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Œuvre d’art au collègeUne installation ludique s’établit dans la cour de Calvin

Créées par Anaïs Balmon en 2019 pour heart@geneva, sept plaques en céramique évoquant les jeux collectifs ont été pérennisées dans le préau de l’établissement.

Anaïs Balmon avec l’une des sept plaques de «Petites mains ont bien tapé» dans la cour du Collège Calvin.
Anaïs Balmon avec l’une des sept plaques de «Petites mains ont bien tapé» dans la cour du Collège Calvin.
LAURENT GUIRAUD

Dispersés dans le sol sablonneux, les sept rectangles blonds se font si discrets qu’on les dirait là depuis des siècles. Pourtant, ces plaques de céramique gravées de motifs quasi hiéroglyphiques ne pavent la cour du Collège Calvin que depuis le début de l’été 2019. Intitulée «Petites mains ont bien tapé», cette installation a été conçue par Anaïs Balmon dans le cadre de la 2e biennale de heart@geneva, un parcours artistique qui entend faire dialoguer des œuvres avec des lieux emblématiques de la cité.

C’est en participant au concours organisé par le Bureau des interventions publiques de la HEAD (Haute École d’art et de design de Genève) que la jeune plasticienne genevoise a développé ce projet. D’habitude, les créations présentées par heart@geneva ne s’établissent que temporairement au cœur des sites qui les accueillent. Mais la direction du Collège Calvin a tant apprécié la proposition d’Anaïs qu’elle a souhaité la pérenniser.

Marelle et balles brûlantes

L’artiste de 27 ans, qui vient d’achever son bachelor en arts visuels, raconte avoir été fortement inspirée par l’histoire des lieux: «J’aime beaucoup réfléchir in situ, explique-t-elle. Le Collège Calvin a ceci de particulier que ses bâtiments ont toujours abrité une école, dès leur construction au XVIe siècle.» Qui dit scolarité dit aussi récréation. «J’ai creusé la piste des activités ludiques qui animent le préau. Et je suis tombée sur les schémas de jeux collectifs pour enfants, dont je ne connaissais pas l’existence.»

Les règles de la marelle, du jeu de l’élastique ou des balles brûlantes y sont représentées à l’aide de flèches, de pointillés et de petits cercles figurant les équipes. Frôlant la symbolique, leurs atours stylisés évoquent certains idéogrammes antiques ou les signes mystérieux d’une langue disparue. Anaïs Balmon a d’ailleurs tenu à conférer à ses objets un aspect ancien: pour leur conserver un côté brut, elle a gravé les schémas sur la céramique avant de les colorer avec de l’engobe mat.

«Petites mains ont bien tapé», Anaïs Balmon.
«Petites mains ont bien tapé», Anaïs Balmon.
Michel GIESBRECHT
«Petites mains ont bien tapé», Anaïs Balmon.
«Petites mains ont bien tapé», Anaïs Balmon.
PHOTO: © HEAD – Genève, Michel Giesbrecht
«Petites mains ont bien tapé», Anaïs Balmon.
«Petites mains ont bien tapé», Anaïs Balmon.
PHOTO: © HEAD – Genève, Michel Giesbrecht
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Légèrement enfouies, ces plaques auraient pu avoir été laissées là par les générations précédentes pour indiquer à leurs descendants la marche à suivre. «Je les ai placées de manière aléatoire pour cette même raison, poursuit la jeune femme. Comme s’il s’agissait de quelque chose qui s’était un peu perdu et qui resurgit.» Pareillement, le sable qui leur sert de lit les recouvre puis les découvre au gré des déambulations, rappelant les fouilles archéologiques pratiquées à plusieurs reprises dans l’enceinte de l’établissement – en 1841 puis en 2008, des sondages avaient révélé des tombes, et les fondations d’un mur ont été mises au jour en 2014.

«J’aime beaucoup réfléchir in situ. Le Collège Calvin a ceci de particulier que ses bâtiments ont toujours abrité une école, dès leur construction au XVIe siècle.»

Anaïs Balmon, artiste

Habitants de l’espace

Le format des tablettes sur lesquelles apparaissent ces inscriptions ésotériques indique qu’elles pourraient même venir d’ailleurs. Les sept éléments de «Petites mains ont bien tapé» reproduisent en effet les dimensions de la plaque de Pioneer, une feuille métallique de 22,9 cm de long par 15,2 de large embarquée à bord des sondes spatiales Pioneer 10 et Pioneer 11 en 1972 et 1973. Y était marqué un message pictural de l’humanité à destination d’éventuels habitants de l’espace. «Peut-être la cour de Calvin a-t-elle été visitée par des extraterrestres, sourit Anaïs. Plus sérieusement, la façon dont on communique aujourd’hui m’interpelle.»

Pour celle qui poursuit désormais un master en pratique de l’art contemporain à la Haute École des arts de Berne, convoquer les jeux collectifs, lesquels «développent la sociabilité et les apprentissages», dans un espace où des adolescents évoluent au quotidien revient à tenter de leur faire quitter un instant la solitude de leur smartphone pour les reconnecter au vivre-ensemble. Un argument auquel la direction du collège s’est montrée sensible: «Ce travail nous a plu car son format discret s’intégrait bien à l’espace, glisse Elena Meylan, doyenne à Calvin. Mais même s’ils concernent des enfants plus jeunes, ces jeux à l’ancienne fonctionnent comme un rappel aux collégiens. Il existe autre chose que les écrans!»

1 commentaire
    CHARLES PITTET

    Vous êtes magnifique, charles a reçu 9,5 sur 10 en Art au Brésil.