«La paix s’apprend comme la guerre, telle une discipline»

InterviewPour Thomas D’Ansembourg, il est temps d’enseigner les clefs de connaissance de soi à l’école.

Thomas d’Ansembourg estime que de nombreux outils de développement personnel, comme la médiation, devraient être enseignés dès l’enfance. GETTY

Thomas d’Ansembourg estime que de nombreux outils de développement personnel, comme la médiation, devraient être enseignés dès l’enfance. GETTY

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Thomas d’Ansembourg choisit ses mots avec beaucoup d’attention. De précision aussi. «Le langage exprime notre conscience. C’est précieux d’en utiliser un qui rassemble, réconcilie et encourage plutôt qu’un langage qui juge, catégorise et divise.» L’ex-avocat devenu thérapeute, auteur et conférencier, s’attelle depuis plusieurs années déjà à la résolution des conflits à travers la méthode de la Communication non-violente. Son petit manuel publié en 2001, Cessez d’être gentil, soyez vrai (Éd. de l’Homme), écoulé à 750 000 exemplaires et traduit en 28 langues, lui a offert une notoriété au-delà des frontières de sa Belgique natale.

Depuis, l’homme donne des conférences et des stages qui affichent complet aux quatre coins de la francophonie. Il en sera certainement de même pour celle qu’il propose mercredi prochain à Lausanne sur le thème de la paix dont il a tiré un ouvrage, La paix, ça s’apprend, publié après les attentats parisiens du Bataclan en 2016.

Selon vous, la paix s’apprend. Vraiment?

Oui. La plupart de nos dirigeants ne l’imaginent même pas. À tel point qu’il n’y a aucun apprentissage de la paix dans nos éducations et nos institutions. Or la paix s’apprend tout comme la guerre. C’est une rigueur, une discipline. Cela n’a absolument rien du bisounours. Il y a de nombreux outils extrêmement performants de pacification de soi et du rapport à l’autre qui ont été façonnés dans le laboratoire dit du développement personnel et qui se révèlent aujourd’hui des outils de développement social et durable.

Et cela se traduit comment, concrètement?

Il y a des centaines d’outils. Un des plus anciens est la méditation, qui revient très largement sous sa formule laïcisée de pleine conscience. Elle entre dans toute sorte de milieux aujourd’hui, des hôpitaux aux prisons en passant par le parlement britannique ou les comités de direction des entreprises. À côté de celui-là, il y a l’approche de la Communication non violente que j’enseigne depuis 25 ans et qui est de plus en plus appréciée et reconnue un peu partout à travers le monde, suite à sa mise au point par le psychologue américain Marshall Rosenberg. Rétablir de la bienveillance dans les rapports humains malgré les tensions et les difficultés est une sorte d’hygiène de vie. La sophrologie ou le tai-chi, le qi gong, le reiki sont aussi des manières de s’apaiser, de se centrer et de faire de la place à d’autres façons d’être ensemble que l’habitude de vivre les rapports humains comme des rapports de force. Une habitude dont on peut se défaire.

Ces outils auraient donc un impact social pour changer les mentalités?

J’en suis absolument convaincu. Si on a fait, ces 60 dernières années, un saut collectif dans l’hygiène physique, c’est que chacun s’est appliqué à prendre des mesures toutes simples, comme se laver les mains ou se brosser les dents. J’ai confiance que, dans les 10 à 15 ans à venir, on va faire un saut pareil sur le plan psychique et psychospirituel. Nous allons intégrer dans nos vies des mesures d’hygiène mentale. Nous allons prendre des douches psychiques pour nous nettoyer de nos tensions, de nos blessures ou de nos traumatismes. Je crois que bientôt il ne viendra plus à l’idée de quelqu’un de sortir rencontrer les autres, dans son travail ou sa vie sociale, sans d’abord avoir vérifié s’il s’est rencontré lui-même.

Vous avez écrit votre livre sur la paix juste après les attentats du Bataclan. Quels impacts ont-ils eus sur vous?

