«Noël ne doit pas servir à régler des comptes relationnels»

Art de survivreCraint par beaucoup, le repas de Noël n’est pas toujours un moment de communion joyeuse. Benoît Reverdin, thérapeute de famille, appelle à calmer le jeu et à savourer au mieux l'instant.

Image: Patrick Tondeux

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Le réveillon de Noël n’est pas un cadeau pour tous. Ce devrait pourtant être simplement l’occasion de se réjouir d’avoir une soirée à partager avec ses proches. Pour Benoît Reverdin, psychologue, thérapeute de famille et directeur de l’Office protestant de consultations conjugales et familiales à Genève (OPCCF), c’est effectivement un moment entre parenthèses qui devrait essentiellement permettre de renforcer son sentiment d’appartenance à la famille, au clan. «Dans l’idéal, Noël doit constituer une trêve, et en aucun cas une occasion de régler ses comptes relationnels», estime le thérapeute.

Benoît Reverdin, qu’est-ce qui se joue à Noël pour que cette fête prenne la tête à tant de gens?

Noël est l’un des derniers rituels – et pas uniquement au sens religieux – au sein de notre société occidentale. Et c’est peut-être le plus important, celui qui touche le plus grand nombre de gens. Le seul fait que nous ayons aussi peu de rituels explique pourquoi cette fête prend autant de place. S’il y en avait davantage, il y aurait moins de pression. Ce qui rend la chose encore plus complexe, c’est que cette fête met en lumière notre famille telle qu’elle est. Pour les uns, cela rappellera douloureusement l’absence de proches, pour les autres, cela mettra à vif des conflits familiaux. Entre la famille idéalisée et la réalité vécue, il y a parfois un abîme. C’est d’autant plus difficile à vivre que le mythe veut que l’on soit joyeux à Noël.

Est-ce une sorte de tyrannie du bonheur qui met encore plus de pression?

C’est certain. Raison pour laquelle il ne faut pas se tromper d’objectif. À Noël, il faut tenter d’apprécier le moment passé ensemble, tout en ne croyant pas être dans l’obligation d’aimer tout le monde, y compris au sein de sa famille. Et surtout, j’insiste, il ne faut pas faire de cette fête le moment où l’on règle ses comptes relationnels! Ce n’est vraiment pas le bon moment pour régler des conflits.

Plus facile à dire qu’à faire?

Assurément. Tout ce que je vous dis se rapporte à un contexte idéal. Après, chacun fait comme il peut. Avec sa réalité familiale et selon son état de fatigue et de tension. Il faut éviter de culpabiliser les gens. Il y a une pression énorme du «Noël réussi» qui ne peut que rendre les choses plus difficiles. Par exemple, les recettes pour réussir sa fête sous-entendent que vous êtes responsable si cela ne marche pas.

Avez-vous tout de même quelques conseils?

De ne pas faire des choses trop forcées. Il n’est pas prudent de vouloir absolument rassembler tout le monde, y compris des gens qui ont un contentieux important. Par contre, il est bon d’inviter quelqu’un qu’on ne voit pas forcément très souvent. Cela compte. N’oublions pas que Noël est un jour douloureux pour ceux qui ne sont pas inclus. Un autre exemple est celui des parents qui se disputent tout le temps, mais qui font semblant de s’entendre pour les enfants. Ces derniers le sentent et en sont malheureux.

Qu’en est-il des cadeaux?

Ce qui importe, ce n’est pas le nombre, mais de voir la joie illuminer les yeux d’un enfant qui découvre le présent qu’il attendait depuis longtemps. C’est cela qui est beau. Ceux qui pensent pouvoir rattraper au travers d’une montagne de cadeaux toutes les choses qu’ils n’ont pas pu faire faute de temps se trompent probablement. Il ne faut pas exagérer l’importance de ce que l’on offre, simplement tenter de faire plaisir.

Noël est-il plus complexe à affronter pour les familles recomposées?

Si on regarde la famille de Jésus, on peut la définir comme une famille recomposée! Il y a Joseph, qui n’est pas réellement le père biologique du petit. Et puis un bœuf et un âne, invités pour la naissance… Plus sérieusement, les problèmes ne sont fondamentalement pas si différents pour les familles biparentales que pour les autres. C’est le niveau de complexité qui change. D’une manière générale, chacun a un script de ce qu’est Noël pour lui, tout comme il en a un sur la manière d’affronter un deuil. Lorsque l’on se met en couple, il y a plusieurs possibilités: un script s’impose sur l’autre, on adopte celui de l’autre ou on en tricote un nouveau à deux.

Et pour ces familles-là, ce n'est pas différent?

Il y a les mêmes difficultés de base. Ensuite, tout dépend si les gens arrivent à s’entendre ou pas. Mais il est vrai qu’on peut facilement arriver à fêter Noël six fois dans ces familles. Noël étant une fête multigénérationnelle, il faut gérer la problématique des enfants, des parents et des grands-parents. Et cela dans sa famille d’origine et dans sa belle-famille. Voire même au-delà dans le cas des familles recomposées. On en arrive à un degré de complexité énorme.

En conclusion, à quoi devrait servir Noël dans l’idéal?

Il est impossible de répondre de manière absolue car chaque famille crée en réalité son propre rituel. Et la famille se reconnaît au travers de cela. Idéalement, pour moi, ce devrait être un moment où l’on parvient à se rendre disponible pour ses proches. Un moment entre parenthèses, similaire à celles créées par les vacances. Pour les enfants, c’est extrêmement important de bénéficier de ces instants privilégiés. Qui ne garde pas en mémoire des souvenirs de partage avec ses parents, qui, très souvent, sont liés à des vacances? (TDG)

Créé: 22.12.2017, 19h23

Benoît Reverdin

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