Un concentré de mythologie au MAH

Musée d'art et d'histoireL’accrochage «Métamorphoses» réveille les dieux et leurs proies.

«L’enfance de Bacchus», un tableau du Genevois Charles Giron récemment restauré. MAH

«L’enfance de Bacchus», un tableau du Genevois Charles Giron récemment restauré. MAH

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Les équipes du grand musée de la rue Charles-Galland ne ronronnent pas en attendant la rénovation des lieux. Elles s’ingénient à rendre attractives les collections qui leur sont confiées. L’un des moyens trouvés est de consacrer une salle à des accrochages temporaires à l’étage du permanent. C’est la «salle changeante», comme l’appelle la conservatrice en chef des beaux-arts, Lada Umstätter.

«Chaque année l’exposition changera, ce qui nous permettra de montrer au public des œuvres qui ne sortiraient pas autrement des réserves», explique Jean-Yves Marin, directeur du MAH. «L’idée est de mettre cette exposition annuelle au diapason d’un thème ou d’un événement qui touche le musée. L’an dernier, «Hodler intime» faisait écho à la grande exposition du 100e anniversaire de la mort du peintre au Musée Rath. Cette fois-ci, l’exposition «César et le Rhône», qui totalise déjà 20 000 visiteurs, a orienté notre choix vers l’Antiquité et plus précisément vers la mythologie, popularisée par les «Métamorphoses» du poète latin Ovide. La commissaire de cette exposition, Ingrid Comina, s’est donc plongée dans nos collections du XVIIe au XXe siècle pour y trouver des œuvres en rapport avec ce thème.»

Les tableaux exhumés et mis en scène dans la grande salle blanche regorgent de nymphes et de faunes, de dieux et de déesses. On se souvient que ceux-ci prennent les formes qu’ils veulent pour arriver à leurs fins et transforment leurs victimes au gré des circonstances. Certaines œuvres du XXe siècle préfèrent le mouvement à la fable, comme cette machine de Jean Tinguely qui voisine avec le lapin de Markus Raetz. «Cette sculpture représente un lapin ou un homme au chapeau selon d’où on la regarde», rappelle Ingrid Comina. «Elle active sa propre métamorphose à condition que le visiteur lui tourne autour. Regardez cette référence contemporaine à un poème d’Ovide: c’est le bronze «Daphné I» de Jean Arp, qui s’inspire de la métamorphose de la jeune vierge en arbuste de laurier pour échapper aux ardeurs du dieu des amours.»

D’un style résolument différent est la toile de grand format qui occupe le mur du fond. «Elle est remarquable par sa composition en pyramide, le jeune Bacchus en occupant le centre, environné des nymphes déléguées à son éducation. Cette œuvre majeure du peintre genevois Charles Giron, présentée avec succès en 1879 au Salon de Paris, sort de l’atelier de restauration du MAH. Comme plusieurs autres, ce tableau n’aurait pas reçu ce coup de neuf sans la perspective d’être présenté dans la «salle changeante». «Cet accrochage temporaire de longue durée est l’occasion pour des toiles et des sculptures peu connues d’être restaurées et redécouvertes», approuve Lada Umstätter.

Un autre trésor joue les vedettes, c’est le fantastique «Faune» de Carlos Schwabe, une composition de 1923 à la sanguine, fusain, crayons de couleur et estompe, pour laquelle un cabinet noir a été construit au centre de la salle d’exposition. Des raisons de conservation ont imposé cette présentation dissimulée par un opaque rideau noir que le visiteur écarte comme le voile du mystère. Pan apparaît, mi-homme mi-bouc, arc-bouté sur sa flûte en roseaux. Ceux-là mêmes en lesquels la nymphe Syrinx s’est métamorphosée pour échapper au dragueur cornu.

«Dans la mesure du possible, la salle 423 dévolue aux arts graphiques accorde aussi ses présentations à celles de la salle changeante, annonce Jean-Yves Marin. C’est pourquoi la commissaire Elisa de Halleux s’est entendue avec le Cabinet d’arts graphiques du MAH et son conservateur Christian Rümelin pour exposer actuellement des gravures du XVIe et du XVIIe siècle illustrant les «Métamorphoses» d’Ovide.»

«En grande partie axée sur le désir sexuel, ces poèmes ont donné aux artistes toute latitude de représenter la nudité, remarque Elisa de Halleux. Les gravures que nous exposons exhibent le corps féminin dans des postures et sous des angles extrêmement variés. Elles ont été réalisées d’après des tableaux du Suisse Joseph Heintz, mort en 1609.»

«Métamorphoses» à l’étage «beaux-arts» du Musée d’art et d’histoire (MAH), 2, rue Charles-Galland www.mah-geneve.ch

Créé: 09.05.2019, 20h55

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