La Chandeleur vient de très loin

Notre histoireLa fête chrétienne des chandelles, chaque 2 février, plonge comme Noël ses racines dans le paganisme

«Les Charbonniers» de Wolfgang Adam Töpffer (1813), une représentation hivernale de la campagne des alentours de Genève

«Les Charbonniers» de Wolfgang Adam Töpffer (1813), une représentation hivernale de la campagne des alentours de Genève Image: MUSÉE D’ART ET D’HISTOIRE

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Le tableau de Wolfgang Adam Töpffer (1766-1847) Les Charbonniers rappelle les hivers genevois d’autrefois. Le traîneau des charbonniers est arrêté devant une maison de campagne dont la façade de pierre, percée de fenêtres gothiques, avoue son grand âge. Au fond de la cave, un âtre alimenté par le précieux charbon diffuse une lumière chaude. Cette composition pourrait s’appeler Février, le nom d’un mois venu du fond des âges, qui commence par la fête de la Chandeleur.

Tant qu’on se borne à l’approche chrétienne de la fête des chandelles, ce n’est pas très compliqué. Quarante jours après Noël, le Christ fut présenté au Temple. Marie, en bonne mère juive de son temps, devait observer un délai rituel de six semaines avant de se faire voir dans un lieu sacré. Ayant accouché le 25 décembre, elle était considérée par sa religion comme impure jusqu’au 2 février. Cette impureté est une notion permettant bien des interprétations, trop longues à donner ici. Retenons simplement qu’avant le christianisme, la purification jouait déjà un rôle à cette époque de l’année.

Une lumière dans l’hiver païen

Jésus est donc présenté au temple de Jérusalem, et reconnu à cette occasion comme «lumière pour éclairer les nations païennes», par un certain Siméon. Ce vieillard se retenait de mourir depuis un bon bout de temps, car un présage l’avait averti qu’il vivrait assez longtemps pour voir le Messie. C’était maintenant chose faite.

Bien sûr, un tel événement méritait que tout bon chrétien le fêtât dignement. Bénir des cierges parut, pour le clergé, une bonne manière de marquer le coup. D’autant plus que la lumière avait de tout temps joué les vedettes au coeur de l’hiver païen. En février, les ancêtres des premiers chrétiens avaient l’habitude de courir armés de torches, vaste opération symbolique de purification de la terre. Cette notion contenue dans le mot latin februarius, a donné février. Februa se réfère à une divinité purificatrice à laquelle un culte était rendu par le feu. Une précision au passage: le caractère purificateur reconnu par les anciens à la fièvre peut expliquer la similitude entre les mots latins februarius et febris. Ce dernier n’est autre que la racine de Fieber en allemand , fever en anglais et fièvre en français.

Tout cela nous éloigne progressivement des innocentes chandelles de la Chandeleur, choisies à la fin du Ve siècle pour faire oublier les pratiques précécentes. On attribue cette initiative au pape Gélase, originaire d’Afrique du Nord, un Berbère, qui aurait voulu en finir avec la tradition des Lupercales. Qu’étaient-elles? On reconnaît, dans les premières lettres de ce mot, celles qui forment en latin lupus, qui a donné lupo en italien, lobo en espagnol et loup en français.

Ce terme fait référence à la fois à la louve qui nourrit les fondateurs légendaires de Rome, Romulus et Remus, et au dieu grec Pan, symbole velu de la fécondité. La fête serait d’origine grecque, venue d’Arcadie où la mythologie situe des sacrifices humains et des métamorphoses d’hommes en loups. Tout un porgramme! A Rome, lors des Lupercales, des jeunes gens sacrifiaient des chèvres, puis en prenaient les peaux pour se faire des pagnes ou des tuniques. Entièrement nus sous ces vêtements sanguinolents, ils couraient les rues, distribuant des coups de lanières de cuir sur la paume des mains des femmes. Ces coups étaient censés garantir un accouchement heureux à celles qui étaient enceintes et la fertilité pour celles qui n’avaient pas encore enfanté.

Mais que restait-il de tout cela à la fin du Ve siècle? La fonction de la fête n’était plus très claire, même si un correspondant du pape Gélase en défendait encore le caractère purificateur et la capacité à tenir la peste éloignée des villes et des campagnes. Ce n’étaient plus de jeunes aristocrates qui couraient à demi nus mais des gars du peuple, grossiers et inconvenants. Des couplets satiriques et des chants obscènes étaient colportés, au grand scandale des bien-pensants. Il fallait que cela cessât. Ainsi les Lupercales s’effacèrent-elles peu à peu devant les feux de la Chandeleur. La fixation de la naissance de Jésus le 25 décembre, attribuée au pape Libère en 354, avait elle aussi remplacé des célébrations bien plus anciennes, liées au solstice d’hiver. La religion orientale de Mithra, qui avait de nombreux adeptes à Rome à l’aube du christianisme, célébrait la naissance de son dieu le 25 décembre. (TDG)

Créé: 02.02.2018, 16h10

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