warmshower.org, velodach.ch ou encore cyclo-camping.international

Pour les moins aventuriers, il est possible de passer par une agence de voyages qui fournira les vélos, les itinéraires, réservera les hôtels et organisera même le transport des bagages!

Choisir son moyen de transport

VTT, vélo normal, couché ou électrique, tout dépend du périple entrepris et des goûts de chacun. Si vous partez quelques jours, n’importe quelle bécane fera l’affaire. En revanche, pour un long périple et si le budget le permet, il peut être utile d’acheter un bon vélo de voyage.

Notez également que si les modèles électriques peuvent être adéquats pour se déplacer en Europe, ils risquent d’être plus contraignants dans certaines régions en raison de la l’impératif de l’approvisionnement électrique.

Enfin, pour les périples lointains, il est conseillé de prendre du matériel en acier et non en aluminium. «Ce matériau est certes plus léger que l’acier, mais une fois cassé, il est impossible à réparer dans certains pays», glisse Claude Marthaler.

Matériel nécessaire

Un bon cadenas, un casque, des phares, une lampe frontale et un rétroviseur sont fortement conseillés.

En cas de voyage hors des sentiers battus, il est également nécessaire d’emporter un pneu de rechange, des chambres à air et du matériel tel que clés imbus, rustines, couteau suisse… Enfin, les spécialistes interrogés ont tous une nette préférence pour les selles en cuir, dures les premiers jours, mais qui prennent la forme du corps et évitent de transpirer.

Comment préparer son itinéraire?

Si certains continuent de parier sur les bonnes vieilles cartes routières, d’autres préfèrent les applications pour téléphone portable telles que mapme.com ou osmand.net qui, une fois téléchargées, permettent de préparer son itinéraire, même sans connexion Internet.

Comment s’entraîner?

Sur ce point, les habitués sont unanimes: aucun entraînement n’est nécessaire! Le corps s’habitue tout seul au fil du voyage. En revanche, il est recommandé de se familiariser avec son matériel et de rouler un peu avec son vélo chargé avant de partir.

Des livres pour s’inspirer

Les librairies regorgent d’ouvrages sur des périples à vélo. Quelques pistes:

«Manuel du voyage à vélo», collectif, Cyclo-camping international.

«Zen ou l’art de pédaler», Claude Marthaler, Éditions Olizane.

«Le chameau véloce gambade au Cambodge», Laurent Moutinot, Éditions Slatkine.

«Bicyclettres», Jean-Acier Danès, Éditions Seuil.

Écouter les récits des cyclonautes

Le café des voyageurs reçoit un cycliste de retour d’expédition chaque mois à l’arcade Pro Vélo Genève et occasionnellement à Lausanne. www.pro-velo-geneve.ch - www.pro-velo-lausanne.ch

Autre grand rendez-vous: le festivélo, qui se tiendra les 2, 3 et 4 novembre 2018 à Lausanne. www.festivelo.ch

Prochains ateliers de préparation au voyage à Genève:

le 13 juin au café agricole La Ritournelle, bd Carl-Vogt 49, à 18 h 45. Spécial femmes: le 21 juin à 18 h 45, Bibliothèque Filigrane, rue de la Servette 67

(TDG)

Créé: 04.05.2018, 20h29

Le Ladakh comme vous ne l’avez jamais vu

L’été passé, sept membres de Taupenivo (Association genevoise de tandem pour personnes handicapées de la vue) s’envolaient pour un défi de taille: traverser le Ladakh pendant trois semaines en tandem avec deux personnes malvoyantes. Un véritable exploit, d’autant plus que cette région himalayenne du nord de l’Inde est connue pour ses dénivelés et ses routes cabossées… Güler et Claude Thorimbert ont ainsi pu découvrir cette région, guidés par leurs binômes respectifs. Une expérience que le deuxième racontera mercredi 17 mai au Café des Voyageurs.

«Ce qui m’a le plus marqué en arrivant là-bas, c’est le bruit. Il y avait un tel raffut! Et puis il a fallu s’habituer à rouler à gauche et à sentir les véhicules nous frôler sur la droite à une allure folle.»

Heureusement, la suite de l’aventure se passe loin des grandes villes, dans les montagnes, où cet employé du TCS commence à se familiariser avec les routes indiennes. «Il y avait des nids-de-poule partout. C’était éprouvant car je ne pouvais pas les anticiper.» C’est donc Michael, son binôme, qui l’informe de l’état de la route. «Rapidement, on s’est rendu compte que ça ne servait à rien de me dire quand il y avait un trou puisqu’il n’y avait que ça… Du coup, il m’avertissait juste quand on s’apprêtait à faire un vrai saut.» Tout au long du périple, les compagnons de Claude et de Güler leur décrivent les paysages. «Ils me disaient: «Ici, ça ressemble à la Suisse, il y a des sapins et trois glaciers qui descendent des sommets.» Comme je voyais avant d’avoir mon accident de moto à l’âge de 18 ans, je sais à quoi ressemblent les montagnes, le ciel et les glaciers. Je pouvais donc aisément m’imaginer ces panoramas.»

