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Exposition quadriennaleLes sculpteurs genevois offrent un bain d’art à la piscine de Lancy

Jusqu’au 25 octobre, bronzes, marbres et installations conçus par des artistes genevois fraient avec les baigneurs au bord des bassins et sur les esplanades.

Les sirènes de Miranda plongent dans le sol non loin des femmes hiératiques de Jean-Dominique Fontana
Les sirènes de Miranda plongent dans le sol non loin des femmes hiératiques de Jean-Dominique Fontana
Irina Popa

En matière de sculpture genevoise, les lieux ont d’excellentes fréquentations. Installée devant l’entrée depuis 1994, une pierre monumentale juchée sur trois piliers en métal par Joe Fontaine contemple le visiteur. Lequel peut, une fois à l’intérieur, admirer le «Croque-soleil» de Daniel Polliand qui présente à Phœbus ses jolis seins de marbre, les pieds dans l’herbe haute. Il faut dire que la piscine de Marignac, à Lancy, constitue en elle-même une réalisation remarquable: ce monument en béton brut, édifié il y a cinquante ans par Georges Brera, Paul Waltenspühl et Pierre Nierlé – on doit aux deux premiers d’avoir participé à la construction des tours de Carouge et imaginé leur fontaine – est classé monument historique.

Cet écrin architectural accueille la Quadriennale de sculpture de Lancy depuis 1975; la manifestation semble avoir respecté ce rythme de façon toute relative, puisqu’elle présente jusqu’au 25 octobre son 8e cru. Organisé par l’Association des sculpteurs de Genève (ASDG) et financé par la Commune, l’événement présente quarante artistes, affiliés à l’organisation ou invités.

Classiques de l’art statuaire

«Nous n’imposons pas de thème et toutes les techniques sont acceptées», explique Agnieszka Gorla-Bajszczak, membre du comité de l’ASDG. Les grands classiques de l’art statuaire, tels la pierre, le bois ou le bronze voisinent avec les résines les plus contemporaines, le papier, les matériaux de récupération ou la porcelaine. Pareillement, les signatures connues du canton frayent avec de tout jeunes talents. Même les créateurs disparus depuis la dernière édition ont droit de cité: on peut notamment admirer une délicate «Fille aux deux chats» immortalisée dans le bronze par Malbine ou l’élégance noire et abstraite du «Veilleur» de Manolo Torres, prêté par un collectionneur privé.

Sur la terrasse, Frédéric Polla a installé un couple de bois jaune.
Sur la terrasse, Frédéric Polla a installé un couple de bois jaune.
Irina Popa

Le parcours s’organise, en bas, à proximité des bassins où les baigneurs évoluent, et se poursuit le long du parc en esplanade en haut de l’escalier. Si certains artistes montrent des pièces inscrites dans la continuité de leurs travaux, d’autres se sont amusés à jouer avec les éléments de l’espace et l’idée de l’eau. Ainsi, Miranda offre un clin d’œil aux légendes aquatiques avec son «Silence des sirènes»: disposés à même le sol, plusieurs éléments colorés en terre cuite patinée figurent trois néréides à queue de poisson comme si elles nageaient dans le ciment.

Plus loin, Isabelle Excoffier a fait chuter du toboggan un gracile Icare en papier de soie et résine, et Elisheva Engel compose une vague aussi poétique que rigolote en assemblant des emballages plastique en forme de poisson contenant usuellement la sauce soja des sushis. Quelques félins solitaires méditent aussi au spectacle des nageurs. Marc Fornasari a assis une élégante guéparde de bronze à quelques pas d’un petit chat baptisé «Noisette» et modelé dans la terre par Isabelle Battolla, tandis que dans le jardin qui domine les plans d’eau, Ngamanya Banda a installé un délicieux matou aux yeux en billes qui arrondit son dos de marbre gris sous le ciel d’automne.

Pollens, mobile et polochons

Au gré de la promenade, on croise aussi les intrigants «Pollen» de la céramiste Annick Berclaz, qui sommeillent comme trois gros œufs immaculés au creux de la pelouse, un mobile de Pierre Jaggi, les polochons en tissu imperméables d’Emma Van Mol, ou un couple élaboré façon 3D par Frédéric Polla avec des lamelles de bois, dont le jaune chantier s’accorde agréablement avec l’azur de la piscine. Une balade variée, donc, qui offre un panorama éclectique de la création contemporaine genevoise dans un cadre inédit.

Quadriennale Lancy sculpture, jusqu’au 25 octobre à la piscine de Marignac, Grand-Lancy, entrée libre, mercredi-vendredi 14h-19h et samedi-dimanche 11h-17h.