L’autre visage belliqueux des fourmis

NatureCleo Bertelsmeier tord le cou aux idées reçues sur ces mini insectes dans un ouvrage riche d’anecdotes inattendues.

Deux ouvrières en train d'échanger de la nourriture liquide.

Deux ouvrières en train d'échanger de la nourriture liquide. Image: ALEX WILD

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Qui ne s’est pas émerveillé devant le fonctionnement d’une colonie de fourmis qui traverse le balcon ou la cuisine? Impossible de ne pas se demander comment chaque individu sait ce qu’il doit faire, individuellement et collectivement. «On est tous fasciné et donc forcément on se projette, observe Cleo Bertelsmeier, professeure au Département d’écologie et évolution de l’Université de Lausanne.

Ce n’est donc pas étonnant que toutes sortes de penseurs – communistes, monarchistes, capitalistes, etc. – les aient pris comme exemples parfaits de société tels qu’ils l’envisageaient. Or ce n’est pas le cas.» Et c’est tout l’intérêt du dernier ouvrage de cette myrmécologue, biologiste spécialisée dans les fourmis invasives, intitulé «Les guerres secrètes des fourmis. Sexe, meurtres et invasions territoriales».

Des stratégies militaires

Au fil des pages, la chercheuse raconte à l’aide d’exemples passionnants les dessous complexes et contrariés de leur organisation guerrière. Jusqu’à déployer de véritables stratégies militaires dotées d’un arsenal d’armes et de protection. «Ce que l’on ne dit généralement pas, c’est que cette vie en société génère aussi des conflits. Tout n’est pas harmonieux. Premier exemple: la moitié des fourmis d’une colonie ne travaille pas.»

La question qui occupe la recherche aujourd'hui est justement de comprendre comment cette évolution s’est produite malgré ces conflits pendant des millions d’années. Sachant que ces sociétés n’ont pas de hiérarchie. La coordination dont les fourmis font preuve est d’autant plus remarquable «qu’aucun indice ne prouve qu’elles sont capables de réfléchir». Et pourtant, certaines espèces, dans leur stratégie de luttes entre colonies, déploient des attitudes particulièrement élaborées qui ressemblent à s’y méprendre au comportement humain.

Des fourmis ambulancières

Prenons les raids de la fourmi ouest-africaine Megaponera analis, une chasseuse professionnelle spécialisée dans la capture des termites. «Pendant ces attaques, il y a toujours de nombreux blessés. Cette espèce envoie des fourmis ambulancières en opération de sauvetage. Elles font un premier tri. Celles qui ont perdu trop de pattes et qui ne pourront plus jamais marcher ne sont pas sauvées. Les autres sont rapatriées au nid, où elles les lèchent pour leur appliquer un antibiotique, avant de leur réapprendre à marcher.»

Dans ses recherches sur les différentes formes de batailles existantes, Cleo Bertelsmeier a été particulièrement séduite par ces fourmis qui mettent en place des stratégies d’évitement ou des batailles fictives. «Deux ouvrières se mettent sur leurs pattes arrière et exécutent une danse censée impressionner l’adversaire, les fourmis de reconnaissance de l’autre camp. Elles se tournent autour sans forcément que cela ne vire à l’agression.»

Le sexe est bénéfique

Particularité des fourmis: tous les individus qui jouent un rôle clé dans les colonies sont des femelles, le mâle n’ayant qu’un rôle purement reproducteur. Parmi les ouvrières, on trouve les nourricières qui s’occupent des bébés, les éclaireuses, qui prospectent la nourriture, les poubelles qui nettoient le nid et les soldates en charge de la défense. La reine ne donne pas d’ordre. Chacune connaît sa tâche.

Dans un autre type de guerre, celle des sexes, une étude a montré que les fourmis n’étaient pas si éloignées des humains en matière d’accouplement. Des chercheurs ont voulu comprendre pourquoi les fourmis fécondées vivaient plus longtemps. Était-ce lié à l’acte sexuel en lui-même ou au fait d’être fécondée? «L’expérience a utilisé des mâles ayant du sperme stérile et fertile dans l’accouplement avec la reine, et les résultats ont soutenu la première hypothèse. Avec ou sans fécondation, le sexe est bénéfique pour la femelle.»

Créé: 11.01.2020, 15h04

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«Les guerres secrètes des fourmis»

Cleo Bertelsmeier

Éditions Favre
197 pages

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