«Noël, c'est un appel à sortir de notre confort»

ReligionDerrière la tradition, Noël a quelque chose à dire. C’est en tout cas la certitude d’Yves Frémont, curé d’Aigle, qui y discerne une «raison de vivre». Explications.

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Derrière la tradition et l’imagerie séculaire, Noël a quelque chose à dire à tout le monde. C’est en tout cas la certitude d’Yves Frémont, curé d’Aigle, qui y discerne une «raison de vivre». Explications.

Noël se traduit par une frénésie de consommation. Est-ce encore une fête religieuse?

Ce n’est pas contradictoire. J’apprécie cette frénésie car elle fait partie de la fête. On est heureux de se retrouver en famille et se faire des cadeaux. La cause, c’est bien entendu Dieu qui vient nous visiter. Dès qu’il y a une bonne nouvelle, il y a lieu de la fêter.

Dieu nous visite? Dans un monde qui va si mal?

Oui, quand quelqu’un que vous aimez est dans une situation difficile, vous cherchez à l’aider. Noël, c’est justement le souci de Dieu de ne pas nous laisser dans les difficultés. Il nous propose quelque chose, mais il n’est pas maître de ce que nous en ferons. Sa proposition est inouïe et elle bute sur notre volonté.

Quelle proposition?

Joseph est un charpentier, je suppose qu’il a dû faire un beau berceau. Marie a préparé la maison. Et crac! il faut partir car il faut répondre à une recension dans son pays d’origine. Jésus naîtra donc sur la route dans un logement de fortune. De plus, Hérode cherche à tuer l’enfant, il le perçoit comme un potentiel rival. Il faut fuir! Jésus fait tout de suite partie des exilés, des migrants. Dieu est immédiatement proche de ceux qui souffrent, qui sont paumés. Noël, c’est une histoire qui commence mal, dans un monde difficile. La proposition de Dieu, c’est de sortir de notre confort, de nous bouger, de nous mettre en route pour rencontrer cet enfant. Cela prendra du temps, comme dans toutes les relations humaines, qui s’enrichissent dans la durée.

Sortir de notre confort est difficile!

Vous croyez qu’avoir la foi, c’est facile? Ce sont des engagements quotidiens permanents. Noël, c’est un enfant qui aurait aimé naître dans un cocon familial, pas sur les routes. Une mère qui ne sait pas comment ça va se passer. Un père qui se dit: «Si j’avais su.» Pensez à Marie! Un message lui est délivré comme quoi elle va devoir accueillir un messie attendu par le peuple élu depuis des siècles. Elle ne l’avait absolument pas prévu. Dieu vient lui demander par une médiation: «Veux-tu devenir la mère de mon fils?» Et au lieu de dire «il faut que je réfléchisse», «patientez quinze jours» ou «il faut que j’en parle d’abord à Joseph», cette femme va répondre, dans une simplicité inouïe: «Je suis ta servante.» Devant son Dieu, elle se situe à sa juste place. Et en cela elle peut nous apprendre beaucoup de choses.

Est-ce à la portée de tout le monde? Marie n’était-elle pas quelqu’un d’exceptionnel?

Il ne faut pas idéaliser Marie. Intellectuellement, elle n’avait probablement pas fait de hautes études, certains se demandent même si elle savait lire. Elle n’était pas plus belle ni plus remarquable qu’une autre femme. Sa différence vient d’une grande ouverture de cœur à Dieu dans l’humilité et la simplicité. Tout le monde peut le comprendre. Dans une relation, quand un garçon et une fille se rencontrent, ils ne se demandent pas en premier lieu s’ils ont des diplômes. La connaissance du cœur est bien plus profonde que la connaissance intellectuelle.

Vous voulez dire que tout le monde est digne de cet appel?

C’est exactement ce que cette femme nous révèle. Elle nous montre que Dieu est simple, c’est nous qui sommes compliqués. Et nous, nous découvrons que pour faire le même pas, il va nous falloir beaucoup de temps. Mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas avancer. Ce qui nous est demandé, à nous, c’est de faire un pas. Le premier entraînera le deuxième. Nous avons tous fait cette expérience de regarder un événement du passé avec plusieurs années de recul en nous disant qu’on aurait pu faire autrement. Marie, elle, a pris un chemin plus court. Noël a aussi quelque chose d’une invitation, d’une sollicitation, d’un appel, d’un risque à prendre. Une main est tendue, mais encore faut-il savoir qu’elle existe, et je crois qu’aujourd’hui beaucoup ne le savent pas.

