Allégations d’abus sexuelsUn prêtre vaudois embarrasse le diocèse
Un religieux est accusé par un homme d’attouchements sur sa fille mineure. Après d’autres allégations, en 2019, il avait pu reprendre des fonctions en paroisse. Mgr Morerod s’explique.

Un prêtre vaudois a-t-il été remis au contact d’enfants dans une paroisse malgré un parcours trouble? C’est la question que pose une affaire révélée par le «SonntagsBlick» dimanche dernier.
Selon le média alémanique, un religieux actif dans le canton de Vaud ferait l’objet d’une enquête pénale depuis ce printemps, sans précision sur les faits reprochés. Ce prêtre aurait toutefois déjà été visé par une enquête, en 2019, pour des allégations d’abus sur un mineur.
Inaction de l’évêque?
Cette première procédure aurait été classée sans suite par la police. Le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg aurait alors permis au curé de poursuivre sa carrière dans une paroisse vaudoise. Jusqu’à cette nouvelle affaire, qui a entraîné sa suspension.
Qu’en est-il exactement? D’après nos informations, confirmées par le Ministère public vaudois, le prêtre mis en cause travaillait dans une paroisse du nord du canton. Une plainte a été déposée contre lui ce printemps par un père, pour des abus sexuels sur sa fille mineure.
Selon le «SonntagsBlick», l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg se retrouve sous pression pour plusieurs raisons. D’abord, il aurait commis des négligences en 2019, lors de la première mise en cause du prêtre. Mgr Charles Morerod aurait ainsi tardé à alerter la police, ce qu’il a fait seulement après la révélation de l’affaire dans la presse. En outre, il n’aurait pas avisé le Vatican. Finalement, malgré le classement de l’enquête policière, il aurait dû tenir le prêtre éloigné des enfants.
Interpellé par «24 heures», Mgr Charles Morerod s’explique. Il indique tout d’abord qu’il a pris des mesures au début de cet été, trois jours après avoir appris l’existence de la plainte: «Le diocèse a retiré le prêtre de son ministère pendant l'enquête. Ce qui signifie qu'il n'exerce plus ses fonctions. Il n'est en revanche pas suspendu, car cela équivaudrait à une sanction. Une telle sanction pourrait être prise si cette personne est condamnée.»
Autrement dit, le sort du religieux accusé dépendra de l’enquête, qui se poursuit pour l’instant à l’échelon de la police vaudoise. À l’heure actuelle, le Ministère public n’a pas ouvert de procédure.
Réticence à sanctionner
Concernant les allégations portées contre le prêtre en 2019, Charles Morerod conteste les affirmations du «SonntagsBlick». Il confirme qu’à l’époque un signalement lui a été fait par un autre religieux, Nicodème Mekongo, mais déclare: «Sa lettre ne dit pas qu’il s’agit d’un mineur, mais d’un ancien enfant de chœur. Je me suis dit que s’il avait été mineur au moment des faits, l’abbé Mekongo l’aurait dit. Et je l’ai vérifié auprès de lui, oralement.»
Charles Morerod nie également être resté inactif dans cette affaire. Quelques jours après le signalement de l’abbé Mekongo, il déclare avoir averti le Vatican, de même que la police vaudoise, avant les premiers échos médiatiques. Du côté de l'Église, une enquête aurait ainsi été menée sur demande de l’évêque, par un avocat indépendant. Elle n’aurait pas établi de manquement.
Et la police, a-t-elle bien été saisie et a-t-elle classé son enquête sans suite? Contactée pour confirmation, la police cantonale vaudoise se refuse à tout commentaire.
Si le diocèse affirme avoir réagi correctement aux soupçons portés en 2019, ces nouvelles accusations fragilisent en tout cas sa décision d’affecter ce prêtre à une nouvelle paroisse. À la suite de cette première affaire, l’homme a accepté «de rencontrer des organismes spécialisés», indique l’évêque. Toutefois, il n’a pas été cantonné à des fonctions éloignées des jeunes. «Il est très problématique de sanctionner des personnes sur la base de soupçons, et cela fait partie du cadre juridique général», répond Charles Morerod.
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