Dans la région d’Évolène, «on cultive le vrai, on ne triche pas»

EscapadeNature, patrimoine bâti, habitants: le haut val d’Hérens irradie d’une authenticité qui lui vaut son image de contrée du bout du monde et une mentalité d’un autre âge. Les acteurs touristiques locaux ont décidé d’en faire un atout majeur.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Dites «Évolène» à un Valaisan de la plaine, et vous lirez dans son regard des images de confins du monde. Une enclave fantasmée, peuplée de vaches d’Hérens et terre de chalets d’antan, de patois, de nature sauvage et de mentalité figée dans le temps. «Au début, quand j’allais à l’école à Sion, je ne disais pas que je parlais le patois. On me disait aussi «Tu descends depuis Évolène?» comme si c’était à 100 kilomètres, alors qu’on est à une demi-heure», sourit Dylan Métrailler, jeune directeur d’Évolène Région Tourisme. Son ami et collègue Florian Pannatier fait le même constat en évoquant le fameux carnaval local et ses magnifiques costumes de monstres aux visages si expressifs. «Au début, les touristes étrangers trouvaient ces sauvages poilus qui paradent plutôt rebutants. Jusqu’à ce qu’on explique. Aujourd’hui, notre authenticité devient notre force.»

À l’heure du déclin du ski, les trois petites stations du haut val d’Hérens – Évolène, Arolla et La Forclaz – ont du reste choisi de se profiler sur une clientèle familiale et fidèle, ainsi que sur le ski nordique. Il serait vain, ont-elles jugé, de chercher désespérément à courir derrière les grands domaines comme Crans-Montana et Verbier sur la voie de l’industrialisation de masse. «Un expert en tourisme m’a dit que nous avions pris 50 ans de retard, qui nous donnent aujourd’hui 50 ans d’avance, reprend Dylan Métrailler. Ici, tout est vrai. Nous sommes une vallée alpine qui a su entrer dans la modernité sans se dénaturer, sans tricher. C’est une carte à jouer.»

Des lacs somptueux

Alors partons à la découverte de cette authenticité qui s’exprime en premier lieu dans une nature puissante et préservée où les Dents-de-Veisivis, la Dent-Blanche et la Dent-d’Hérens règnent en maîtresses. Direction le fond de la vallée de Ferpècle, en voiture dans un premier temps. Que l’on parte du village, de la buvette du Petit Paradis – après avoir partagé une bière avec Roger Crettaz, sympathique patron vivant là à flanc de rocher – ou du barrage, il ne faut pas manquer la balade d’une heure et demie qui serpente le long d’un torrent jusqu’aux glaciers de Mont-Miné et de Ferpècle. Au fur et à mesure de la progression, les conifères se raréfient jusqu’à ce que tout ne soit plus que caillasse et lac glaciaire dans un décor lunaire à 2000 mètres d’altitude. Le panorama est aussi spectaculaire que désespérant au vu du recul des deux langues de glace.

Cliquez ici pour agrandir la carte.

Autre lac, autre décor. Le lac d’Arbey se mérite lui aussi au terme d’une heure et demie de marche depuis Les Haudères. Le lieu a tout du cliché de carte postale vanté par l’Office du tourisme, mais il vaut clairement le détour. Pour le site, la montée en forêt, la vue sur la vallée, son alpage, les chalets d’habitation voisins bichonnés pour les séjours de farniente. On ne s’étonne pas d’apprendre que les tables de pique-nique (en plein soleil) sont prises d’assaut les week-ends de chaleur. Il ne faudra pas hésiter à piquer une tête. Les vaches l’ont bien compris. «Quand on les monte à l’alpage, c’est un spectacle de les voir déboucher des arbres et sauter dans l’eau», évoque Florian Pannatier, qui fait chaque printemps le déplacement avec celles de l’étable familiale à l’occasion de l’inalpe. Impossible, enfin, de ne pas citer un troisième plan d’eau: le lac des Dix, à la Grande-Dixence, qui vaut un crochet au départ d’Hérémence avant de rentrer (lire encadré).

