1929 Les marionnettes s’emparent de Marcelle Moynier

Notre histoireLa Genevoise tire les fils dans son propre salon du quartier des Tranchées.

Marcelle Moynier parmi ses marionnettes (1968).

Marcelle Moynier parmi ses marionnettes (1968). Image: MARIONNETTES DE GENEVE

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Le coup de foudre de Marcelle Moynier pour les marionnettes date de 1926. Elle assiste au Grand Théâtre de Genève au spectacle de la troupe italienne de Vittorio Podrecca et ses Piccoli, fondée en 1914. Cette Genevoise n’a pas attendu ce soir-là pour s’intéresser au théâtre.

Issue d’une famille bourgeoise protestante et fortunée, Marcelle Moynier se distingue de ses contemporains du même milieu par sa vocation pour les arts de la scène. Petite-fille du puissant Gustave Moynier, propriétaire à l’entrée de Genève d’une villa posée au milieu d’un parc immense, elle connaît le rôle de son illustre grand-père dans la fondation et le développement de la Croix-Rouge.

Née en 1888, elle est déjà vingt ans plus tard à la tête d’une troupe de théâtre appelée «La Roulotte». Ses années de conservatoire et l’influence stimulante d’Émile Jaques-Dalcroze l’ont préparée à ce métier inattendu aux yeux de sa famille. L’époque était bien sûr favorable à ce qu’on appelait le «théâtre de salon», qui donnait l’occasion à des groupes d’amis cultivés de se donner la réplique en privé.

Au cabaret du «Puceron Mauve»

«La Roulotte» n’est rien d’autre que cela, mais son répertoire, de Shakespeare à D’Annunzio, en passant par Molière et Musset, témoigne d’une certaine exigence. Les comédiens, proches des Mounier, sont des Peyrot, Cramer, Martin, Reverdin. On reste entre soi. Quand Émile Jaques-Dalcroze propose à Marcelle de le rejoindre en 1913 à Hellerau, près de Dresde, ou d’importants moyens sont mis à sa disposition pour développer sa rythmique, le refus des parents Moynier est sans appel. La jeune femme a pourtant 25 ans.

La guerre ayant ramené Jaques-Dalcroze à Genève, Marcelle devient professeur dans son institut ouvert en 1915. Elle enseigne gratuitement aux plus défavorisés, fidèle en cela aux principes de charité chrétienne reçus de ses parents et grands-parents. Mais «La Roulotte» roule toujours et se professionnalise. On joue maintenant dans des salles de la ville, devant un vrai public. On s’enhardit même à créer un cabaret-théâtre à la manière de ceux montés par des Russes à Paris à la même époque. Ils s’appellent «La Chauve-Souris» ou «L’Oiseau Bleu». Celui de Marcelle Moynier sera «Le Puceron Mauve». Pour l’occasion, la vibrante cantatrice genevoise Manon Cougnard, dite Canon Mougnard, devient la Cougnardowska. Y collabore également une grande amie de Marcelle, Laure Choisy, qui participera à l’aventure des Marionnettes de Genève, jusqu’à son décès en 1966. Infatigables, elles mettent aussi sur pied une troupe d’enfants qui recueille un joli succès auprès du public.

Puis vient le choc du spectacle des Piccoli de Vittorio Pedrocca. Elle a trouvé sa voie. Musicienne, comédienne, Marcelle Moynier est aussi une artisane – on dirait aujourd’hui une bricoleuse – hors pair. Ce talent va lui faciliter l’apprentissage des marionnettes, qu’elle fait «sur le tas», sans rien y connaître. Son premier théâtre est à Cologny, dans la maison de campagne de ses parents. La propriété du grand-père Moynier, à Sécheron, a été vendue en 1923 à la Ville de Genève. Famille et amis participent à la confection du castelet, des décors et des poupées. Nous sommes en 1929, «Les Petits Tréteaux», l’ancêtre des Marionnettes de Genève, est né.

À l’Exposition universelle de 1937

Les répétitions de «L’Imprésario» de Mozart, «La place du Molard en 1830» et «Une visite romantique», se déroulent à Cologny, mais les premières représentations ont lieu au printemps 1930 dans la Salle des Abeilles du Palais de l’Athénée. Malheureusement, ce bel élan sera brisé par le décès de Lydie Moynier née Bonna, la mère de Marcelle, qui plonge celle-ci dans une période de profonde tristesse.

L’activité des Petits Tréteaux reprend en 1932. Elle atteint des sommets en 1937, avec l’audience internationale que procure à Marcelle Moynier et son équipe l’Exposition universelle de Paris. Ils s’y produiront coûte que coûte – c’est le cas de le dire – car le disque enregistré à Genève pour accompagner l’une des pièces arrive à Paris fondu par le soleil. Marcelle Moynier finance aussitôt un nouvel enregistrement organisé à la hâte.

Trois ans plus tard, la troupe de Marcelle Moynier ouvre son propre théâtre dans un appartement de la maison Moynier, dans le quartier des Tranchées. C’est là que les Petits Tréteaux deviennent en 1941 les Marionnettes de Genève, institution devenue nonagénaire.

Créé: 04.10.2019, 19h06

Au 4, rue Constantin

En 1940, le bel immeuble portant le numéro 4 de la rue Constantin, dans le quartier des Tranchées, accueille les Petits Tréteaux, devenus en 1941 les Marionnettes de Genève. Nicole Chevallier (sur scène sur la photo du bas) succède en 1974 à Marcelle Moynier à la tête de ce théâtre, dont elle restera la directrice jusqu’en 1989. Elle a donc bien connu le 4, rue Constantin, jusqu’au déménagement de l’institution rue Rodo en 1983. «C’était l’appartement du rez-de-chaussée, qui était aussi le domicile de Marcelle Moynier, se souvient Nicole Chevallier. Sa famille possédait l’immeuble depuis le XIXe siècle. Il y avait des pièces de réception en enfilade. La scène et ses coulisses étaient dans la salle à manger et les spectateurs prenaient place dans le salon. À l’entracte on vendait des glaces Sibéria dans la cuisine. Il y avait d’autres pièces, la chambre de Marcelle Moynier, le salon jaune où nous prenions rituellement le thé les après-midi de répétitions, et une chambre d’ami. Lors des représentations, nous avions recours à Monsieur Cressier, un employé des pompes funèbres, qui plaçait les spectateurs et faisait se tenir tranquilles les enfants turbulents. Marcelle Moynier est décédée subitement le 11 février 1980, après avoir dit les derniers mots d’un discours très touchant à l’occasion du cinquantenaire des Marionnettes de Genève à l’Hôtel Méditerranée (actuellement Warwick). Elle s’est assise et c’était fini.» B.CH.

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