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Un documentaire au cœur du gesteUn destin commun cousu à quatre mains

Une styliste d’origine laotienne et un maître tailleur italien confrontent leur pratique dans un film attachant.

Un choc entre deux générations, deux cultures et deux mondes, liés par une passion commune.
Un choc entre deux générations, deux cultures et deux mondes, liés par une passion commune.
DR

L’effort est palpable dès les premières images du documentaire «Ly-Ling et Monsieur Urgesi», de Giancarlo Moos. Celui du même geste qui se répète toujours pour donner à la coupe d’un costume trois pièces sa régularité, sa tenue, ses longueurs. À Saint-Gall, le maître tailleur traditionnel italien Cosimo Urgesi, un des derniers de la ville, décide de s’installer dans l’espace de la styliste Ly-Ling Vilaysane, tout près de la gare. Les deux ont l’idée d’unir leurs forces – la précision et l’expérience du premier, la créativité de la deuxième. Mais les ego mènent la vie dure et les conflits apparaissent.

«Alors que les deux tentent de dépasser les a priori, usant de la blague et du clin d’œil silencieux, une incompatibilité fait surface»

La rigueur de l’Italien, appliqué depuis tant d’années à suivre ses patrons à la lettre, ne parvient pas à déteindre sur le caractère explosif de la jeune styliste, dont la fascination pour l’homme mue vite en sentiment d’enfermement. Alors que les deux tentent de dépasser les a priori, usant de la blague et du clin d’œil silencieux, une incompatibilité fait surface.

Rigueur et créativité

Et c’est là que la caméra pose joliment en médiatrice, récoltant complaintes et frustrations des deux partis, comme au confessionnal. Ly-Ling, à l’imagination débordante, aimerait tant acquérir les plis du technicien. Mais selon elle, il vit aussi dans un passé révolu qui l’empêche de comprendre les nouvelles attentes. La méfiance grandit, et pourtant rien n’éclate, comme si un respect mutuel les animait. Les deux ont dû faire leur trou ici. Cosimo est arrivé en Suisse dans les années 60, l’époque de l’initiative «contre l’emprise étrangère» de Schwarzenbach. Les parents de Ly-Ling à la fin des années 70, laissant leur fille composer avec sa différence dans un petit village suisse. Centré sur les gestes, le film marque aussi par de longs plans-séquences de conversation, où chacun tente de briser la glace au mieux, jusqu’à l’épuisement. Adrien Kuenzy

www.lylingurgesi.ch