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L’éditorialUn comédien intouchable et sacré

Le 16 mai 2007, Michel Piccoli posait sur la Croisette pour le 60ème Festival du film de Cannes où il était juré.
Le 16 mai 2007, Michel Piccoli posait sur la Croisette pour le 60ème Festival du film de Cannes où il était juré.
keystone-sda.ch

Aujourd’hui, vous lirez partout, à propos du décès de Michel Piccoli, qu’un monstre sacré s’est éteint. Avec le temps, l’expression est devenue un rien galvaudée. Pourtant, concernant l’acteur, elle prenait en fin de compte son sens originel. À savoir celui d’une personnalité intouchable, d’une «vache sacrée» qu’il ne fallait surtout pas déranger.

Et c’est bien le sentiment qu’il inspirait, celui d’un homme qui ne voulait pas être dérangé. Très en retrait de la vie publique, peu médiatisé, au point que sa vie privée restait très secrète, très peu mondain – il n’allait jamais aux César et ne faisait qu’apparaître dans les festivals pour les besoins d’un film
à défendre –, il était également très en retrait lors des entretiens.

Pour l’avoir interviewé plusieurs fois, j’ai par exemple souvenir d’une exigence qui transparaissait aussi dans ses réponses. Il avait ainsi horreur de tout ce qui était hors sujet. Lorsqu’il acceptait de parler d’un rôle dans un film (ou dans une pièce), ce n’était pas pour en commenter d’autres, ni pour évoquer ses projets, ni pour donner un avis sur des faits d’actualité.

Chez lui, l’intégrité était constante. Presque un art de vivre, en somme. Et c’est sans doute pour cela que ses filmographie et théâtrographie sont aussi exemplaires, irréprochables, presque sans fausse note. Michel Piccoli pratiquait son métier avec une sorte d’obsession de la perfection. Et un monstre sacré, ce n’est finalement rien d’autre que ça.