Dites-le avec des fleurs d’ici et de saison

Emplettes responsablesEt si l’on privilégiait proximité et saisonnalité dans l’achat de nos bouquets? Plongée dans les pétales genevois.

Quentin Weideli, avec sa petite famille, productrice de fleurs depuis trois générations à Vésenaz, promeut le pétale local et de saison.

Quentin Weideli, avec sa petite famille, productrice de fleurs depuis trois générations à Vésenaz, promeut le pétale local et de saison. Image: OLIVIER VOGELSANG

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«Tulipes de chez nous!» Tout est dans le point d’exclamation. L’ardoise trône devant quelques bottes joliment colorées. Juste à côté, de mignonnes renoncules arborent, quant à elles, le sticker Genève Région – Terre Avenir (GRTA). Pas de doute: ces pétales-là ont prospéré au bout du lac. Nous sommes sur la place de la Navigation, aux Pâquis. Il est 8 h du matin. Ça caille et c’est jour de marché. Depuis des décennies, la famille Jousson tient là son stand fleuri. Arrière-petit-fils de Jean, le fondateur de la maison en 1932, petit-fils de l’accorte Monique, Quentin Weideli a repris les rênes de l’entreprise horticole. Il fait pousser des fleurs à Vésenaz et les vend, avec sa compagne Isabelle, sur les marchés genevois. Des fleurs locales. Des fleurs de saison.

Car, comme les fruits et les légumes, le steak ou le poisson, les jolies tiges peuvent atterrir dans votre cabas sans forcément avoir pris l’avion et passé des jours au frigo. Sans fleurer le kérosène, en somme. Les citadins ont peut-être appris à se défier des fraises en janvier. Mais ils ne réfléchissent pas forcément au pedigree d’un bouquet vite acquis à la supérette du coin. «Il y a tout de même une prise de conscience. Depuis deux ou trois ans, les gens commencent à s’intéresser au local et à la saisonnalité des fleurs», raconte Quentin. «Certains me demandent même si je chauffe mes serres. Moi, je ne chauffe pas. J’utilise juste des tunnels pour éviter le gel.»

Brève lucarne

Les fleurs seraient-elles des denrées végétales comme les autres? Pas exactement. «Si les maraîchers peuvent proposer des variétés adaptées en hiver, les horticulteurs n’ont qu’une brève lucarne pour cultiver les fleurs en pleine terre. D’avril en septembre. En les protégeant du froid, on gagne quelques semaines. Mais aujourd’hui, avec le frigo, le contrôle de la lumière et le chauffage, on peut faire pousser des fleurs toute l’année.»

D’où un calendrier naturel que l’on n’a plus en tête. Euh… c’est quand les lilas? «On trouve des tulipes hollandaises dès début décembre. Or, on est actuellement en pleine saison pour les genevoises. Moi, j’ai tenu bon. J’ai attendu les locales; ce qui évite la surdose», explique Sabrina, «fleuriste écoresponsable» de métier. Depuis septembre, à l’enseigne de «La petite fleuriste», la jeune femme a ouvert une arcade sur l’ancien site d’Artamis et actuel écoquartier Carré Vert. Une arcade pleine de plantes autochtones, donc. «Je me fournis dans la région principalement, et éventuellement en France et en Italie. Il m’est arrivé de prendre des roses hollandaises, mais c’est rarissime.»

Elle est fraîche, ma tige

Parisienne, la jeune femme s’est retrouvée à Genève il y a une dizaine d’années. Elle décroche son premier job au Molard, comme fleuriste dans le pavillon au centre de la place. «J’y ai passé trois ans. L’hiver, il y faisait très froid», sourit-elle. «À Paris, je n’avais pas la notion de la proximité. Ici, cela m’a épaté que l’on puisse trouver des fleurs produites aux portes de la ville. C’est magique de pouvoir être en contact direct avec les producteurs. De pouvoir échanger avec eux. Ça a tout changé pour moi.»

