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Lettre du jourUn Noël sans chants de Noël?!

LAURENT GUIRAUD

Cologny, 18 décembre

Jamais dans l’histoire des relations Église-État, surtout depuis la séparation de 1907, notre Gouvernement genevois ne s’était immiscé de manière aussi radicale dans le déroulement ou la liturgie des offices et des cultes. Dans la vingtaine de «mesures relatives aux services religieux» de l’Arrêté du Conseil d’État du 7 décembre dernier, ce sont ni plus ni moins que «les chants entonnés par l’assemblée des participants ou les officiants» qui «sont proscrits».

Visiblement, comme notre Conseil fédéral qui a mis au ban la pratique du chant populaire, notre gouvernement confond les Assemblées de fidèles avec celle des Jodleurs de Schwytz à l’origine de l’extension de la pandémie de Covid-19 en Suisse centrale.

Or, à cet égard, si au nom de l’application de principes sanitaires bientôt universels, à défaut d’être tous convaincants, le lavage des mains au gel ou à la solution hydroalcoolique, la distance sociale et le port du masque dans une église ou un temple ne portent pas atteinte à la liberté religieuse, il n’en va pas de même de l’interdiction formelle de ce qui tient – surtout lors des grandes Fêtes religieuses comme celles de Noël ou de Pâques – à l’expression la plus vivante de l’Assemblée des fidèles, l’Église (Ecclesia = l’Assemblée): le chant en commun, a fortiori quand les autres mesures sanitaires sont respectées.

Pareille immixtion prohibitive dans l’essence de la vie religieuse qu’est le chant en commun avec la prière et la participation aux sacrements rappelle les temps les plus sombres de l’histoire récente de l’Europe de l’Est quand les gouvernants ignoraient que la liberté religieuse constitue «l’une des plus importantes libertés fondamentales».

Si les chants de Noël restent proscrits pour les fidèles genevois à Noël, faudra-t-il aller pour pouvoir les chanter dans les grandes Abbayes du Valais ou de la France voisine ou se borner à joindre nos voix aux voix des énergiques militant(e)s de l’Armée du salut qui les chantent dans nos rues?

À moins que, comme pour la célébration de notre héroïque personnel soignant, nombre d’entre nous ne se mettent au balcon à 21 heures ou à minuit pour chanter librement «Il est né le Divin Enfant» ou «Minuit chrétien»…

Prof. hon. Alfred Dufour

5 commentaires
    Pauline Hausamann

    Si vous tenez tant à chanter, lancez un avis pour faire comme à Toronto où tout le monde sera sur son balcon le 24 au soir pour chanter Noël.