AboUne histoire rocambolesque autour de la restitution de deux sarcophages
Les pièces étrusques en terre cuite ont été saisies aux Ports Francs de Genève. Elles provenaient de fouilles illicites en Ombrie et au Latium.
Le transport devait se faire jeudi, la neige en a décidé autrement. C'est donc ce vendredi que les 45 caisses quitteront dans des conditions plus clémentes les Ports Francs de Genève. Destination: l'Italie. A l'intérieur, des pièces archéologiques d'une valeur qualifiée d'«inestimable» par le Ministère public genevois, qui a mené à bien toute l'affaire: deux sarcophages étrusques en terre cuite, ainsi que de nombreuses autres pièces archéologiques rares. Les œuvres d'art seront restituées officiellement à l'Italie, qui les a réclamées à la Suisse par le biais d'une procédure d'entraide pénale internationale. Elles sont en effet le produit de fouilles illicites.
L'affaire est aussi rocambolesque qu'un polar signé De Cataldo ou Carofiglio. En mars 2014, les autorités italiennes reniflent la piste d'un sarcophage étrusque et saisissent la Suisse d'une demande d'entraide judiciaire. L'objet pourrait se trouver aux Ports Francs de Genève… Mais les enquêteurs font chou blanc. Ce cercueil-là ne sera pas retrouvé.
Un véritable trésor
En revanche, le procureur Claudio Mascotto, qui effectue la perquisition chez un entrepositaire, tombe sur «autre chose»: deux splendides sarcophages étrusques, en terracotta polychrome, vieux de 2500 ans. Sur le couvercle, les statues d'un homme et d'une femme allongés, dans la pure tradition de la civilisation étrusque. Implantée sur un territoire correspondant à l'actuelle Toscane et au nord du Latium, elle a connu son apogée entre 600 et 350 av. J.-C. avant d'être assimilée. Ses citoyens deviennent Romains au Ier siècle av. J.-C.
D'autres œuvres d'art de provenance similaire sont également entreposées dans ce local de la zone sous douane des Ports Francs: bas-reliefs, têtes, bustes, vases, fresques, objets cultuels et votifs, entiers ou par fragments. Les 45 caisses perquisitionnées sont toutes séquestrées. Un expert italien mandé sur place parvient à la conclusion que les pièces proviennent bien d'excavations illicites et de l'activité illégale de tombaroli, des pilleurs de tombes qui ont sévi dans les nécropoles de l'ancienne Etrurie. Le Tribunal pénal de Rome ordonne en avril 2014 la confiscation des objets séquestrés à Genève.
Trafiquant d'art véreux
Il faut dire que le propriétaire de ce trésor archéologique est bien connu des autorités et de la justice. Robin Symes, trafiquant d'œuvres d'art anglais ayant vécu longtemps à Genève, atterrit en prison le 21 janvier 2005. Il en sort au bout de sept mois et disparaît de la circulation. Mais une partie de son butin, confié à un entrepositaire en 2001 sous couvert d'une société domiciliée au Panama, reste à Genève. Le gardien savait-il ce qu'il avait en dépôt? Le Tribunal pénal fédéral en tout cas ne lui a pas accordé la bonne foi: l'homme réclamait 150 000 francs au titre d'arriéré de frais de garde de la marchandise et a été débouté.
Les deux recours de l'entrepositaire ont fait traîner le règlement de l'affaire. Alors que le Ministère public genevois a ordonné la remise des 45 caisses à l'Italie en juillet 2015, il a fallu attendre aujourd'hui pour que les deux sarcophages franchissent les Alpes enneigées. «Nous fournissons au Ministère public force et main-d'œuvre pour mener à bien ce transport», commente Alain Decrausaz, le directeur des Ports Francs de Genève, qui se réjouit: «Ces objets ont été retrouvés. Sur la base de l'inventaire que nous avons fourni, les douanes ont bien fait leur travail.»
Il précise que depuis le 1er janvier 2016, une nouvelle procédure a été mise en place. «Une société neutre procède à l'examen de toutes les pièces archéologiques qui arrivent chez nous. En cas de doute, un expert est mandaté. Tous les frais sont assumés par les Ports Francs. Cette procédure a déjà été appliquée une fois cette semaine.» Le Ministère public genevois, qui a émis un communiqué pour signaler la fin de cette procédure d'entraide judiciaire avec l'Italie, n'a pas souhaité commenter davantage l'affaire, à l'instar de l'Administration fédérale des douanes.
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