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Peinture urbaine à l’hôpitalUne fresque du graffeur Jazi ensoleille le quotidien des HUG

Le street artist genevois a été mandaté par l’institution pour peindre un mur borgne. Longue de 18 mètres, son œuvre évoque la nature et le corps humain.

Au milieu de la fresque, un clin d’œil aux applaudissements que les Genevois adressaient tous les soirs au personnel soignant durant le confinement du printemps.
Au milieu de la fresque, un clin d’œil aux applaudissements que les Genevois adressaient tous les soirs au personnel soignant durant le confinement du printemps.
Jazi

Voilà qui met de la couleur dans un quotidien fort morose. Depuis deux semaines, l’œil de certains collaborateurs des HUG (Hôpitaux universitaires de Genève) est à la fête: une fresque éclatante a remplacé l’interminable paroi de béton gris qui faisait face à leurs bureaux. Réalisée au début de l’automne par le graffeur genevois Jazi sur mandat de l’hôpital, cette peinture de 18 mètres de long sur 2,63 de large s’inspire de motifs en liens avec le corps et la nature. Le public peut aussi profiter de la monumentale réalisation, baptisée «We all need love» et nichée devant l’une des entrées réservées au personnel, en bas d’une rampe au 32 de la rue Lombard.

«Récemment, un des services de chirurgie a dû déménager et s’est retrouvé le nez sur un mur borgne, explique Michèle Lechevalier, chargée des affaires culturelles des HUG. On a pensé qu’un graffiti est ce qui conviendrait le mieux aux lieux.» Elle contacte donc Jazi, 47 ans, l’une des signatures historiques de l’art urbain genevois, qui jalonne d’œuvres au spray l’espace public du canton et d’ailleurs depuis près de trois décennies.

Au départ, l’idée consistait à réaliser un projet participatif, avec le concours des employés des HUG. Ces derniers n’ont finalement pas empoigné la bombe, mais il demeure une trace de ce dessein: «J’ai construit la fresque en délimitant plusieurs espaces avec des bandes blanches, explique Jazi. De mon expérience, il est plus simple pour des gens qui n’ont pas l’habitude du graff de travailler sur des petites surfaces.» Chacune de ces cases polygonales comporte une illustration différente, évoquant la vie, végétale et organique.

Images au microscope

Le thème de l’œuvre s’est élaboré au cours d’échanges entre l’artiste et le service concerné, au gré d’esquisses et d’adaptations. «J’avais des demandes pour de la verdure, de la jungle, des fonds marins, de l’oxygène, raconte-t-il. Mais je voulais broder quelque chose autour de la santé et du corps humain, en lien avec l’hôpital.» Celui qui revêt parfois la casquette de graphiste se souvient alors d’avoir conçu, il y a longtemps, des catalogues médicaux illustrés par des vues prises au microscope. «Cette esthétique m’avait beaucoup intéressé. L’infiniment petit à l’intérieur de l’organisme a quelque chose de très beau et j’en avais conservé une collection d’images, à l’époque.»

«L’infiniment petit à l’intérieur de l’organisme a quelque chose de très beau.»

Jazi, graffeur
«We all need love», détail.
«We all need love», détail.
Jazi
«We all need love», détail en cours d’élaboration.
«We all need love», détail en cours d’élaboration.
Jazi
Les mains et le cœur en cours d’exécution.
Les mains et le cœur en cours d’exécution.
Jazi
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Le talent du graffeur est d’avoir su rendre luxuriante et presque bucolique cette matière très clinique. Là où un praticien averti reconnaîtra un pore sudoripare, une cellule souche embryonnaire ou les papilles d’une langue vues de très près, le néophyte imaginera une rose à peine éclose, un mystérieux lichen pourpre ou les ondulations paresseuses des tentacules d’une anémone de mer. Dans cette forêt de contes où surgissent, ici et là, de véritables frondaisons, les globules rouges se prennent pour des fruits rouges et les adipocytes - soit les cellules graisseuses - pour des nids d’abeilles.

Mains, cœur et virus

Au centre, deux mains encadrant un cœur rose tranchent sur cette composition qui tend vers l’abstraction. Il s’agit d’un dessin que Jazi a déjà exécuté durant le confinement du printemps au quai des Péniches, en contrebas du bois de la Bâtie. «Durant cette période, tout le monde sortait sur son balcon le soir pour applaudir le personnel soignant. La vision de mains qui, en battant, écrasent un coronavirus pour laisser place à un cœur m’a traversé l’esprit et je suis allé la peindre en six séquences, afin d’en faire une animation.» La vidéo et son making of sont visibles sur le compte Instagram du street artist genevois et sur la plateforme YouTube.

Au cours des trois semaines qu’a duré la création de «We all need love», le prodige du spray a apprécié de pouvoir dialoguer avec les infirmiers, médecins et brancardiers croisés au pied de son mur. «Ils m’ont souvent dit qu’ils étaient contents de voir de la couleur en entrant dans l’hôpital.» Une joie partagée par le passant, qui poursuivra sa route avec une réconfortante provision de lumière pour l’hiver.

«We all need love», 32, rue Lombard. Site internet de Jazi: www.jazi.ch et compte Instagram: @jazi_ch

2 commentaires
    CHARLES PITTET

    Un réveil matin pour les plus endormis (es) ça peut marcher avec une musique d'entretien. Excellent