Un bâti témoin d’un temps révolu

L’authenticité hérensarde émerge aussi dans le patrimoine bâti des innombrables hameaux de la région. Marcel Gaspoz, député et mémoire locale, nous propose une balade à Villa, sur les hauts des Haudères, qui paya un lourd tribut lors des avalanches meurtrières de 1999. Le lieu témoigne d’une société essentiellement rurale et des relations marchandes avec le val d’Aoste que l’on rejoignait par le col Collon pour y vendre du bétail et ramener du sucre, du café, etc. Il est surtout un musée à ciel ouvert. La maison d’habitation – qui prenait de la hauteur avec le temps pour économiser la terre –, la grange-écurie, le raccard – pour les chèvres et battre le grain – ainsi que le grenier sur pilotis pour se prémunir des souris constituaient le carré d’as de toute famille paysanne. Dans les venelles du village, ces ensembles architecturaux ne manquent pas de charme, même si beaucoup sont à l’abandon. L’occasion pour Marcel Gaspoz de fustiger au passage la Lex Weber et son plafond de résidences secondaires. «C’est scandaleux qu’on ne puisse pas entretenir ce patrimoine bâti», lance-t-il.

Enfin, parce qu’il n’y a rien de plus authentique que les gens du coin, il suffit de bavasser avec un patron de commerce ou de tendre l’oreille au bistrot pour entendre l’amour qu’expriment les habitants pour cette terre et ses produits du terroir labellisés Fleur d’Hérens. Le tutoiement est évidemment de rigueur, comme le petit coup de gnole local. On est comme à la maison. D’ailleurs, comme on aime dire ici: «La première fois, t’es client, ensuite t’es chez toi.»


La race d’Hérens au-delà des frontières

L’emblème de la vallée, c’est la vache d’Hérens, celle qui fédère tout un canton une fois l’an lors de la Finale nationale de la race d’Hérens, à Aproz. Mais la noire d’Hérens joue aussi les traits d’union au-delà des frontières nationales. La 8e édition du combat de reines de l’Espace Mont-Blanc aura lieu le 8 septembre à l’Hérens Arena des Haudères (qui devient la Nordic Arena en hiver pour la pratique du ski de fond). Le Valais, le Val d’Aoste et la Savoie y enverront leurs seize meilleures primipares s’affronter pour le titre. Il faut entendre les éleveurs hérensards parler de leurs protégées pour vraiment comprendre la place qu’elles occupent dans le cœur des locaux, raison qui explique le nombre d’exploitations. On est loin des chiffres d’il y a vingt ans, mais cela reste significatif. La vache d’Hérens reste en outre un point central de l’économie locale, pour le lait (transformé en fromage à raclette AOP au lait cru ou en tomme des Haudères), la viande et la corne. Grâce au label Fleur d’Hérens, un réseau de producteurs et de restaurateurs garantit une traçabilité optimale et des trajets réduits au minimum.

Créé: 20.07.2019, 09h28

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

La cuisine de proximité et les petits soins de Raymonde au Vieux Mazot



Demandez un restaurant typique à Évolène et on vous répondra: «Au Vieux Mazot, chez Raymonde», du prénom de la patronne en habit traditionnel. Chez elle, ce n’est du reste pas seulement du folklore, tant elle s’emploie à préserver la cuisine et les traditions de sa région. Son naturel spontané confère une touche très humaine au lieu. Même si elle est sur tous les fronts, Raymonde vous gratifiera toujours d’un petit mot ou d’une attention. Les plats sont à base de produits locaux: raclette au feu de bois (dès 26 fr. à volonté) et viande d’Hérens in primis, notamment la côte de bœuf (48 fr. par personne, deux au minimum), variantes de polenta grillée, rösti, croûtes au fromage et assiettes valaisannes.

Au Vieux Mazot, route Principale, en plein centre du village. Ouvert sept jours sur sept en haute saison (hiver-été), sinon fermé le lundi. 027 283 11 25

Jeter l’ancre à La Péniche pour découvrir un lieu à l’histoire si particulière



La Péniche. Étrange nom que celui de cet agréable
gîte rural tenu par la famille Pannatier. Cet ancien baraquement d’employés du chantier de la Grande-Dixence, dont le toit très particulier en arrondi offrait moins de prise au vent et évitait une accumulation de neige trop importante, servit successivement de colonie de vacances et de lieu de répétition pour les sociétés locales après son rapatriement à Évolène. Rénovée dans les années 1990, la bâtisse finit par être rachetée par Marius et Catherine, qui vous parleront de leur vallée avec cœur. Éleveur dans la ferme voisine du Clos-Lombard, Marius a lui-même transformé La Péniche en maison d’habitation et d’hébergement.


