La Société des arts révèle Alfred Dumont

Athénée Un peintre oublié éclaire la Genève artistique de la fin du XIXe siècle.

Un croquis du voyage autour du monde d’Alfred Dumont en 1891: le pont supérieur du navire «Natal» sur la mer Rouge.

Un croquis du voyage autour du monde d’Alfred Dumont en 1891: le pont supérieur du navire «Natal» sur la mer Rouge. Image: SOCIÉTÉ DES ARTS

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Pas facile de consacrer une exposition à un inconnu! La Société des arts se prête au jeu jusqu’au 11 novembre dans la salle Crosnier du Palais de l’Athénée. Le peintre et collectionneur Alfred Dumont (1828-1894) a eu son heure de gloire à Genève dans la seconde moitié du XIXe siècle. Très lancé dans les cercles artistiques et à l’abri des soucis d’argent grâce à la fortune familiale, Dumont peint, voyage et collectionne pour le plaisir. L’un de ses prénoms est Étienne, car le célèbre juriste Étienne Dumont était son oncle et son parrain, mort un an après la naissance de son filleul.

Sylvain Wenger et Frédéric Hueber sont les deux commissaires de cette exposition. Chacun a soutenu sa thèse de doctorat en 2016, l’un en histoire économique et l’autre en histoire de l’art. Le premier est chargé de valoriser le très riche patrimoine de la Société des arts. Le second a rejoint l’équipe de l’Athénée pour la réalisation de l’exposition et de son catalogue, un joli volume de 195 pages fort détaillé et bien illustré.

Le legs du siècle

«Le legs Alfred Dumont est l’un des plus importants dont notre institution ait bénéficié. Trois mille dessins parmi les 8000 qu’elle possède sont de lui», explique Sylvain Wenger. «On les trouve pour la plupart dans les albums où leur auteur les a collés. Impossible de montrer davantage que deux pages par album; le choix n’a pas été facile», reconnaît le commissaire.

Le bleu des pages sur lesquelles sont fixés les dessins est devenu celui des murs de la salle Crosnier. En haut court une frise étonnante, inspirée à l’artiste Benoît Billotte par des éléments de décoration reconnaissables sur des céramiques de la collection Dumont. Cette touche d’art contemporain se prolonge dans une antichambre où du mobilier disparaît sous de grands tissus africains multicolores. «Cette installation évoque à la fois l’enracinement genevois d’Alfred Dumont et son goût pour les voyages», confirme Sylvain Wenger. «Il a présidé ici, en 1883, la classe des Beaux-Arts de la Société des arts, à laquelle il a légué, entre autres choses, les notes et les croquis de son voyage autour du monde, effectué de janvier à août 1891.»

Un ami d’Albert Anker

Le titre de l’exposition est «L’héritage insoupçonné d’Alfred Dumont». «Nous avons donc placé le fac-similé de son testament à l’entrée», signale Frédéric Hueber. «Ce document permet de comprendre pourquoi ses tableaux et ses dessins, les céramiques et les gravures qu’il avait collectionnées, les livres de sa vaste bibliothèque se retrouvent aujourd’hui dans plusieurs institutions genevoises publiques et privées. Son testament nous fait entrer dans l’univers du personnage, révélant les noms de ses amis et quelles œuvres il soutenait. On peut se faire une idée de sa fortune et de ses goûts artistiques. Il avait étudié le droit à Genève, avait été Zofingien, puis s’était orienté vers la peinture, d’abord à Genève avec Lugardon, puis à Düsseldorf, où il avait retrouvé Benjamin Vautier, et enfin à Paris, dans l’atelier du Suisse Charles Gleyre.»

Dans la capitale française, Alfred Dumont fait la connaissance d’un jeune peintre suisse de trois ans son cadet, avec lequel il noue une solide amitié. Albert Anker offre au Genevois une esquisse de son célèbre tableau «L’examen d’école». Ce dessin voisine dans une vitrine avec une lettre du même Anker à Dumont, dans laquelle il lui demande s’il est facile pour un collègue de trouver un atelier à Genève, et surtout «une femme aux formes passables […] qui veuille bien dévoiler ses effets devant le peintre le plus pudibond du monde».

«Alfred Dumont a peint des paysages et des scènes avec des personnages dans le goût de son temps, mais il a aussi eu une activité d’illustrateur qui l’ancre dans l’actualité genevoise et suisse du XIXe siècle», explique Frédéric Hueber. «Son Zofingien l’arme au poing rappelle la menace de guerre de 1856; son dessin de l’inauguration du Monument national en 1869 exalte le sentiment d’appartenance à la Suisse; ses internés dans le Palais électoral illustrent un épisode du conflit franco-prussien de 1870.» Jusqu’au 11 novembre au Palais de l’Athénée, www.societedesarts.ch (TDG)

Créé: 21.09.2018, 17h11

Alfred Dumont, portrait de 1890. (Image: DR)

Vie artistique: Les joyeux peintres

À cette époque, un saucisson à l’ail d’origine allemande portait le nom de la ville de Brunswick, patrie d’un prince auquel Genève doit beaucoup. Une poignée d’artistes genevois appréciaient tant cette salaison que vers 1842, ils baptisèrent leur groupe le Cercle du Brunswick. On s’y retrouvait entre disciples du grand Calame. Alfred Dumont y côtoyait Gustave Castan et Charles DuBois-Melly, comme en témoigne l’album reproduit pour l’exposition. Artiste à la sociabilité légendaire, Dumont ne se contentait pas d’appartenir au Brunswick. Il était membre du Cercle des artistes, fondé en 1851 pour «procurer à ses membres les agréments et la distraction résultant des rapports habituels de sympathie et d’amitié». Les peintres François Diday, Albert Lugardon, Frédéric Dufaux, Henri-Germain Lacombe et bien d’autres appartenaient à cette amicale artistique. La récente invention de la photographie permettait à ces joyeux peintres de fixer leur image et d’en remplir des albums. Ainsi voit-on dans l’exposition de l’Athénée une photo d’Alfred Dumont fringant jeune homme, prise par son contemporain François Vuagnat. Un portrait fort éloigné de celui de l’homme mûr (voir plus haut), datant de 1890, lui aussi exposé.
À ce désir de se réunir vient s’ajouter au cours du siècle celui de confronter les talents. D’où les concours organisés à Genève, dont l’un vit s’affronter Alfred Dumont, Christophe François de Ziegler et Ferdinand Hodler. C’était en 1882 et «Le meunier, son fils et l’âne» du jeune peintre de 29 ans reçut le premier prix du concours Diday. Dumont et Ziegler reçurent le second ex aequo. Leurs précieux projets ont été sortis des cartables. Dumont se consola en 1891 lorsque la Ville de Genève lui acheta «Sortie d’église en Valais», huile extraite des réserves du MAH pour la présente exposition. B.CH.

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