Sus aux petits copains qui nous mettent nues sur Facebook!

Réseaux sociauxDes jeunes hommes partagent des images dénudées de leur copine ou de leur amante d’un soir grâce aux possibilités de Facebook. Une Vaudoise raconte la cyberriposte.

Julie, à Cossonay, fait partie des femmes qui mènent la guerre de l’ombre contre les groupes sexistes.

Julie, à Cossonay, fait partie des femmes qui mènent la guerre de l’ombre contre les groupes sexistes. Image: PHILIPPE MAEDER

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Equipes spécialisées, infiltrations dans les rangs ennemis, la cyberguerre fait rage. Et ce sont des femmes qui mènent l’assaut, une contre-offensive dirigée contre des groupes «secrets» de Facebook, où on n’entre qu’à l’invitation de participants déjà inscrits. Le nom des cibles: Babylone 2.0 et ses 52'000 adhérents, suspendu par le réseau social le 6 janvier dernier. Ou encore son successeur, Babylone 3.0, et d’autres comme Garde la pêche. Le but de ces réseaux est d’y poster des photos amateurs de jeunes femmes dénudées, à leur insu, ce qui est illicite. Un certain Arthinos explique en toute franchise: «Pour info, c’est un groupe où des mecs partagent des photos de boules de leurs meufs/ex/plans cul.»



Etudiante vaudoise engagée

A Cossonay, Julie, une étudiante en psychologie de l’UNIL âgée de 24 ans, adhère à la contre-offensive menée depuis quelques semaines par des Françaises, des Belges et des Suissesses. «J’ai appris par les réseaux sociaux l’existence de ces groupes secrets. Je trouve cela inacceptable. Quand j’ai su que des groupes d’opposition existaient, je les ai rejoints», raconte la jeune femme. D’abord est apparu «Babylone 2.0, la revanche des filles». Ce groupe n’a pas convaincu Julie: «Ce sont des filles jeunes qui ont réagi émotionnellement. Elles essaient de faire lapider les gars sur l’espace public au risque de se retrouver elles-mêmes dans l’illégalité. Elles écrivent aux amis ou aux familles des membres, ce n’est pas constructif.» L’étudiante en psychologie s’est ralliée à une autre vague rassemblant une quarantaine de jeunes femmes, le Mouvement réfractaire à Babylone 2.0: «Le but principal est de s’infiltrer dans les groupes secrets afin de recueillir des informations. Elles prennent des renseignements sur les modérateurs et les administrateurs afin de déposer des plaintes et d’obtenir des condamnations.»

Le mouvement s’est organisé dans les moindres détails. Le team «recherches», ce sont les «forces spéciales» qui infiltrent les groupes au moyen de faux profils. Le groupe «contact» cherche à communiquer avec d’éventuelles victimes: une adresse mail a été créée (contact.mrb.frbe@gmail.com). Une équipe s’occupe d’identifier les éventuelles victimes alors que d’autres militantes se concentrent sur les relations extérieures et le lancement d’une pétition. Julie, elle, s’investit dans la «relation d’aide»: «Il s’agit d’être une oreille attentive. L’idée n’est pas de faire de la thérapie, mais d’orienter les personnes qui en ont besoin.»

La bataille fait rage. «Il vaut mieux que nous ne soyons pas trop nombreuses mais bien organisées. Les mecs s'infiltrent aussi chez les filles. C’était le problème avec le premier groupe, «La Revanche des filles», raconte Julie.

Identification ardue

Malgré la répartition des tâches réglée comme du papier à musique, les «filles» peinent à obtenir tout ce qu’elles veulent. L’identification des victimes et de leur nationalité se révèle plus ardue que prévu, ainsi que l’explique Allison, étudiante à Bruxelles: «C’est un travail qui peut prendre un peu de temps, car généralement les photos sont cadrées à moitié et, du coup, pour trouver une personne à identifier, des membres du groupe se chargent de vérifier toute la liste des amis Facebook de la personne qui a posté.» Les femmes identifiées sont surtout des Françaises, précise-t-elle.

Victimes humiliées

Les victimes ne savent souvent pas que des images d’elles circulent dans des groupes secrets. Lorsqu’elles le découvrent, humiliées, elles ne tiennent pas à se manifester. «Les victimes avec lesquelles j’ai eu un contact ont, pour l’instant du moins, eu la même réaction. Elles veulent rester anonymes et ne discutent avec nous que par message privé», relève Allison. La justice est quand même saisie: «Il y a dix jours, une première victime avait effectivement porté plainte, accompagnée de sa maman, à la gendarmerie en France», assure l’étudiante de Bruxelles.

