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Éditorial – Annulation de PaléoUne montagne d’impatience

Les assoiffés de culture doivent-ils pleurer ou crier? Plutôt se résigner.

Daniel Rossellat a encore dû enfiler son costume d’«Annulator» pour renvoyer son festival à des Calendes ni grecques ni romaines mais prudemment reportées à l’an prochain pour une édition supposée «normale». Le fondateur du Paléo et syndic de Nyon a volontiers la métaphore montagnarde et assure que «le bon guide est celui qui sait renoncer».

Depuis la dernière cabane, le sommet se laisse parfois admirer entre deux nuages menaçants, mais la sagesse implique parfois de redescendre… Le renoncement n’est pas une valeur très à la mode et le coronavirus aurait même plutôt exacerbé les dispositions revendicatrices d’une frange non négligeable de la population. Face à des autorités politiques et médicales qui doivent assumer cette entrave sociale face au réel en fonction du principe de précaution, certains ne veulent voir dans ces nouvelles limitations de liberté que des interdits abusifs, des privations illégitimes.

Dans la frénésie des temps courts et des échéances rapides, il est déjà presque miraculeux que l’impatience contemporaine n’ait pas déjà explosé. Des fissures apparaissent pourtant – les manifestants contre les gestes barrières en sont la pointe – et ceux qui ne craquent pas s’activent sans répit à chercher des solutions et prévoir des contournements possibles – dans le monde de la culture également –, à défaut de prier chaque soir pour le retour à cette sacro-sainte «normalité».

Il est curieux que l’attente actuelle suscite autant de panique, alors que nous sommes encore très loin de l’emprisonnement total ou d’une obligation monastique. La crainte d’une désertification culturelle est compréhensible mais il ne faudrait pas qu’elle se transforme en passion du vide… intérieur.

1 commentaire
    Gilles Hieron

    "Face à des autorités politiques et médicales qui doivent assumer cette entrave sociale face au réel en fonction du principe de précaution"

    Excusez-moi, mais personne n'oblige à appliquer le principe de précaution comme ça.

    C'est les politiciens qui pensent que leur mission consiste à créer un environnement à risque zéro comme si nous étions des enfants incapables de prendre de décisions et de décider du risque personnel qu'on veut assumer, et qui se sont mis dans la tête contre les principes constitutionnels les plus élémentaires, qu'ils peuvent aller jusqu'à complètement détruire n'importe laquelle de nos libertés pour nous protéger de nous-mêmes.

    D'ailleurs, si les politiciens appliquaient vraiment le principe de précaution, ils ne devraient pouvoir prendre aucune mesure sans qu'ils n'aient montré au préalable qu'elles sont objectivement efficaces. Je peux vous dire que le 95% de ce que décident les politiciens ne passerait pas la rampe.

    Si on leur appliquait à eux le principe on ferait très certainement un très grand pas en avant question progrès social.