Difficile journalisme scientifique

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Comment parler de la science dans les médias? Le magazine des journalistes «Édito» fait de la question le thème principal de sa dernière livraison. Pas simple.

La page de couverture donne le ton. On y voit un journaliste perplexe devant son ordinateur portable et trois personnages en blouse blanche soufflant dans son dos ces deux messages: «Vous avez bien compris ce que vous devez écrire?» et «N’oubliez pas pour qui vous travaillez!»

Passer la méthode au crible, en somme, avant de s’occuper du contenu.

Comme le relève un journaliste spécialisé, Olivier Dessibourg, une information scientifique régulière dans les médias apparaît encore comme une élégance: c’est bien d’en avoir («nice to have»).

Des soutiens financiers sont assurés de l’extérieur, ici à des rubriques, là à des journalistes spécialisés. Pour quelle assurance d’indépendance? Cela dépend évidemment des partenaires. Les meilleures garanties sont offertes par des institutions publiques comme les universités ou des fondations.

L’affaire n’est pas moins complexe lorsque le soutien se traduit par un apport de compétences. Le monde scientifique est peuplé de chercheurs qui ont intérêt à ce que les médias parlent d’eux. Le journaliste scientifique se doit de mettre au jour d’éventuels liens d’intérêt des experts consultés. La pente est de récuser a priori tout scientifique qui aurait des relations avec des acteurs de l’industrie, pharmaceutique ou autre. Ou qui serait proche d’un groupe de pression, actif en matière d’énergie par exemple. Devenue emblématique, la résistance du lobby de la cigarette aux pionniers de la lutte contre le tabac sert de panneau avertisseur.

De telles relations doivent être déclarées. Pour autant, elles réclament du discernement. Le questionnement est légitime, il n’installe pas d’emblée le soupçon. Souvent inévitables, les liens d’intérêt ne disqualifient pas d’emblée une expertise. C’est le côté Charybde de la navigation journalistique.

Côté Scylla, la constitution d’une information exige du journaliste qu’il consulte plusieurs sources, en conformité avec ses procédures habituelles. Or, partout se développent des expertises «parallèles», comme sur l’évolution ou le climat.

Elles n’ont pas toutes la même pertinence. L’audience de plusieurs d’entre elles repose largement sur des mouvements populaires, en vue d’infléchir les décisions des pouvoirs publics. Les théories du complot favorisent la mobilisation contre des expertises dénoncées comme «officielles» et paradoxalement disqualifiées comme telles.

Le journaliste scientifique ne peut se prévaloir d’une compétence innée, d’un savoir assuré, de connaissances encyclopédiques. Il lui appartient en premier lieu de conserver une distance critique. Ne pas céder d’emblée devant la séduction de la nouveauté ou de l’originalité, devant l’autorité d’experts, diversement attestée, ou devant l’écho renvoyé par l’opinion publique.

Pour le reste, il ne dispose que des outils ordinaires de son métier: vérifier la provenance, inventorier les preuves, s’attacher à la rigueur de l’argumentation. C’est chercher à recouper avec ses moyens les exigences de la démarche scientifique: la solidité du raisonnement, le respect d’une procédure d’expérimentation, la validation ou l’invalidation d’un modèle. Au surplus, il ne lui est pas interdit de confronter ses observations avec des avis d’experts. Surtout lorsque la question débattue est chargée d’enjeux importants. (TDG)

Créé: 17.05.2018, 14h57

Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté ici par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.