Les procureurs et les policiers vaudois ne sont pour l’instant guère occupés par ce genre d’affaires, qui se poursuivent en général sur plainte (voir ci-contre). «Nous recevons ponctuellement des plaintes en raison d’images diffusées dans le cadre de séparations difficiles. Mais, pour l’instant, nous n’avons rien reçu concernant ces réseaux et groupes secrets», indique Olivia Cutruzzolà, porte-parole de la police cantonale. La Cellule criminalité informatique du Ministère public central vaudois tient le même langage. Pas de groupes secrets, relève le procureur Sébastien Fetter, mais «nous avons en revanche été confrontés, par exemple, à un cas de publication, après une rupture, de photographies prises avec le consentement de la jeune fille concernée». Autrement dit, du revenge porn.

Malgré la fermeture de groupes et de comptes par Facebook à la suite de dénonciations, le phénomène ne semble pas près de s’arrêter. Face aux sites pornos traditionnels, l’échange d’images privées ajoute l’excitation de l’interdit et «d’agir contre la volonté de quelqu’un». Comme le relève un membre du mouvement des jeunes femmes réfractaires, c’est un «jeu devenu banal et accessible». (TDG)

Créé: 27.01.2017, 07h18

Les infractions

Voici une liste non exhaustive des infractions possibles.

Violation du domaine secret ou privé au moyen d’un appareil de prise de vue (art. 179 quater du Code pénal) si la personne prise en photo n’est pas informée de la photographie. Cette infraction se poursuit sur plainte uniquement. Peine privative de liberté de trois ans au plus
ou peine pécuniaire.

Honneur La transmission d’images à des tiers sans l’autorisation de la victime peut s’assimiler aux délits contre l’honneur (calomnie, diffamation) également poursuivis sur plainte (art. 173 et suivants). Les peines sont pécuniaires ou peuvent atteindre la prison pendant trois ans au maximum.

Contrainte Si la publication sert à faire obéir la victime, la contrainte (art 181, trois ans de prison au plus) peut s’appliquer. Si le but est d’obtenir un avantage matériel: extorsion et chantage (art. 156, jusqu’à 10 ans de prison en cas de répétition). Délits poursuivis d’office.

Mineurs La création ou la publication d’une image de nature pornographique tombe sous le coup de l’art. 197 (pornographie, poursuivie d’office, peines pécuniaires ou prison)

La justice suisse est-elle trop laxiste?

Les groupes Facebook au statut secret, visibles uniquement par les membres et les internautes invités à y entrer, existent depuis plusieurs années. Les utiliser pour y partager des photos de sa copine ou de son amante d’un soir, «c’est comparable à du revenge porn», lâche Stéphane Koch, consultant et formateur d’intelligentzia.net, spécialiste des réseaux sociaux. Selon lui, la Suisse a pris du retard dans la lutte judiciaire contre ce phénomène: «Dans un certain nombre de pays, la législation se renforce, mais pas en Suisse. Cela développe un sentiment d’impunité», affirme-t-il.

Stéphane Koch rappelle le bouleversement que peuvent subir les victimes d’une publication sans leur accord: «Elles ont un profond sentiment de trahison.» Même sur un groupe au statut secret, un proche peut découvrir des photos. Il faut aussi prendre en compte le risque d’une perte d’emploi pour la victime: «Les réseaux sociaux tissent des liens entre les sphères privée et professionnelle. Quelqu’un peut perdre son job sans avoir commis de faute professionnelle», s’inquiète Stéphane Koch. Sébastien Fanti, avocat et préposé à la protection des données en Valais, pointe plutôt l’ambivalence de Facebook. D’un côté, le réseau social semble très prude en éliminant toute image à connotation sexuelle, jusqu’à l’absurde. «Mais si des photos sont postées sur un groupe secret, il ne se passe rien. Certains peuvent utiliser ces groupes pour échanger des images d’actes de cruauté ou même d’assassinats.

La responsabilité des réseaux sociaux est en jeu. Cela veut dire que l’autorégulation a échoué», relève-t-il. En ce qui concerne les cas connus et dénoncés, Sébastien Fanti estime que la justice fait son travail correctement: «Je ne dirais pas qu’elle est laxiste.» Sur le plan civil, de telles affaires peuvent se solder par des indemnités de plusieurs milliers de francs au caractère dissuasif.

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