Avec Jacqueline, le brunch est devenu funky

Le petit déj' dans tous ses étatsLe premier repas de la journée retrouve son lustre et se décline à l'envie à Genève. En particulier grâce à une pétulante Genevoise qui a développé un modèle de brunch drôle et gourmand, savouré jusqu'à Paris. Explications, réflexions diététiques et adresses

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Elles étaient allées à New York. Et avaient poireauté une heure sur le trottoir pour savourer le «meilleur brunch de la ville». De retour à Genève, Jacqueline et Rana se demandèrent pourquoi nul petit-déjeuner du dimanche ne suscitait un tel engouement au bout du lac. Et n’engendrait une heure de queue devant ses portes. «Rana aimait cuisiner et voulait quitter son boulot. Ouvrir un resto ici, c’est quasi impossible. On a déliré un bon moment. Et l’idée a germé.» L’idée, c’est d’organiser des «funky brunches» nomades; des «brunches avec une vraie atmosphère, de la musique, des animations et un menu conçu par nos soins».

Sitôt imaginé, sitôt mitonné. Les deux jeunes femmes s’entendent avec des amis qui tiennent un bar aux Pâquis, le Fenomeno. «Ils nous ont laissé les clés le dimanche 1er décembre 2013», raconte la très fringante Jacqueline, avec un bagout irrésistible et un sourire éclaboussant. «Je me suis occupée de la com; Rana de la cuisine. On a trouvé des produits locaux, un DJ. Créé un tableau Excel pour gérer les emplettes. Echafaudé in extremis des occupations pour les enfants. Ça a été une journée de folie. Mon père faisait les œufs brouillés, ma sœur cuisait le bacon. Il y a eu 120 personnes en tout. Certaines ont dû faire la queue sur le trottoir.» Oui, comme à New York.

Du Scandal au palace

Ce coup d’essai enchante tout le monde. «Ce dimanche-là, on est resté à ranger jusqu’à 2 heures du mat. Avant 48 heures de vaisselle. Dès le lundi, on recevait des mails pour nous demander la date et le lieu de la 2e édition.» Ce sera au Scandal, à la rue de Lausanne, quelques semaines plus tard. Deux cents personnes. Ambiance d’enfer. Nouveau succès. Dès lors, les Genevoises organisent un funky brunch par mois. Le lieu, tenu secret, est révélé au dernier moment. Les gens adorent.

Un beau jour, un grand hôtel de la place les appelle. Il veut son funky brunch. Et l’aura. Rebelote en mars 2015 au Mandarin Oriental, pour 200 bruncheurs émus. «On s’est alors demandé pourquoi ne pas exporter le concept dans les 35 hôtels de la société Mandarin Oriental de par le monde. Le directeur de l’établissement genevois m’a proposé de faire un test à Paris. J’ai dû les convaincre, lors d’une conférence téléphonique qui a commencé assez froidement.» Mais nul ne résiste à la tchatche de Jacqueline.

Le scoop de la «TdG»

Entre-temps, l’amie Rana a rendu son tablier, remplacée par Rémy, «avocat le jour, DJ la nuit». Jacqueline, elle, reste fidèle à son funky poste. L’expérience parisienne se solde par un nouveau triomphe. Le chef Thierry Marx a imaginé un menu «incroyable». De BFMTV au Figaro, les médias tricolores s’intéressent à l’affaire. Notre Genevoise se lance alors dans une nouvelle édition au Comedy Club de Jamel Debbouze. L’expérience l’épuise. Revenue en terre genevoise, elle lève le pied, reprend des forces, avant de se décider à remettre le brunch sur le métier.

Car oui, les funky brunches sont de retour en ville. Le 17 avril, la 31e édition crépitera au 1er étage du Vapiano, sis à la place de Saint-Gervais. C’est d’ailleurs la TdG qui a la primeur de l’annonce du lieu, tenu secret jusqu’à l’impression des lignes que vous lisez, ravis, en ce moment même. Emouvant, non? «Il y aura un buffet méditerranéen, un bar à salades, des pizzas et pâtes compris dans le menu, un DJ milanais, un concours photo live…» s’enthousiasme l’organisatrice. Le tout pour 55 fr. Ne nous réjouissons toutefois pas trop vite. C’est complet. Archicomplet. Et depuis un bon moment. Mais Jacqueline nous promet d’autres dimanches de fièvre: le 5 juin à l’Hôtel d’Angleterre et «une surprise au cours du mois de mai».