À force d’observer les mécanismes de la violence depuis des années, je me suis tout de suite rendu compte que nous avions affaire à un symptôme d’une douleur extrêmement violente et à un malaise sociétal considérable qui indique une division et un rejet. Nous avons construit une société centrifuge qui rejette ceux qui n’arrivent pas à se tenir au cœur. Je me suis occupé durant 10 ans, comme bénévole, de gamins de la rue qui avaient des comportements agressifs. Tout cela est l’expression tragique du besoin d’être reconnu, d’avoir une place. Comme ces besoins ne sont pas nourris de façon positive, inévitablement ils se nourrissent de façon négative. Comment nos sociétés peuvent-elles donner du sens à chacun d’entre nous et faire en sorte que même le gamin de banlieue ait l’impression qu’il appartient à un monde qui le soutient, l’encourage et l’aide à trouver du sens à sa vie? On a un gros changement de société à envisager.

Vous pensez que c’est le devoir de l’école?

Nous sommes nombreux à soutenir l’idée qu’un jour tous les enfants qui iront à l’école auront l’occasion d’apprendre des clés de connaissance de soi comme un pilier aussi fondamental que lire, écrire et calculer, les trois bases de l’enseignement. On voit bien qu’on a dépassé l’enjeu du développement personnel. Quand j’ai écrit Cessez d’être gentil, soyez vrai, je disais que la santé personnelle concernait la santé sociale. Aujourd’hui je ne parle plus de santé publique, mais de sécurité publique. Les terroristes, tant en Belgique qu’en France, étaient des gamins qui ont grandi dans nos écoles. Comment notre système génère-t-il des poches de souffrance telles qu’il n’y a pas d’autres issues que de se venger du système qui les a fait vivre? Il y a à instaurer des pratiques de gestion des émotions, de connaissance de soi, d’empathie, d’appartenance au groupe. Nos systèmes éducatifs sont encore trop axés sur la compétition plutôt que sur la collaboration, sur la performance plutôt que sur le lien.

Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter votre métier d’avocat pour devenir thérapeute?

Comme avocat je voyais le malaise de mes clients, leur analphabétisme émotionnel. J’observais aussi l’épuisement de mes collègues. J’avais la trentaine et certains étaient en burnout ou complètement épuisés. Je voulais vivre à un rythme qui me respecte et faire des choses qui m’enchantent. Cela m’a mis en route. J’ai réalisé que si les humains étaient au centre de nos préoccupations, on éviterait beaucoup de violence. (TDG)

Créé: 11.03.2018, 12h00

Infos pratiques

Lausanne,
salle de Grand-Vennes
Me 14 mars (20h)
www.cnvsuisse.ch/

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Ateliers

Formation en Suisse romande
De ce côté-ci de la Sarine, il existe une association regroupant des formateurs qui proposent aux particuliers comme aux entreprises des stages et des ateliers utilisant l’approche de la communication non violente.

«Elle a été théorisée par le psychologue américain Mar­shall Rosenberg qui l’a nommée ainsi en référence à Gandhi. Ce dernier avait la conviction que l’être humain est de nature bienveillante.

Cette technique tend à retrouver cette bienveillance en nous et avec les autres», explique Claudia Lüthi, formatrice. Et de préciser:
«Au deuxième jour de stage, le public prend souvent conscience de l’enjeu de changement intérieur, nécessaire pour pouvoir être à l’écoute de l’autre.» À préciser que ces formations ne pas sont pas remboursées par les assurances complémentaires.

Recherche de bienveillance

Thomas d’Ansembourg préfère le terme de conscience à celui de communication non violente. «L’idée est de porter son attention à des mécanismes très intégrés dans nos habitudes que nous prenons pour notre nature mais qui ne sont qu’une forme de culture qui amène de la violence.

Notamment le fait de juger en un quart de tour en bien ou en mal. Ou le fait d’être attentif à ne pas avoir de préjugés, de ne pas prétendre qu’on sait à l’avance. Il y a également la pensée binaire qui nous fait diviser les choses. Nous avons besoin de travailler une conscience complémentaire et unifiante.

Un autre piège récurrent et de faire les choses parce qu’il faut, dans une contrainte. On ne s’occupe pas de ses enfants par ce qu’il faut mais parce qu’on les aime et cela ne veut pas dire que c’est confortable. La communication non violente nous invite à être branché dans ce qui est vivant en nous, dans nos besoins profonds et stables et non dans nos envies, qui sont des choses matérielles et changeantes.»

Citation



«Il y a de nombreux outils de pacification de soi et du rapport à l’autre qui ont été façonnés dans le laboratoire dit du développement personnel et qui se révèlent aujourd’hui des outils de développement social et durable.»

Thomas d’Ansembourg, auteur

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