Le féminisme actuel se déploie en familles éclatées

SociétéLe 8 mars reste l’occasion idéale de faire le bilan sur l’état du féminisme car, si la cause des femmes fédère particulièrement depuis #metoo, les moyens de la défendre diffèrent.

Image: Dessin: Gérald Hermmann

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Cette Journée internationale du droit des femmes est unique en son genre. Le mouvement #metoo, qui dénonce les violences sexistes et sexuelles que subit la moitié de la population, a connu un succès planétaire. «Chaque 8 mars s’inscrit dans une histoire et chaque 8 mars est coloré par une actualité, confirme Caroline Dayer, experte en études genre et en prévention des violences et des discriminations. Cette année, on sent que le passage de voix individuelles à une parole collective est particulièrement présent.»

Lire aussi l'éditorial: Féminisme: la guerre interne doit cesser

Mais si des voix se libèrent, la parole n’est pas pour autant homogène. Mondialisé, le féminisme a laissé place aux féminismes. Une réalité que nous avons voulu mettre en évidence dans un webdossier entièrement consacré aux cinq principales familles que nous avons identifiées. «Il existe aujourd’hui une pluralité de courants féministes et une diversité de figures, et il est essentiel de les rendre visibles. C’est évident pour les personnes qui travaillent sur cette thématique ou pour les militants, mais ça ne l’est pas pour la population», estime la spécialiste. Objectif de ce webdossier unique en son genre? Proposer une boîte à outils à ceux qui se sentent perdus dans la jungle des théories féministes.

La pilule de la discorde

En préparant le questionnaire d’entrée, au fur et à mesure des interviews de femmes, qu’elles soient militantes féministes ou non, nous avons découvert un clivage générationnel sur un sujet surprenant: la pilule. Émancipatrice pour la plupart de celles qui ont vécu la libération sexuelle des années 70, la pilule provoque la méfiance des jeunes femmes entre vingt et trente-cinq ans. Les alternatives à la prise d’hormones, soit le stérilet en cuivre ou la symptothermie – une méthode naturelle de contraception – lui sont préférées, avec un fort sentiment de réappropriation de son corps, de sa libido, de son éventuelle maternité future et de la gestion de son cycle.

Autre découverte: la vigueur insoupçonnée du courant différentialiste chez les 30-40 ans, âge moyen du premier enfant en milieu urbain, souvent par des femmes qui ne se pensaient pas féministes. Enfin, la problématique de la liberté sexuelle s’impose largement chez les moins de 30 ans et, avec elle, l’avènement d’un féminisme décomplexé, sans tabou, dépolitisé et populaire: le féminisme pop.

Féminisme radical et «culture du viol»

«Les dissensions au sein des courants féministes ne sont finalement que le reflet de tensions plus générales au niveau mondial: certaines veulent aménager le système en place, d’autres, plus radicales, veulent le renverser», poursuit Caroline Dayer. Dans ce webdossier, le féminisme radical n’a pas fait l’objet d’une catégorie à part, car cette tendance traverse tous les courants. L’idée principale? L’oppression des femmes se fait au bénéfice des hommes, qui ne seraient du coup pas pressés de changer la donne.

La notion de «culture du viol» a d’ailleurs été développée par le féminisme radical dans les années 70, et se retrouve dans beaucoup de débats féministes actuels. De nombreuses militantes l’utilisent pour évoquer le rapport dominant de l’homme dans la séduction. Le mouvement #metoo, en ce qu’il englobe autant le viol que le harcèlement de rue et prône un changement de mentalité général, promeut également la thèse d’une «culture du viol». La dessinatrice féministe Emma, dont les BD sur le site du Huffington Post sont très largement partagées sur les réseaux sociaux, range même dans la «culture du viol» les jeux d’enfants (les garçons attrapent les filles et leur donnent un baiser) ainsi que la chanson d’Alain Souchon Sous les jupes des filles.

Retrouvez notre test de 25 questions pour savoir avec quelle famille du féminisme vous avez le plus d'affinités.

(TDG)

Créé: 07.03.2018, 21h52

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