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Des chaussettes et des hommes

Ces messieurs se décident enfin à s’intéresser à leurs chaussettes. De les accorder à leur tenue. D’y injecter, même, une dose de fantaisie. Parcours genevois sur les traces de l’accessoire masculin qui monte.

Azzurro Matto
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La vie de bureau est pleine de surprises. Parfaitement. En quelques mois, on a ainsi assisté, ébahi, à une vraie révolution vestimentaire chez nos collègues masculins. Trois d’entre eux au moins se sont mis à arborer, sans gêne, avec une pointe d’ostentation peut-être même, voire de coquetterie bien placée, des chaussettes d’une chic singularité. Des chaussettes fantaisie, comme on dit, aux motifs doucement farfelus et colorés, mais toujours chromatiquement choisies pour se marier au pantalon. Ou aux chaussures. Ou à la chemise de leur possesseur. Mais pas à sa cravate. Laquelle ne court pas les pectoraux des journalistes de la TG.

Discrète excentricité

Mazette, y aurait-il quelque effervescence dans les godillots de ces messieurs? «Oui, et depuis quelques années déjà», glisse la souriante Emmanuelle, de la boutique Mamzelle Popeline, à Plainpalais «C’est que la chaussette permet une discrète excentricité: on peut la cacher ou la dévoiler.» Dans sa boutique, la jeune femme distribue la gamme lyonnaise Bonne Maison, unisexe et made in France, qui chaque année décline trois collections thématiques. Ce coup-ci, c’est le chapeau, le printemps et l’île. Très poétique et gentiment perché pour 22 fr. la paire. «Dans certains milieux où la fantaisie ne s’affiche pas, cela peut être l’élément qui trahit l’audace, le caractère, la confiance en soi», poursuit la commerçante. «C’est par exemple un aspect à ne pas négliger pour un entretien d’embauche.»

«Quand on doit s’habiller de manière classique toute la semaine, c’est le seul twist vestimentaire possible», confirme l’élégant Genevois Alex, dont l’impeccable costar cache une paire de chaussettes ornées de rigolos nids d’abeilles anthracite. Il y a trois ans, ledit Alex a créé, parallèlement à son activité professionnelle et avec sa compagne, Aude, la flamboyante Sock Factory. Soit une boutique en ligne vouée à la jolie chaussette fabriquée en Europe, moderne et lutine, bon marché, pour dames et messieurs. Particularité: chaque modèle, designé par le couple, a un petit nom pop (Be Bop A Lula, Obama, Psycho Tandoori, etc.) et une histoire qui va avec. L’auteur de ces lignes a ainsi reçu une paire de Walk This Way à rayures drôlement chouette et confortable. «Les noms, ça marche bien pour les cadeaux», raconte Alex. «Les gens en profitent pour envoyer un petit clin d’œil.» Tiens, si j’offrais une paire de Dr Evil à mon patron?

La start-up genevoise, qui envisage de passer à la pointure supérieure d’ici à quelque mois, a déjà un noyau d’aficionados. Le profil? «Surtout les 30-40 ans», confie Alex. «Les ados, eux, portent des socquettes très courtes qui laissent les chevilles nues.» Et les gentlemen plus mûrs des paires unies, pas drôles pour un sou: grises souris morte ou bleues vieille marine. Le motif fripon aux petons est donc affaire de génération.

On peut d’ailleurs faire preuve de plus d’audace encore en optant pour les chaussettes délicatement dépareillées. Oui, monsieur. Au Panapé de Caméla, boutique de déco sise à la rue du Général-Dufour, s’arrachent ainsi les modèles iconoclastes de la marque italienne Oybo, qui ose le motif dissemblable. «Le pied droit est différent du gauche, et vice versa. Ça nous a fait rire», badine Catherine Ryser, l’une des deux patronnes. «Mais sans être ridicule ou choquant à l’œil. Le décalage reste subtil.» Une rayure dodue d’un côté, une rayure fine de l’autre; un pied-de-coq ici, un pied-de-poule là. Ben oui: depuis quand devrait-on mettre tous ses orteils dans le même panier?

Le charme d’Inutile

Osons pour finir la chaussette artistique de terroir. Vous avez bien lu. Le collectif genevois Inutile, qui abrite deux graphistes et un tatoueur, aligne des séries très limitées fabriquées en France, aux motifs saugrenus et rock’n’roll: tête d’E.T., doigt d’E.T., diablotin joyeux ou gentil dauphin. «Tout le monde fait des t-shirts ou des sweats», raconte Loïc, qui tatoue à l’enseigne de Nuit Noire, à Vernier. «On cherchait quelque chose à produire en petite quantité et à prix raisonnable, qui sorte un peu de l’ordinaire. La base, c’est que le dessin nous fasse marrer, qu’il soit fun, décalé, limite absurde. Manière d’insuffler un peu de bonne humeur aux gens le matin quand ils s’habillent.» Des chaussettes poil à gratter, locales et tirées à 60 exemplaires; Burlington peut aller se rechausser.

Mamzelle Popeline 13, rue des Rois.

Sock Factory http://thesockfactory.ch

Le Panapé de Caméla 20, rue du Général-Dufour.

Inutile A suivre sur Instagram. inutile_insta

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