Elle l’a payé cher…

Oui, et c’est là où Marie va être un exemple jusqu’au bout. Les chefs religieux vont assassiner Jésus au nom de Dieu. Ils prétendent qu’il blasphème. Que fait Marie? Elle crie au scandale, à l’injustice? Non, ce n’est pas à elle de relever l’homme de ces injustices-là. Elle n’en est pas capable et elle le sait. Elle s’offre aux promesses de Dieu, c’est une folie, mais c’est cela l’amour. Son fils lui a dit qu’il ressusciterait. Elle ne sait pas comment, mais elle se dit qu’il y a un avenir derrière la réalité du mal. Le mystère de Noël vient aussi nous apprendre le chemin pour rompre la chaîne infernale de la violence.

N’est-ce pas plutôt le moment pour les femmes de dire non? Beaucoup d’entre elles, victimes de harcèlement, de violences, ont libéré leur parole cette année.

Les événements récents ont permis une libération de la parole des femmes humiliées. Grâce aux médias, aux réseaux sociaux, elles se sont exprimées. Une porte de liberté s’est ouverte. Elles ont raison de s’y engouffrer pour contrecarrer le fléau du harcèlement. On retrouve le même schéma: l’appel de Dieu à plus de lumière, de solidarité, à plus d’attention à nos attitudes. Il faut accompagner ces femmes dans leur libération, les soutenir, faire les changements culturels nécessaires. Certes, Dieu nous invite à grandir, à retrouver sa dignité, mais en faisant toutefois attention à ne pas briser celle de l’autre.

Vous êtes prêtre, vous parlez naturellement pour votre paroisse. Mais qu’est-ce que Noël et l’exemple de Marie ont à dire aux autres religions?

Je pense que ce message s’adresse aussi à eux. Qu’y a-t-il de plus universel pour tout être humain, sinon l’amour? Évidemment, c’est un mot un peu galvaudé. L’amour naît entre deux êtres quand les deux volontés se rejoignent dans un même projet. L’amour appelle la communion. Toutes les grandes religions ont une ouverture sur quelque chose de transcendant, de l’ordre de la solidarité universelle, de la bonté, de la justice. Nous avons tous soif de cela, de l’amour absolu. Mais l’amour, c’est terriblement exigeant. Il faut s’ouvrir à quelqu’un qui est différent de vous. Ce qui va le toucher, ce n’est pas votre baratin, c’est la qualité de votre relation.

Que faites-vous des violences qu’engendre précisément la religion?

Quand on commence à se quereller dans les religions, à se haïr, c’est qu’on n’est plus dans la religion, même si on en conserve l’étiquette. Quand on n’est plus relié à quelque chose d’universel, on devient sectaire.

Si tous les êtres humains ont soif d’amour et d’engagement, pourquoi la religion est-elle nécessaire? La Déclaration universelle des droits de l’homme ne suffit-elle pas?

Ces grandes déclarations sont une avancée indiscutable pour notre humanité. Mais on voit bien qu’elles ne sont pas suffisantes: on a tant de peine à les mettre en œuvre dans la réalité. Il nous faut être habités intérieurement d’une conviction forte pour réaliser la lettre du texte, sinon le document reste lettre morte! Aimer, c’est bien plus qu’un texte juridique ou un raisonnement intello: c’est un engagement vital, il faut que ça prenne les tripes. Ce qui trompe notre monde d’aujourd’hui, ce sont souvent les images fausses de la réalité divine. Certains rejets de Dieu sont bénéfiques en ce sens qu’ils refusent un visage déformé de l’amour authentique que nous portons au fond de nous-mêmes. Dans ce cas, je dis: très bien, mais coopérons tous ensemble à révéler le vrai visage de Dieu.

«L’amour, c’est terriblement exigeant. Il faut s’ouvrir à quelqu’un qui est différent de vous. Ce qui va le toucher, ce n’est pas votre baratin, c’est la qualité de votre relation» (TDG)

Créé: 24.12.2017, 10h07

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