Autre avantage: la fraîcheur. Ben oui. La tige indigène a été coupée la veille. Elle est vendue le lendemain. La fleur lointaine a deux jours de plus de frigo et transport au grand minimum. Résultat, elle tient moins longtemps dans nos vases. Elle s’affale. Elle boudasse. Elle trépasse. «C’est clairement notre force à nous autres, les labellisés GRTA», note Christophe Taverney, horticulteur de père en fils à Puplinge. Avec sa mère Nicole, il vend une partie de sa production sur les marchés de Plainpalais et Carouge. «On peut mettre en avant la fraîcheur, la traçabilité, le circuit court. Je ne vous cache pas que, en dehors de ça, la conjecture est très difficile. On fait face à une concurrence féroce. La fleur genevoise est forcément plus chère… et elle ne l’est pas assez.»

Même son de cloche pessimiste chez son collègue Quentin. «Il y a 50 ans, on était dix fois plus nombreux à Genève. Aujourd’hui, personne ne voudrait reprendre une exploitation de fleurs. On ne peut pas se battre contre les camions hollandais qui débarquent deux fois par semaine.»

Freesia et iris

À moins bien sûr que les gentils consommateurs acceptent de débourser le juste tarif pour des pétales du coin. Et qu’ils chouchoutent leur saisonnalité. D’ailleurs, c’est quoi les fleurs de saison ces jours-ci à Genève? «La tulipe et la renoncule, principalement», annonce Quentin. «Fin avril, on aura les lilas et pivoines.» Quoi d’autre? «Dans la région, on peut trouver du freesia et de l’iris, mais aussi des branchages: chatons et noisetier», énumère Sabrina, en effleurant un blanc pavot vaudois.

Côté tendance, il semblerait qu’une couleur n’ait plus vraiment la cote. C’est le jaune. «Le jaune, on n’en fait plus du tout», assure Christophe Taverney. «Aujourd’hui, les gens aiment bien les bouquets aux formes arrondies, aux couleurs plus vives et osées: rose vif, orange, curry.» Tiens, dans un mois, c’est la Fête des mères. Et si vous bluffiez votre génitrice avec une belle gerbe de genevoises aux tons dingos?


Les horticulteurs GRTA sur les marchés genevois

  • Gaëlle et Thierry de La Fontaine sur les marchés de Rive (me et sa) et le dimanche à Plainpalais;
  • famille Jousson à Rive, Pâquis, Vésenaz et Champel;
  • famille Taverney à Plainpalais et Carouge.

La petite fleuriste 1, chemin du 23-Août, mardi-samedi. (TDG)

Créé: 13.04.2019, 20h34

Julie dans sa roulotte fleurie. (Image: DR)

Julie, la fleuriste nomade sur quatre roues

Vous avez aimé les food trucks? Vous allez raffoler du Flower Trailer. Mèches blondes s’échappant d’une remorque sévèrement colorée et odoriférante, voilà Julie, notre fleuriste nomade, qui vend ses bouquets sur les marchés à l’enseigne d’«Aux voyages fleuris». Elle est Genevoise pure souche, d’une famille terrienne. «Mon grand-père a une ferme à Puplinge; mon frère élève une septantaine de vaches; mes parents sont maraîchers. J’ai grandi là-dedans», raconte la jeune femme. «Je me suis retrouvée sur les marchés au stand familial dès que j’ai su compter. J’adore ça.»

Après une formation de fleuriste à Lullier, elle commence par filer en Californie pour apprendre l’anglais. «Je suis revenue avec des étoiles dans les yeux et mille projets.» Mais nulle envie de travailler pour un patron. Ni de se sédentariser. «Mon père devait changer de remorque, je l’ai accompagné; ç’a été le déclic.» La sienne a été conçue sur mesure. Trop chou. Le chaland y découvre un mur de fleurs, à grappiller à l’unité. Des pétales d’ici, le plus souvent. «J’essaye de me fournir au maximum chez des horticulteurs locaux. Et puis, j’ai mon propre jardin qui se développe.» Julie fleurit aussi mariages, baptêmes et autres noubas; livre les personnes âgées et quelques restos. Mais chaque semaine désormais, elle gare son camion végétal sur les marchés de Rive le samedi, Plainpalais le vendredi et Puplinge le jeudi. Qu’on se le dise! Avec des fleurs, bien sûr.

J.Est.

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