Ce tourisme valaisan qui mise sur le silence et le beau

Demain la SuisseSaint-Martin a cru à un agritourisme doux avant que l'étiquette "durable" ne soit à la mode. L'esprit d'Ossona trouve des relais audacieux dans le val d'Hérens.

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«Ossone, ses grands noyers ronds, ses pruniers, ses cerisiers et la vigne, cette centaine de ceps qui portaient des raisins mûrs couleur de cuivre.» L’écrivain Maurice Zermatten a grandi à Ossona quand le hameau abritait encore une école. Dans plusieurs de ses livres, il évoque le plateau ensoleillé béni des dieux, sur le versant sud du val d’Hérens. Un «paysage ouvert» devant lequel le poète valaisan se sentait «confondu avec le monde».

Quand le développement industriel a rattrapé la Suisse et ses montagnes, le hameau d’Ossona a été abandonné. Le chantier du barrage de la Grande-Dixence a happé les forces vives de la vallée. Les derniers habitants ont quitté les lieux en 1962. Les bâtiments sont tombés en ruine. La forêt s’est étendue, couvrant les larges terrasses dominant la rivière la Borgne. Adieu l’agriculture, la vigne! Ossona est devenu une friche alpestre.

Un attachement viscéral à la terre

Enfant, Gérard Morand descendait lui aussi à pied de Saint-Martin au hameau d’Ossona, où vivaient ses grands-parents. Il ne connaissait pas encore Maurice Zermatten. Ses souvenirs – les raisins remontés à dos de bourrique, le cochon et la chèvre tirés jusqu’au village sur une luge – disent le même attachement viscéral à cette terre aux allures de garrigue, où les mélèzes côtoient les bouleaux sous le chant cadencé des grillons.

A la fin des années 1990, Gérard Morand préside Saint-Martin quand la commune est freinée dans ses ambitions de modernité. Les édiles locaux rêvent de pylônes pour acheminer les skieurs vers les hautes cimes. Les installations mécaniques amèneront les visiteurs, du travail, de l’argent… C’est la douche froide: Saint-Martin n’obtient pas les autorisations. Le site, riche en zones à forte valeur écologique, en prairies sèches d’importance nationale, est invité à s’inventer un autre avenir.

Le pari du «développement durable»

Gérard Morand est ouvert aux idées nouvelles. Il a de bons réseaux à Sion et à Berne, où se négocient les subventions aux projets novateurs. Il fait le pari du «développement durable» quand le concept en est à ses balbutiements. «On a raté le virage du ski, ce fut notre chance», souligne vingt ans plus tard Patrice Gaspoz, responsable de l’Office du tourisme local. Les deux complices citent Evolène et Nax, qui, régulièrement, se saignent pour éponger les déficits chroniques de leurs installations de ski. Un repoussoir!

«On nous prenait pour des cinglés! Comme élu, on a une responsabilité de valoriser le patrimoine local.»

Avec le recul, Gérard Morand s’étonne de son audace: «On nous prenait pour des cinglés!» Quel fut son moteur? «Comme élu, on a une responsabilité de valoriser le patrimoine local.» Saint-Martin a misé sur l’agritourisme avec la renaissance d’Ossona comme projet phare. Le retour de l’agriculture, la nature magnifiée, le tourisme doux: le virage semble à peu près accepté, même si une majorité des Hérensards gardent leurs doutes en silence. Ils ont d’ailleurs eu peur d’aller au bout de la démarche, refusant dans les urnes de donner au val d’Hérens le statut de Parc naturel régional. «C’est regrettable, ça prive la commune de moyens supplémentaires pour mieux faire connaître nos trésors», déplore Patrice Gaspoz.

Caractère pionnier du projet Ossona

Chargé d’un enseignement Tourisme, Innovation et Durabilité à l’Université de Lausanne, Christophe Clivaz salue le caractère pionnier du projet Ossona, mais il en pointe aussi la limite: le ratio entre argent public investi et emplois créés n’est pas bon. Il a toutefois la conviction qu’un public existe pour ce tourisme doux, une niche: «Il faut aller le chercher avec une démarche marketing cohérente et pas mal de moyens.»

Reste que le ton est donné; une philosophie est revendiquée. «Le val d’Hérens, resté attaché à la vie rurale, a des atouts. Sa richesse, c’est vendre du paysage intact, du silence, de la beauté, de la qualité de vie», s’enflamme Patrice Gaspoz. L’adoption de la Lex Weber pour bloquer la construction des résidences secondaires oblige de repenser l’offre. Cette contrainte fait naître de nouvelles idées. Les rénovations privées de mayens dans l’esprit d’un tourisme qualitatif se multiplient dans le val d’Hérens. A l’instar des gîtes créés au-dessus de Trogne par le moutonnier Jean-Yves Zermatten. Ou ceux de l’architecte Olivier Cheseaux, à La Forclaz, que Tourisme Suisse met en avant dans une campagne mondiale vantant confort et contemplation de la montagne.

Là où il fait bon se ressourcer

Ces lieux, qui marient patrimoine et architecture contemporaine, sont proposés à la location sans service hôtelier ou de restauration. Ils sont promus comme des coins de paradis pour esthètes avisés, où il fait bon se ressourcer. On est aux antipodes de la consommation vulgaire associée au tourisme de masse. De la Borgne au fond de la vallée aux alpages supérieurs garnis de sommets sentinelles, le sentier didactique dédié à Maurice Zermatten zigzague à travers les paliers du versant. Qu’on se prélasse dans les petits bassins naturels alimentés par une source d’eau chaude ou qu’on chemine en altitude, au royaume des génépis, c’est partout le même enchantement.

Sur le chemin Zermatten, l’Auberge d’Ossona et ses gîtes aménagés dans sept mayens tous rénovés avec soin mais sans luxe est une halte privilégiée. De la vigne communale réhabilitée non loin de l’auberge est tiré un vin blanc fruité rare, le solaris. Les ceps sont cultivés par des volontaires recrutés parmi les retraités de la commune. Gérard Morand loue cet engagement de la communauté: «Beaucoup ne croient plus dans l’avenir de l’agriculture ni dans le fait de gagner sa vie grâce au tourisme. Nous nous efforçons de prouver le contraire.»


Lundi: A Schweibenalp, la permaculture sème les graines du retour au naturel. (TDG)

Créé: 29.07.2017, 10h46

Bons plans

Auberge et gîtes d’Ossona. Félix et Bénédicte ont repris l’exploitation de cet agritourisme de charme entre 900 et 1000 m d’altitude. La table met en valeur les produits de la ferme d’Ossona (veau, cabri, cochon, vin). Balades à flanc de versant ou vertical via le sentier Zermatten. 027 281 28 73 - www.ossona.ch

Gîtes là.ôh Les deux gîtes refaits à neuf de Jean-Yves Zermatten. Cinq minutes à pied depuis Trogne. 079 444 01 71 - www.la-oh.ch

Anako Lodge Six raccards à La Forclaz, au pied de la Dent-Blanche, rénovés par l’architecte Olivier Cheseaux. Respect du patrimoine architectural vernaculaire allié à un confort moderne. Un petit coin de paradis. www.anakolodge.ch

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