Ce quinquagénaire féru de cyclisme avoue que ça n’a pas toujours été facile. «Il subsiste toujours une envie de pouvoir observer ces lieux par soi-même, mais j’étais heureux de me trouver à cet endroit. J’y ai découvert des odeurs et des goûts différents», sans oublier la musique indienne, qu’il apprécie moyennement, et… les cols himalayens.

«Le pire, c’était les descentes. Il nous est arrivé de descendre pendant 20 km. Il faut avoir une confiance totale en son guide et lâcher prise tout en restant en position debout et tendu afin d’amortir les chocs. Au début, il m’est arrivé de crier quelques fois et puis avec le temps, je suis devenu moins expressif», glisse-t-il en souriant. Au total, Claude et ses compagnons ont parcouru 575 kilomètres, dont 13 500 mètres de dénivelé.

Une tribu en tandem sur les routes de la planète


L’été dernier, les Deranville ont passé leurs vacances d’été sur leurs selles, le long de la ViaRhona. Trois semaines de déambulation entre le Léman et la Méditerranée. Un périple qui n’avait pas de quoi effrayer leurs trois enfants, habitués à pédaler depuis leur tour du monde réalisé il y a cinq ans. «Au début, quand on a annoncé à notre entourage qu’on partait un an à vélo, on nous a pris pour des fous… mais en fait, une fois le côté logistique géré, c’était facile. Il suffisait d’oser!» lance Lydie, la maman de cette joyeuse tribu haut-savoyarde. Le plus difficile: trouver un fabricant prêt à leur réaliser des tandems adultes-enfants sur mesure. C’est finalement un artisan ardéchois qui créera les engins qui permettront à Louise (8 ans et demi) et Jules (7 ans) de pouvoir pédaler avec leurs parents. Marius, le petit dernier, trouve sa place dans la remorque.

Au programme de ce périple, l’Asie du Sud-Est, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie et la côte ouest des États-Unis. En moyenne, la petite famille a parcouru 50 km par jour. «Avec des enfants, on est obligé de limiter les distances, explique Lydie. En général, on faisait une heure d’école le matin, des visites et on roulait l’après-midi quatre jours par semaine. Le vélo est une bonne école de vie: ça apprend le goût de l’effort, le dépassement de soi et la prise de risque. Ça a été une aventure extraordinaire qui nous a beaucoup soudés, même s’il y a évidemment eu des moments difficiles.» Lorsque la météo était mauvaise, par exemple, ou quand le relief devenait marqué, comme en Nouvelle-Zélande, mais découvertes et rencontres compensent. «Les gens étaient intrigués par les tandems et venaient facilement nous parler. Nous avons été souvent invités chez les habitants. Il arrivait même qu’ils nous envoient ensuite chez des amis ou de la famille dans la ville suivante.»

Dix ans de périple autour du globe


Isabelle et David sont probablement les Suisses qui voyagent à vélo depuis le plus longtemps. Il faut dire que ces quinquagénaires genevois et vaudois ont fêté leurs dix ans de voyage mardi passé! Au compteur: 160 000 kilomètres parcourus autour du globe. Partis initialement pour quinze ans, ils ont décidé de ne pas rentrer «tant que le corps tiendra le coup». Un voyage qui s’est donc transformé en mode de vie et dont les frais (500 dollars par mois) sont assurés par le revenu de la location d’une maison qu’ils ont retapée à Lucens, dans le canton de Vaud.

C’est depuis le sud du Mexique, à deux pas de la frontière du Belize, qu’ils nous racontent leur aventure à travers les réseaux sociaux. «On avait choisi ce moyen de transport car on est à hauteur d’homme. Le contact est beaucoup plus simple, le voyage plus lent et donc plus contemplatif.»

Régulièrement, ils relatent leur périple sur leur blog (www.viavelo.love), un récit qui ne ressemble pas à ceux qui foisonnent sur le Web. Ici, tout n’est pas idyllique. «Le monde n’est pas toujours beau à voir depuis un vélo, confie David. La pollution, les inégalités, l’épuisement des ressources, la pauvreté font partie de notre voyage, au même titre que les rencontres et les sourires.» Parmi les pays qui les ont marqués, il y a le Japon et l’Iran. Et ceux qu’ils ont le moins appréciés? «À vélo, les parties les plus éprouvantes sont les grandes étendues qui impliquent d’être autonomes pendant plusieurs jours. Le vélo pèse très lourd et c’est compliqué de trouver de l’eau … L’Australie et certaines parties des États-Unis ont été difficiles.»

Suisse Tourisme aussi

L’organe officiel du tourisme helvétique aborde aussi l’été à la force du mollet. Dans un axe plus général qu’est le retour à la nature, la campagne 2018 s’articule autour du coup de pédale. Électrique, de route, de course ou VTT: tous les deux-roues sont à la fête. En plus de proposer de nombreuses offres de circuits – quatre jours, hôtels trois ou quatre étoiles, transport des bagages et location des vélos par exemple – Suisse Tourisme se met en danseuse pour Ride The Alps. Une série d’événements s’orchestrant autour de la fermeture à la circulation de dix cols mythiques tout au long de la belle saison. Le «prologue» se déroule le 26 mai au Susten et la première étape romande est agendée le 1er juillet au col de la Croix.
T.C.

www.myswitzerland.com

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