Exposition à Uni DufourEnfants et jeunes peignent pour exorciser la guerre
Des écoliers, étudiants et migrants ont réalisé quatorze fresques dans le cadre de Kids’ Guernica. Ce projet international et participatif se déploie en marge du FIFDH.

Des larmes, du sang et des bombes, mais aussi des symboles d’amour, d’espoir et de vie. Les quatorze fresques expriment toutes cet antagonisme qui résume les rapports humains depuis l’aube du monde. Fruit d’un long travail collectif, elles ont été réalisées à Genève par des enfants, des adolescents, des migrants et des jeunes adultes dans le cadre de Kids’ Guernica; elles s’exposent jusqu’au 22 mars à Uni Dufour en partenariat avec le FIFDH (Festival du film et forum international sur les droits humains).

Né au Japon en 1995 à l’occasion des commémorations marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce projet artistique et participatif offre à des jeunes des cinq continents de traduire par la peinture leur vision de la guerre et leur idée de la paix. Ils s’y emploient sur une toile du même format que le «Guernica» de Picasso, tableau-choc créé en 1937 après le bombardement de la ville du même nom. Près de 300 œuvres ont été conçues depuis trente ans.

«En 2022, la guerre aux portes de l’Europe est devenue un enjeu quotidien à travers les médias, explique Thierry Ruffieux, coordinateur de l’action à Genève. Il devenait intéressant de demander aux jeunes d’ici quelle lecture ils faisaient de ces événements terribles, et de les mettre en mots et en images collectivement, à la hauteur de leur réalité et de leur âge.» Accompagnés dans leur réflexion par des enseignants, des animateurs et des artistes, quelque 400 pinceaux juvéniles ont tracé en couleurs leurs émotions et leur vécu.

Enjeux d’apprentissage
Pas question toutefois d’exécuter une copie de Guernica, même si certaines réalisations dialoguent formellement avec le chef-d’œuvre. Au sein des quatorze classes et associations, on a phosphoré, puis métabolisé les échanges afin de les porter sur la toile. «Il s’agit d’un travail fin et délicat qui comporte des enjeux d’apprentissage, note Paul Jenni, conseiller pédagogique qui a suivi divers groupes. Les plus petits, par exemple, se sont rendu compte qu’avec certains états affectifs, comme la rage ou la peur, chacun porte la guerre en soi.»

Les bambins de la Maison de quartier des Eaux-Vives font ainsi rayonner un soleil et voler une colombe sur une ville en flammes, tandis que des collégiens de Candolle manifestent les impacts des conflits sur les paysages et que des élèves du Cycle de la Golette rappellent de manière expressive que c’est lorsque le lien se perd que le péril survient. Quant aux jeunes migrants encadrés par l’Association des médiatrices interculturelles (AMIC), seuls à avoir été véritablement confrontés à l’horreur, ils ont créé une pièce puissante en noir et blanc sous la forme d’un collage.
Usant de la langue universelle de l’expression picturale, ces récits collectifs sont un écho sensible à l’histoire, à l’actualité et aux souvenirs personnels. Thierry Ruffieux et Paul Jenni espèrent faire voyager ces manifestes pour la paix dans des institutions culturelles, des écoles ou même à l’ONU.

Vous avez trouvé une erreur?Merci de nous la signaler.



















