Paul Baszanger: le banquier qui aimait les vins vivants

Fines gueulesA l’enseigne des Amis du Château, il importe des topettes «rock’n’roll». Rencontre avec un chic œnophile

Paul Baszanger. Retraité de la banque et importateur passionné de vins naturels

Paul Baszanger. Retraité de la banque et importateur passionné de vins naturels Image: Laurent Guiraud

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C’est le genre de type qui inspire illico la sympathie. Il a 70 ans et en paraît 10 de moins. Il a l’œil qui pétille et une belle crinière dorée. Il parle doucement avec un coin de sourire. Raconte des choses intéressantes, avec élégance et drôlerie. Carton plein. On a envie de lui coller deux bisous sur les joues. Avant d’aller boire un verre de vin en sa compagnie. Naturel, le vin. Bio et tout. Sans soufre ni machins chimiques dedans. Car tel est désormais le ministère du charmant et vif Paul Baszanger: l’importation de crus vivants sur nos rivages genevois.

Notez qu’il commence à y avoir du monde en ville sur ce terrain-là. Dans les années 90, seul Emmanuel Heydens, actuel boss du Passeur de Vin, aux Acacias, mouillait le tablier pour le jaja nature. Le marché s’est bien peuplé depuis. Trop? «Je crois qu’il y a de la place pour tout le monde, pour un peu que l’on demeure courtois et loyal les uns avec les autres», observe Paul Baszanger. «Quand j’étais jeune, je m’occupais du ciné-club universitaire. Les cinémas de Genève se plaignaient de notre concurrence. Je leur ai dit: «Plus il y a de gens qui aiment le cinéma, plus vos salles seront pleines.» C’est pareil pour le vin.»

Dernier étage

Paul s’est lancé dans le business du glouglou sur le tard. Il a fait sa vie dans la banque. Au dernier étage de la banque même: il dirigeait l’antenne d’ING en Suisse. Puis la retraite sonna. «J’ai pris deux ans pour souffler un peu. Et puis je me suis dit qu’il fallait que je me remette au boulot, si possible en gagnant un peu de sous.» Pourquoi le vin? «J’en buvais et aimais ça, comme tout le monde», sourit-il. «Mais surtout, ma fille avait créé, avec son mari, un domaine dans les Côtes de Castillon, à côté de Saint-Emilion. J’ai commencé par monter une petite structure pour importer ses vins en Suisse.»

Ladite société est baptisée Les Amis du Château. Aujourd’hui, la fille de Paul ne produit plus de vin. L’enseigne, elle, demeure. Avec, on l’a dit, un catalogue bachique fort pointu. Et déconcertant, à l’occasion. Certains crus distribués par Monsieur Paul se montrent furieusement «rock’n’roll» – le boss dixit – et pétrifieraient sans doute les œnologues de la vieille école.

Caractère farouche

«Comme beaucoup, je buvais des crus vivants sans le savoir, ceux d’Overnoy, dans le Jura, par exemple. Et puis j’ai découvert le restaurant Asseyez-vous (ndlr: devenu l’Epicentre), dont le sommelier a fait mon éducation en la matière.» Coup de foudre: le banquier défroqué succombe aux charmes de ces topettes au fruité irrésistible et au caractère farouche. Une vocation, tardive mais ardente, naît.

Dès lors, le nouveau converti se constitue un «portefeuille» – notez la terminologie bancaire – d’une vingtaine de petits producteurs, français pour la plupart, mais aussi italiens et allemands. La sélection se mène au coup de cœur, ou de gosier plutôt, dans les salons et bars à vins de Paris ou Bruxelles. «Une fois que je commence à travailler avec un vigneron, je le suis par tous les temps, qu’il fasse beau ou pas. J’importe souvent de petits volumes. Moins d’une centaine de bouteilles parfois. Mes producteurs n’ont souvent pas plus à me proposer.»

Notre jeune septuagénaire se démène comme un entrepreneur en culottes courtes. «Je fais tout de A à Z! La gestion, les cartons, les livraisons…» Véloces, les livraisons. «C’est un peu Pizza Express. Je tâche d’amener le vin dans la journée, voire le lendemain, de la commande. J’adore ça. J’ai l’impression de laisser des cadeaux devant la porte des clients.» Son fiston lui donne quand même un coup de main les jours de dégustation. Le petit-fils, quant à lui, signe le design de la plaquette des Amis du Château. Et les sous? «Ce n’est pas encore ça. L’an passé, j’ai doublé mon chiffre d’affaires. Si je pouvais doubler une ou deux fois de plus, ça devrait commencer à aller. Il faut quand même que je me dépêche un peu.» (TDG)

Créé: 16.09.2016, 16h41

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