L’appli antigaspi pour manger à petit prix

Fines gueules«Too Good To Go» permet d’acheter des lots d’invendus chez les commerçants de bouche. Vertueux et économique. À Genève, l’application cartonne avec 210 enseignes partenaires.

Un soir de semaine chez Jenny à la Halle de Rive: un panier surprise d’invendus soldé par le biais de l’application Too Good To Go.

Un soir de semaine chez Jenny à la Halle de Rive: un panier surprise d’invendus soldé par le biais de l’application Too Good To Go. Image: PIERRE ALBOUY

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Un petit-déj’ de palace à une thune? Un panier plein de bonne mozza genevoise à prix fracassé? Une sélection de produits d’épicerie fine superbradés? Voilà quelques-uns des bons plans à glaner sur Too Good To Go. Soit une application lancée il y a trois ans au Danemark (lire nos éditions du 6 octobre 2016), qui bourdonne partout en Europe et cartonne en Suisse. Genève adore.

Le principe? Mettre en contact consommateurs et commerçants de bouche pour éviter la poubelle aux invendus. Sur son smartphone, le client repère les offres des marchands, paye d’avance et, à l’heure dite, s’en va chercher son petit panier. Mystère, le panier. Les enseignes le composent en fonction de leur stock du jour. Et les vendent entre le tiers et la moitié du prix, plutôt que de farcir bêtement le vide-ordures. Du chouette win-win, comme on dit, avec un parfum de verte éthique.

Tea-rooms et palaces

Dans le canton de Genève, la combine connaît un succès exponentiel. Quarante-trois mille repas ont été ainsi «sauvés» en trois ans. Deux cent dix commerçants sont d’ores et déjà entrés dans ce bal vertueux. Des boulangeries, beaucoup – Pouly, Wolfisberg, Jenny, Obserson… gâteaux et viennoiseries n’ont pas grande espérance de vie. Mais aussi des épiceries fines, grandes surfaces, tea-rooms, restos et même fleuristes. Ça vous dit un bouquet d’une valeur de 30 fr. soldé à 9 fr. 80 chez Kalis?

Nouveau et chic, voilà que des hôtels de luxe s’en mêlent. Le Beau-Rivage et le Mandarin Oriental soldent tous les matins les restes du breakfast. Mais il faut être vif pour croquer dans un croissant de palace, ces offres-là s’arrachent, en quelques minutes parfois.

«Tout s’est accéléré au cours de ces derniers mois», note Sophie Fayet, membre de l’équipe romande de Too Good To Go. «On reçoit énormément de propositions de la part des commerçants, tout en continuant à démarcher.» D’abord frileux, les mastodontes de la distribution suisse se laissent séduire. «On a commencé à travailler avec la Migros à Lucerne; Coop se montre intéressé. On tâche de se déployer sur d’autres terrains que les boulangers et la petite restauration.»

On pourrait imaginer que le côté économique du système attire une clientèle désargentée. Ou écologiquement impliquée. Ben, pas vraiment. «On voit vraiment débarquer toute sorte de gens», raconte Scott Jenny, boulanger traiteur à la Halle de Rive, qui prépare tous les jours environ trois paniers d’une valeur de 16 fr. cédés à 5 fr. 90 vers 18 h 30. «Mais globalement, cette clientèle est bien plus Rolex et Louis Vuitton que prévu. En fait, il y a beaucoup de radins tout contents d’économiser trois sous», grince le jeune artisan.

Même son de cloche sur le banc d’en face, celui de la Casa Mozzarella. «On a été parmi les premiers à adhérer à Genève», raconte Angelo Albrizio, fondateur de la laiterie genevoise. «L’intérêt de nos fromages, c’est leur fraîcheur. Cela paraissait le système parfait. Mais on a vu parfois nos clients réguliers utiliser l’appli pour payer moins cher. On a dû limiter le nombre de paniers. Les utilisateurs, en tout cas, ce ne sont pas les pauvres. Plutôt des gens de milieux socioprofessionnels assez élevés. Pour nous, c’est bien en termes de visibilité. Du point de vue économique, on est probablement en dessous des coûts de fabrication.»

Planète Caviar

Parmi les enseignes genevoises partenaires, la présence de Planète Caviar, temple du luxe alimentaire, étonne. «On a immédiatement trouvé l’idée sympathique», explique le directeur Pierre Gloria. «C’est une manière de rendre accessible de beaux produits à des gens qui n’en ont pas les moyens. Cela dit, ce n’est pas forcément cette clientèle que l’appli attire.» Et qu’y a-t-il donc dans les paniers de Planète Caviar? «Pas de béluga, bien sûr», sourit le directeur. «Mais des salades au poisson fumé, des crustacés parfois, des terrines, du tarama: des préparations fraîches que l’on jetterait autrement.»

Genevoise de 19 printemps, Alice utilise l’appli depuis l’an passé. Après une matu au Collège Rousseau, elle s’est installée à Hambourg pour un semestre sabbatique. «J’ai ouvert Too Good To Go un peu par hasard, pour m’apercevoir qu’il y avait plein de spots à Hambourg. Je me suis payé deux paniers surprise de fruits et légumes dans un supermarché. Et me suis retrouvée avec une masse de choux de Bruxelles et de persil. Qu’en faire? Pas la moindre idée. J’ai dû apprendre à cuisiner ces trucs-là.» Résultat? «Une soupe de choux dégoûtante et un pesto au persil sympathique.» Comme quoi la chasse au gaspi peut mener à l’art gastronomique.

Notons pour finir que, selon l’Office fédéral de l’environnement, plus de 2,6 millions de tonnes de nourriture filent à la poubelle chaque année en Suisse. Soit environ un tiers de toute la production alimentaire. L’impact sur l’environnement est énorme. Bref, en s’offrant un casse-croûte à prix câlin, c’est autant son ventre et son porte-monnaie que la planète que l’on cajole.

Créé: 11.10.2019, 14h10

Articles en relation

Place au repas surprise à moitié prix, composé d’invendus alimentaires

Anti-gaspillage L’application «Too good to go» couvre maintenant Genève, avec des mets entre 3 et 6 fr. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Braquage: La Poste renonce aux transports de fonds
Plus...