Oggi: les agités du bocal

Fines gueulesDepuis moins d’un an, deux Genevois d’adoption proposent d’exquis plats en bocaux. Assaisonnements justes. Produits frais. On commande, on se fait livrer presto. Ne reste plus qu’à réchauffer. Youpi!

Patrick et Luca cuisinent de bons petits plats frais, goûteux et sains, proposés en bocaux recyclables.

Patrick et Luca cuisinent de bons petits plats frais, goûteux et sains, proposés en bocaux recyclables. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Dieu, qu’il a belle allure ce bocal-là. On en mangerait presque le verre. Imaginez deux étages colorés. Au rez, un risotto noir autant qu’inspirant, plein de parmesan et de petits légumes dedans. Au premier, un coulis poivron-tomate d’un orangé pop pétaradant. Et c’est bon. Le riz venere croque gentiment. La purée se montre à la fois douce et tonique. C’est frais, bien relevé, sain et tout et tout. Gloup gloup.

Voilà l’une des propositions hebdomadaires d’Oggi, toute jeune boîte gourmande et genevoise qui, depuis moins d’un an, cuisine et livre rapido à domicile de bons petits plats en bocaux entièrement faits maison. A se faire réchauffer dans la semaine, au micro-ondes ou au bain-marie. Gourmets débordés ou trop feignants pour user vos tabliers à la gazinière, votre jour de gloire est arrivé.

Oggi, c’est l’affaire de Luca et Patrick, deux jeunes entrepreneurs barbus et fous de cuisine, respectivement d’origine bâloise et allemande. Ils se sont connus sur les bancs de l’Université d’économie de Saint-Gall. Ils ont voyagé. Roulé leur bosse dans – rayez la mention inutile – la banque, les RH, le marketing, la restauration, la gestion de fortune. Avant de se retrouver à Genève avec l’envie de se mettre aux fourneaux. Avec quelques idéaux éthiques et écolos. «L’idée fondamentale, c’est d’éviter les déchets et le plastique», expliquent-ils, quasi d’une seule voix. «On récupère les bocaux lors de la livraison suivante. Il faut juste que les gens les lavent avant de nous les rendre.»

Poulet «piri piri»

Outre son bagage financier, Luca connaît la cuisine et le vin pour avoir travaillé dans une dizaine d’établissements, «des plus modestes aux quatre-étoiles». Patrick, lui, il «ficelle»: «Mon truc, c’est l’infrastructure, la stratégie.» Ils font toutefois la popote de concert, le lundi et le mercredi soir, dans les cuisines scolaires d’une école bernésienne. «On n’avait pas trente millions à investir dans un labo équipé en ville», sourient-ils. «Alors, on a prospecté pour se greffer sur un local existant mais occupé à temps partiel. Avant de trouver, on a peut-être contacté 200 bistrots, en vain.»

Le tandem s’échine d’abord à mitonner quatre plats distincts par semaine. «On s’est vite aperçu que c’était une dépense d’énergie inutile.» Désormais, il ne propose qu’une nouvelle recette hebdomadaire, plus trois «favoris saisonniers» autour de 16 francs la pièce. Soit, en cette fin d’hiver, un poulet «piri piri» au riz sauvage (très réussi), un curry végétarien aux lentilles de Versoix et lié au lait de noix de cajou (fort bon itou) ainsi qu’un ragoût de bœuf à la polenta et sa compotée de choux rouge (pas goûté, désolé).

Attention, les pots en verre des garçons ne sont pas des conserves. «Ils sont conçus pour être consommés dans la semaine. On ne voulait pas les stériliser en dégradant les saveurs et les nutriments.» Car, voyez-vous, la cuisine du bocal a des raisons que la raison ignore. «On a fait plein de tests pour s’apercevoir que certains ingrédients se montraient moins adaptés que d’autres. Si tu fais des lasagnes par exemple, au bout de trois jours, la pâte aura pompé tout le jus. Ce ne sera plus bon. Idem avec le riz blanc, qui cuirait trop s’il était réchauffé. En revanche, le riz sauvage, avec sa coque naturelle, garde tout son croquant.»

Chouchou de la modernité

Le bocal n’est toutefois pas le seul défi du duo. Oggi, c’est aussi un service traiteur et des cours de cuisine nomades. Plus un coquet local caché à la Praille, qui pourrait servir d’épicerie-atelier-cantine un de ces quatre matins. «Dès le mois prochain, on va essayer de travailler avec des commerces locaux, tea-rooms ou boulangers par exemple, qui pourraient stocker et réchauffer nos bocaux.» Les projets grouillent. Mais Luca et Patrick veulent y aller mollo. «Le but n’est pas de devenir milliardaires ni d’embaucher 1000 employés demain. Il faut qu’on puisse continuer à tout gérer nous-mêmes de A à Z.»

On notera, pour finir, que la modernité culinaire a décidément le bocal à la bonne. C’est qu’il est bonasse, le bocal. Il ne fait pas de chichi. Il rassure. Il laisse gentiment voir son dedans du dehors. Souvenez-vous, il y a une dizaine d’années, Marc Veyrat le déclinait dans son fast-food bio à Annecy. Et l’an passé s’ouvrait Boco au boulevard Georges-Favon, franchise genevoise d’une société spécialisée dans les plats de grands chefs proposés en pots de verre. Bref, ce bon vieux récipient de grand-mère, on l’aime vraiment… bocaux.

Oggi oggisimangia.ch, 079 340 69 34. Commande de minimum 50 fr. jusqu’à 10 h du mardi au vendredi, livraison le jour même de 10 h 30 à 12 h 30. (TDG)

Créé: 17.03.2017, 18h03

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