Renseignements et inscriptions: www.funkybrunch.com ou sur la page Facebook.


Diététique: Obésité: des études remettent en question l’importance du petit-déjeuner

C’est l’un des dogmes les plus ancrés dans notre société. L’un de ceux que l’on apprend à la maternelle et qu’on nous serine jusqu’à la mort. Que vous soyez adeptes du café noir, du pain-confiture ou des croissants au beurre, vous l’avez forcément entendu: «Le petit-déjeuner est le repas le plus important de la journée.» S’en priver, un crime de lèse-majesté qui conduirait tout droit à l’obésité. Qu’en est-il vraiment?

Les études scientifiques sur le sujet s’avèrent aussi nombreuses que contradictoires. Des chercheurs de l’Université du Minnesota, par exemple, ont suivi près de 3600 jeunes pendant dix-huit ans. Leurs résultats, publiés en octobre 2013 dans la revue Diabetesi> Care, montrent que ceux qui ont englouti chaque matin un solide repas durant leur enfance pèsent en moyenne 1,9 kg de moins que ceux qui n’en mangent pas à l’âge adulte. Ils présentent par ailleurs un risque moindre d’obésité, d’hypertension et de diabète. Mais cette corrélation ne nous apprend pas grand-chose. En effet, des travaux dévoilés en 2008 dans le journal Pediatrics rappellent que le fait de se nourrir ou non le matin s’avère hautement associé au statut socio-économique. Ainsi, les personnes qui s’abstiennent font moins attention à leur poids et consomment davantage d’alcool et de tabac. Des facteurs qui peuvent également expliquer un risque accru d’obésité.

Mais il y a pire. En 2013, des chercheurs ont passé en revue la littérature scientifique consacrée aux effets bénéfiques du petit-déjeuner. Leurs résultats, publiés dans The American Journal of Clinical Nutrition, se révèlent accablants. Pour les auteurs, les articles en question sont «biaisés», fruits d’une utilisation «trompeuse» des données existantes et d’un «mauvais usage» du lien de cause à effet.

Bref, il semble que la glorification des œufs au bacon et du pain grillé soit un peu surfaite. En août 2014, deux études publiées simultanément dans la revue de référence The American Journal of Clinical Nutrition brisent le mythe. Dans la première, les chercheurs ont réparti 300 personnes souhaitant maigrir en deux groupes: l’un avalant scrupuleusement ses petits-déjeuners, l’autre les sautant allégrement. Quatre mois plus tard, personne n’avait perdu de poids: la collation matinale n’a eu aucun effet. Même résultat pour la seconde étude, qui a suivi pendant six semaines le poids, le taux de cholestérol ainsi que la glycémie de volontaires minces. «La seule différence était que les personnes prenant un petit-déjeuner semblaient être plus actives dans la matinée, écrivent les auteurs. Contrairement à la croyance populaire, les volontaires sautant ce repas n’ont pas pris d’énormes déjeuners et dîners – mais ils étaient plus mous le matin.» BE.B.



Petits-déjeuners et brunches: quelques chouettes adresses genevoises

Le + sain

Un très moelleux croque-madame réinventé. Un houmous bien tricoté. Plein de crudités élégamment assaisonnées. Une soupe de betterave relevée. Nous sommes au Oubien Encore, récente enseigne de la rue des Bains, où s’avale le samedi matin un brunch drôlement ouvragé. Un brunch sain, sans gluten éventuellement, végétal mais gourmand en diable. Tout est fait maison. Et bon marché avec ça: 25 fr. l’assiette susdécrite. Ambiance bobo cool, papa-bébé, filles entre elles. Déco soignée. Chaudement recommandé. Rue des Bains 61. Petit-déjeuner tous les jours, brunch samedi 10 h-16 h

Le + classe

Il y a à Genève de bons plans gourmands que bien des touristes nantis connaissent et qu’ignorent les autochtones. On veut ici parler des petits-déjeuners dans les palaces, souvent ouverts aux clients des hôtels comme au bon peuple. La rumeur publique fait ainsi grand cas du breakfast du Kempinski, qui, tous les matins pour 50 fr., déroule une foultitude de mets salés, sucrés, cuisinés, avec champagne compris pour ceux qui voudraient démarrer la journée dans les petites bulles. Le dimanche, la même maison brunche avec plus de faste encore pour 75 fr. Kempinski, Il Vero, tjj, 6 h 30-11 h

