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ClassiqueUn nouveau guide pour la musique d’avenir

Nouvel homme fort de l’Orchestre de chambre de Genève, Frédéric Steinbrüchel veut étendre les confins du classique. Portrait.

Frédéric Steinbrüchel, administrateur de l’Orchestre de chambre de Genève.
Frédéric Steinbrüchel, administrateur de l’Orchestre de chambre de Genève.
Steeve Iuncker-Gomez

Son pire ennemi n’aurait pu lui souhaiter intronisation aussi enchevêtrée. Frédéric Steinbrüchel est depuis une poignée de mois le nouveau timonier de l’Orchestre de chambre de Genève (OCG), succédant ainsi à Andrew Ferguson à la tête de ce maillon crucial qu’est le secrétariat général. Aujourd’hui, on pourrait légitimement se demander si ses premiers pas dans les couloirs de l’institution n’ont pas été accompagnés par des regrets éternels, surgis alors que la tâche qui lui est subitement tombée sur la tête s’est mise à grossir jusqu’à déborder un cahier des charges normalement constitué. C’est qu’en prenant progressivement possession de son nouveau poste, l’homme a dû faire face à une pluie d’interdictions édictées depuis Berne pour contrer la pandémie. Ce qui a eu la faculté de faire progressivement plier, puis de mettre à genoux tous ceux qui avaient affaire avec les arts de la scène. Au mois de mars, donc, le secrétaire général fraîchement nommé a dû réinventer tout un monde. Le sien et celui de musiciens désormais empêchés de jouer en public et de répéter en bande.

Abattre les palissades

Attablé dans un restaurant de la place, l’homme ne semble pourtant pas avoir accusé le coup. Sur un ton de voix égal et dépassionné, Frédéric Steinbrüchel vous rappelle les premiers concerts à jauge amputée, il vous renvoie ensuite à un événement musical donné en streaming par l’OCG et qui est parvenu à captiver 10’000 internautes. Ce furent ses premiers gestes, abordés avec calme, pour remodeler en vitesse les rendez-vous avec les mélomanes. L’inquiétude? Elle finit par se manifester lorsqu’il évoque un document de travail émanant de la Confédération qui indique les dispositions à prendre à l’avenir au sein des orchestres: «On préconise de laisser dix mètres carrés d’espace vide pour chaque pupitre, ce qui est parfaitement irréaliste. On se base, dans les arguments, sur des craintes qui n’ont pas lieu d’être, laissant entendre que les instruments à vent pourraient propager loin autour d’eux le virus. Or, des études très sérieuses menées en Allemagne, auprès des prestigieux Berliner Philharmoniker, montrent que ce danger est inexistant.»

En attendant les communications officielles venant de Berne et en espérant que le brouillard se dissipe, il faut néanmoins passer par-delà le Covid-19, imaginer les suites et dessiner des stratégies pour son orchestre. Et sur ce terrain, le secrétaire général ne dévie pas des préoccupations qui touchent tous les professionnels du domaine. Il est question de renouveler le public, dont la pyramide des âges n’a rien de vraiment rassurant. Il faut repenser du coup les offres et revoir les formats. «Nous devons dépasser les pratiques courantes, où le spectateur entre dans la salle, consomme son concert pour ensuite retourner chez lui. On doit réfléchir à la manière de l’accueillir, de l’accompagner et de présenter les œuvres jouées, en imaginant par exemple des éléments d’explication donnés oralement durant le concert.» Les barrières entre scène et public? Il faudrait les dissoudre et les rendre plus souples selon Frédéric Steinbrüchel. Et faire de même avec les palissades qui délimitent les styles musicaux. Oser le mélange donc, en incluant des disciplines comme la danse, le mapping et, pourquoi pas, «même le hip-hop», ose le secrétaire.

Violoncelle et EPFL

La nécessité de renouvellement est d’autant plus aiguë que l’OCG demeure, dans son fonctionnement, une entité unique dans le paysage, une partie de ses activités, 30% environ, étant tournée vers des prestations rémunérées auprès des chorales et autres acteurs du paysage musical romand. À ce socle consistant s’ajoutent six concerts de saison et d’autres événements produits par la maison. C’est sur ce segment somme toute étroit que la petite révolution des programmes doit prendre forme. Cela se fera sans doute progressivement: en 2022, un nouveau directeur musical et artistique sera nommé pour succéder à Arie Van Beek. «Nous réfléchissons déjà sur les profils et les noms des papables, mais je ne peux rien ajouter d’autre», esquive le dirigeant.

«Nous réfléchissons déjà au profil du futur directeur musical»

Frédéric Steinbrüchel

Cette musique d’avenir est désormais entre les mains d’un polyvalent. Amoureux du violoncelle, avec lequel il a cumulé les diplômes ici et en Angleterre, ancien coordinateur des événements au sein de la direction de l’EPFL, Frédéric Steinbrüchel a pour lui la souplesse des artistes et la rigueur du gestionnaire. L’OCG ne pouvait imaginer meilleure pioche.