Une initiative veut un revenu de 2500 francs pour tous
Une initiative populaire réclame un revenu minimal de 2500 francs par mois pour chaque personne, active ou non, vivant légalement en Suisse.

Chacun devrait recevoir en Suisse quelque 2500 francs par mois, qu'il travaille ou non. L'idée d'un revenu de base inconditionnel est défendue via une initiative populaire. Les partisans de ce nouveau concept social ont présenté jeudi leurs arguments.
Chaque personne, active ou non, vivant légalement en Suisse devrait toucher une certaine somme, qu'elle soit riche ou pauvre, en santé ou malade, qu'elle vive seule ou en communauté. Il s'agit de donner la possibilité à tout le monde de s'engager comme il l'entend, dans le social ou dans la culture par exemple, a expliqué devant la presse l'une des initiantes, Ursula Piffaretti.
Pour le comité d'initiative, qui compte notamment l'ancien vice- chancelier de la Confédération Oswald Sigg, il faut casser le dogme qui fait rimer actuellement revenu et travail. De nombreuses tâches, comme les travaux ménagers, ne sont d'ailleurs actuellement pas rémunérées.
Détails à régler
Cette nouvelle forme de solidarité doit permettre de réduire l'angoisse de la population de joindre les deux bouts ainsi que la pression malsaine du rendement et de la productivité. Sans pour autant décourager les gens à mener une activité rémunérée ou couper dans les prestations sociales.
Aucun montant exact n'est fixé dans l'initiative ni aucun mode de financement. Il est seulement précisé que la somme doit permettre de mener une existence digne et de participer à la vie publique. La formulation est restée générale à dessein, selon Oswald Sigg, car il s'agit d'abord de se poser la question d'un changement de système. Le Parlement pourra régler ensuite les détails dans la loi.
625 francs par enfant
Les initiants, qui affichent leur indépendance aussi bien face aux partis qu'à l'économie, n'en ont pas moins élaboré des modèles plus ou moins concrets. Un revenu de 2500 francs par mois est ainsi mentionné pour les adultes et de 625 francs pour les moins de 18 ans. «Cela pourra être plus ou moins», selon l'écrivain schaffhousois Christian Müller.
La personne qui dispose actuellement d'un revenu moindre y gagnera. Pour les autres rien ne changera, sinon sur la forme. Au lieu d'un salaire de 6000 francs, on recevrait ainsi un revenu de base de 2500 francs plus un salaire de 3500 francs.
Financement
Ce changement de système est tout à fait finançable, selon le comité. Les coûts sont estimés à quelque 200 milliards. Sur cette somme, 70 milliards seraient puisées dans les quelques 140 milliards de prestations actuellement versées. Avec à la clé des économies réalisées grâce à la simplification du système (moins de contrôle et de bureaucratie).
Cela ne signifie pas pour autant la disparition totale de l'aide sociale, de l'assurance chômage ou de l'assurance invalidité. Seule la part actuellement supérieure à 2500 francs par mois continuerait d'être distribuée via les assurances sociales existantes, selon Christian Müller.
Quelque 128 milliards pourraient quant à eux être trouvés dans les économies réalisées sur les coûts salariaux. Cette contribution serait reversée via l'impôt. Les initiants évoquent en premier la TVA, qui pourrait aussi être revue de manière plus écologique.
Une taxe sur les transactions financières ou un impôt sur les successions sont aussi évoqués. Le mécanisme reste encore à trouver.
Critiques à gauche
Pour Oswald Sigg, il faut concevoir le revenu de base comme l'AVS en tant qu'assurance sociale ou de solidarité. Les riches paieront davantage que les pauvres mais tout le monde est assuré d'un revenu fixe à la fin.
L'idée d'un revenu de base a déjà été lancée à plusieurs reprises, mais sans succès. A gauche, des voix ont critiqué un système trop compliqué et des menaces sur les salaires et les prestations.
Ces personnes préfèrent miser sur des salaires minimaux. Une initiative populaire de l'Union syndicale suisse vient d'aboutir. Ses requêtes équivaudraient à un salaire mensuel de 4000 francs pour 42 heures de travail hebdomadaires.
AFP
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