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Le commerce équitable selon Donald Trump

Le président des Etats-Unis a une vision simple du commerce international. A son avis, les échanges bilatéraux doivent être équilibrés car les soldes, surtout ceux qui se creusent au détriment de son pays et des industries qui en faisaient naguère la fierté, conduisent à l’accumulation de dettes et d’autres mauvaises choses. Les remontrances du président visent principalement l’Allemagne d’Angela Merkel, en qui Donald Trump voit la principale, sinon la seule, responsable du déficit extérieur américain.

Cette vision témoigne d’une étrange conception de la théorie et de la pratique du commerce international, dont il est pourtant et universellement admis qu’elles font l’impasse sur les relations bilatérales pour ne retenir que les balances commerciales considérées dans leur ensemble. Mais le président Trump, manifestement fâché avec le libre-échange, entend porter la négociation sur le terrain des rapports commerciaux d’Etat à Etat. Sans doute voit-il dans cette façon d’user de la force le meilleur moyen d’obtenir au bout du compte le redressement de la balance courante d’une économie qui reste, de loin, la première du monde.

Mais il aura fort à faire: si au cours des dix dernières années, crise oblige, les importations de marchandises par les Etats-Unis n’ont augmenté que de 11,5% alors que leurs exportations progressaient d’un quart, le décalage entre les premières (2250 milliards de dollars en 2016) et les secondes (1453 milliards) reste considérable.

Cela étant, il est curieux que Donald Trump s’en prenne surtout à l’Allemagne, dans la mesure où la balance des échanges de marchandises entre celle-ci et les Etats-Unis n’est pas, et de loin, la plus spectaculairement déséquilibrée. L’Allemagne n’est que le cinquième fournisseur des Etats-Unis, avec à peine 5% du total, loin derrière la Chine (21%), le Mexique (13%), le Canada (13%) et même le Japon (6%), et ses exportations à destination du marché américain n’ont crû que de 20% en dix ans, pendant que celles de la Chine et du Mexique augmentaient de 40%.

En revanche, et c’est peut-être là que le bât blesse, les Etats-Unis peinent à s’imposer sur le marché allemand: leurs exportations de biens à destination de ce dernier n’ont pas bougé en dix ans et n’atteignent même pas 50 milliards de dollars, soit à peine 3,4% du total, et cinq fois moins que leurs ventes au Canada. Les seules progressions notables sont celles des exportations américaines vers le Mexique (+70%) et la Chine (+78%).

Mais le comble vient peut-être du déficit des échanges par nature. Le premier (25% du total) des produits d’exportation allemands sur le marché américain – qui est aussi l’un de ceux qui ont le plus progressé en dix ans (+28%) – est en effet celui que la nomenclature douanière des Nations Unies (UN Comtrade) désigne sous le code ‘87 («Véhicules autres que le matériel ferroviaire roulant»), autrement dit, et principalement, les limousines de luxe et autres voitures de bonne facture dont les Américains raffolent. Alors qu’inversement les exportations américaines de véhicules automobiles à destination du marché allemand, qui les boude, ont baissé de 10% dans le même temps, pour tomber à moins de 8 milliards de dollars par année…

C’est peut-être ce chiffon rouge agité devant son nez qui explique la croisade furibonde de Donald Trump contre l’un des fauteurs, pourtant mineur, du déficit commercial américain.

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