Le + culturel

Non que le menu dominical que propose le café du MEG s’avère particulièrement singulier ou même décoiffant. Des viennoiseries. Des petits fruits. Un peu de charcutaille, du fromage et un bout d’omelette. Mais ce brunch-là n’est pas très cher (25 fr.). Aux beaux jours, il s’avale sur une belle terrasse où modernité architecturale et tradition s’enlacent suavement sous nos yeux. Surtout, le repas peut préluder une visite au Musée d’ethnographie, le plus jeune et le plus élégant de Genève. Quoi de mieux qu’une tranche de culture pour digérer? Le dimanche de 11 h à 14 h

Le + local

Pour son brevet fédéral de paysanne, Nicole Girardet avait rendu un travail sur le thème «Développer un brunch à la ferme». Depuis 2014, et à l’enseigne du Panier de Nicole, elle a mis son devoir académique en pratique. Tous les samedis et le dernier dimanche du mois, dans sa ferme de Russin, elle propose un solide petit-déjeuner avec les produits de l’exploitation et d’autres victuailles tout autant genevoises, telles que les charcutailles de Graf, à Bernex, ou les fromages de chèvre du Champ Courbe, à Cartigny. Le pain, les confitures et le bircher sont faits maison. 38 fr. Alléluia! J.EST. lepanierdenicole.ch

Le + flemme

Il peut y avoir une vraie volupté à trouver son petit-déjeuner devant sa porte quand la couette est tiède et le ventre vide. Voilà l’astucieux service que propose Ptit Déj Ô Lit depuis 2011. La veille, on fait sa commande sur le Web. Le lendemain, à l’heure choisie, les viennoiseries, jus de fruits, voire omelette ou pancakes, viennent à vous. Attention, selon le type de livraison, les frais de port peuvent plomber l’addition. Alexandre Bugat, boss de l’entreprise, a voulu renouer avec un temps où lait, pain ou œufs frais étaient à l’occasion livrés dans les boîtes à lait genevoises. www.petitdej.ch

Et encore…

On est évidemment loin d’avoir fait le tour du sujet: il y a environ une cinquantaine de tables à brunch au bout du lac. Quelques idées de plus…

- Les Bains des Pâquis (tous les jours) pour voir la rade et mourir.

- Le Cottage Café (tous les jours sauf dimanche), pour l’écrin de verdure et la fontaine chantante.

- Le Coup de Girafe, aux Eaux-Vives, pour le menu dominical élaboré.

- Le Tiffany, pour l’ambiance feutrée et le coin réservé aux bambins.

- Chez la Voisine, à la rue du 31-Décembre, pour l’éventail de brunches typés.

- Au P’tit Bonheur, à Chambésy, pour les œufs Bénédicte. (TDG)

Créé: 08.04.2016, 19h55

Nos adresses à Genève

Quelques lieux où bruncher gaiement ou déjeuner en paix:


Vocabulaire

Dites «déjeunette»

Bien que désormais solidement implanté dans notre calendrier culinaire, le brunch n’est de loin pas un repas immémorial. Débarqué des Etats-Unis en Angleterre à l’aube du XXe siècle, il ne se propage sur le Vieux-Continent qu’au cours des années 80. Et ne pétille à Genève que depuis une quinzaine d’années. Le nom de la chose est un néologisme malin, comme les Anglo-Saxons en ont le secret, qui pacse breakfast et lunch. Ce qui a le mérite d’être clair. Quant au terme «déjeunette», préconisé par l’Académie pour désigner la chose, il n’est jamais vraiment sorti de l’armurerie des chasseurs d’anglicismes.

On notera enfin la disparition prématurée du slunch, terme combinant lunch (déjeuner) et supper (dîner), qui nommait un goûter à rallonge, dominical et branchouille, mariant mets sucrés et salés, à grignoter avec les doigts entre potes et proches. D’abord autour d’une tasse de thé. Puis d’un verre de pinard. Un pique-nique de salon, en somme. Ben, il semble bien que la journée de dimanche et le ventre humain ne puissent abriter à la fois un brunch et un slunch. Nul ne slunche plus. J.EST.

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