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ÉditorialUne usine à gaz pour
les jeux d’argent

Les jeux d’argent ont cela de fascinant que, fondés sur le hasard, ils sont insondables. Comme l’est le système de surveillance en train de se mettre en place au rythme des votes des parlements cantonaux. Il s’agit de l’application de la loi fédérale sur les jeux d’argent approuvée par le peuple suisse en juin 2018. Notre pays s’adaptait à la multiplication des loteries sur internet. Mais l’organisation qui servira de cadre aux rêves de «gagner des millions» – il n’est pas question ici des tombolas locales – paraît bien opaque pour le simple citoyen qui y met son nez.

Lire aussi: Le futur contrôle des loteries critiqué pour son opacité

On ignore si le Dafalgan est vraiment efficace contre le Covid-19 mais il a le mérite de soigner le mal de tête induit par la lecture du Concordat intercantonal suisse sur les jeux d’argent, de la Convention romande et de la loi cantonale d’application sur le même sujet. En octobre 2018, l’avocat genevois Daniel Perren lançait l’alerte dans «Le Temps»: il y dénonçait «un monstre juridique qui bafoue tous les principes de l’État de droit». Le collège d’experts chargé de la police des grands jeux et le Tribunal des jeux échappent à un vrai contrôle parlementaire. Ces questions, posées aussi par la commission de justice du Grand Conseil fribourgeois, seront soumises cet automne aux députés vaudois.

«Les jeux soulèvent pourtant des questions fondamentales qui vont des addictions à la démocratie»

Elles rappellent que la Loterie Romande, désignée comme exploitante exclusive des loteries et paris sportifs de grande envergure, se soustrait à la curiosité trop affûtée des citoyens. Elle n’est pas soumise à la loi vaudoise sur l’information. Même si les bénéfices sont affectés à des activités de bien commun, «l’exploitation de jeux d’argent ne constitue pas l’exécution d’une tâche publique», expliquait le directeur de la LoRo, Jean-Luc Moner-Banet. L’organisme d’attribution de l’argent relève, lui, des dispositions sur la transparence. En mai 2018, une enquête de «24 heures» montrait les liens qui pouvaient unir les répartiteurs et les bénéficiaires. Mais les joueurs continuent à rêver, quitte à menacer leurs finances.

Et la LoRo est le plus grand mécène romand. «Le plaisir des uns fait le bonheur des autres», dit-elle. Les jeux soulèvent pourtant des questions fondamentales qui vont des addictions à la démocratie.