Une jeune femme menottée pour avoir fait pipi dehors
Zoé Bon a dénoncé hier le traitement que lui ont réservé deux agents municipaux, après qu'elle avait uriné dans un talus la nuit.

Zoé Bon se souviendra longtemps de cette soirée du 9 septembre 2016. Pour avoir fait pipi dehors, la jeune femme de 29 ans s'est vue menottée puis emmenée au poste par des agents municipaux. Avant de recevoir une amende de 1050 francs! Soutenue par le groupe féminismes de SolidaritéS, elle est allée payer son amende hier en pièces de 5 centimes, afin de dénoncer la réaction disproportionnée des policiers.
Que s'est-il passé ce soir-là? La jeune femme nous raconte sa version de l'histoire. «Je buvais un verre avec des amis au bord du Rhône, à la hauteur de l'usine Kugler. Il était plus de minuit. J'ai eu besoin de faire pipi. Comme je ne voulais pas marcher seule jusqu'à la pointe de la Jonction, car il y a souvent des hommes seuls là-bas, je suis allée dans un talus, à l'abri des regards. C'était désert. Mais deux policiers municipaux sont passés au moment où je remontais mon short. Ils m'ont dit que ça n'allait pas du tout et m'ont demandé ma carte d'identité.»
La jeune femme va la chercher. «En revenant, j'ai essayé de les convaincre que ce n'était pas si grave, que je n'avais rien sali. L'un des deux agents m'a pris mon porte-monnaie des mains. J'ai protesté, il l'a mis dans sa poche en lançant: «Si tu continues, je t'embarque.» En moins de deux minutes, ils m'ont fait une clé de bras, passé les menottes et mise dans la voiture.» Zoé Bon précise qu'elle n'avait pas «bu une goutte d'alcool. Je n'étais pas énervée, simplement très étonnée et j'essayais de comprendre ce qui se passait.»
Quatre voitures de police
La jeune femme ajoute que deux de ses amies ont alors protesté. «Agacés, les policiers ont appelé du renfort. Trois voitures sont arrivées. Il y avait donc quatre voitures en tout. Nous sommes partis au poste de la Jonction. Je n'étais pas rassurée, je ne savais pas jusqu'où ils étaient capables d'aller.»
Au poste, Zoé Bon affirme que les agents ont relevé son identité mais ne lui ont rien fait signer. «J'ai demandé d'aller aux toilettes. Ils ont refusé, en disant que j'avais déjà fait ce que j'avais à faire. J'ai expliqué que j'avais mes règles. Ils ont eu des propos déplacés.» A la fin, la jeune femme demande aux agents leur numéro de matricule. «Ils ont aussi refusé puis m'ont donné leur numéro de talkie-walkie. Je suis sortie du poste entre 1 h et 1 h 30.»
Quelques mois plus tard, la jeune femme a la surprise de recevoir une amende de 1050 francs, pour «salissure sur la voie publique, perturbation ou scandale sur la voie publique et refus de circuler sur ordre de police». Elle la conteste: les 500 francs d'émoluments sont réduits à 150 francs et l'amende redescend à 700 francs.
Hier, Zoé Bon, accompagnée d'une quinzaine de personnes, est donc allée payer son dû au Service des contraventions en pièces de 5 centimes. «On nous a menacés de plainte pénale pour manifestation non autorisée.»
L'histoire ne s'arrêtera pas là. Le groupe municipal Ensemble à Gauche (EàG) annonce qu'il proposera, dans une motion, de créer un organe de contrôle des agents municipaux. Selon la conseillère municipale Brigitte Studer, «cet organe devrait être composé majoritairement de membres de la société civile ayant des compétences sur les questions de racisme, sexisme et autres discriminations. Il devrait pouvoir recueillir les éventuelles plaintes, avoir la compétence de mener des enquêtes internes et de prendre des sanctions.» Le groupe EàG ajoute qu'il demandera également la mise en place d'un bureau des plaintes pour toutes les formes de discriminations dans les services de la Ville de Genève.
Sexisme, vraiment?
Zoé Bon est convaincue qu'il a été question de sexisme ce soir-là. «Je ne suis pas sûre que les hommes se fassent embarquer quand ils font pipi dehors. Et vous avez vu combien d'hommes le font, en comparaison des femmes?»
Quelle est la version des agents municipaux? Hier soir, Cédric Waelti, le porte-parole du Département de l'environnement urbain et de la sécurité, restait sur la réserve: «Ce communiqué et ces accusations sont difficilement compréhensibles. On va prendre le temps de vérifier les faits avant de nous exprimer.»
Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.