La Péniche, rue Centrale 111, Evolène. 027 283 31 75 ou 079 564 12 67. Cinq chambres doubles (avec un ou deux lits). 100 fr. pour une personne, 150 pour deux.

«Je pense en patois, je rêve en patois»

Évolène vient d’«éwu lénä», «eau facile», car elle y coule en abondance. De même, en se baladant sur les routes de la commune, à chaque torrent on peut lire sur le panneau «Lù Tòrrèn», suivi du nom. Car ici la première langue est le patois, qui relève du domaine linguistique franco-provençal, et il n’est pas rare de l’entendre au village. «C’est ma langue maternelle, explique l’Évolénard Marcel Gaspoz. Moi, j’ai appris le français à l’école. Avec mon frère, je parle en patois. Je pense en patois, je rêve en patois. Évolène peut se targuer d’être une des dernières communes où les jeunes le parlent encore spontanément.» Ce serait même «la dernière de Suisse romande», lit-on sur le site internet de la commune sous la plume de Gisèle Pannatier, dialectologue et présidente de la rédaction de «L’Ami du Patois», le trimestriel de la Fédération romande et internationale des patoisants. Pour la sauvegarde du patois d’Évolène, elle a également contribué à rédiger un cours en dix modules afin d’en apprendre les bases: se présenter, poser des questions, saluer sa famille, parler du Valais et de ses traditions, etc.

Vertige et adrénaline à la Grande-Dixence

Le plan fun

Il suffit de se retrouver face au mur de la Grande-Dixence pour éprouver une sensation de vertige face à l’immensité d’une construction qui donne à réfléchir sur la capacité humaine à ériger des ouvrages hors norme. Le barrage ouvre ses entrailles au public et offre quelques bribes de son histoire dans l’intéressante et synthétique exposition qui lui est consacrée dans le petit musée situé à côté des caisses du téléphérique.

Le taux d’adrénaline monte d’un cran en débarquant au sommet du mur puis, une fois dessus, en contemplant le lac des Dix d’un côté et la vue sur la vallée d’Hérémence de l’autre. Durant l’été, le niveau d’eau est à son plus bas, ce qui n’enlève rien à la magie du moment. Au contraire, cela permet de mieux appréhender, par le vide, la hauteur de l’ouvrage (285 m).

Enfin, les plus friands de sensations fortes termineront en beauté avec l’AlpinLine. Depuis l’été 2018, cette tyrolienne de 700 m, la plus longue de Suisse romande, offre un angle de vue inoubliable sur le monstre de béton et le panorama environnant. Casque, baudrier et tyrolienne sont fournis à l’arrivée du téléphérique. Le point de départ se situe à l’extrémité opposée du barrage. Une minute de vol inoubliable, avec un atterrissage tout en douceur.




Tarifs de l’AlpinLine: 25 fr. par adulte (téléphérique compris), 13 fr. jusqu’à 16 ans, 10 fr. pour les enfants de moins de 40 kg en duo avec un adulte, 22 fr. par adulte dès 10 personnes.

Réservations: en ligne (www.alpinline.ch) ou auprès de Theytaz Excursions, 027 322 71 72. Jusqu’à la mi-octobre.

Articles en relation

Depuis un mois, Evolène vit au rythme de ses diables

Culture populaire Sans forcer sur le folklore, l’événement séduit loin pour son authenticité millénaire. Plus...

Ce tourisme valaisan qui mise sur le silence et le beau

Demain la Suisse Saint-Martin a cru à un agritourisme doux avant que l'étiquette "durable" ne soit à la mode. L'esprit d'Ossona trouve des relais audacieux dans le val d'Hérens. Plus...

Sur l’alpage, le vin et les vaches créent un vrai lien

Récit Ils sont des spécialistes de la vigne reconnus, mais c’est avec Rayban, une race noire d’Hérens, que Fabienne et Marc-Henri Cottagnoud passent par Lausanne. Plus...

Arrivée retentissante des vaches d'Hérens aux Bastions

Festivités du 1er Août en Ville Douze reines en provenance du Haut et Bas Valais ont posé leur sabots ce mercredi matin sur le sol du parc des Bastions. Dès 16 heures, elles transhumeront vers la plaine de Plainpalais pour se livrer aux combats. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.