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Exotisme en Suisse (29/41)Tutoyer le roi des Alpes, sur fond de panoramas époustouflants

Au sommet du Pilatus, une colonie de bouquetins règne sur le massif alpin qui surplombe Lucerne et le lac des Quatre-Cantons. Réintroduit il y a plus d’un siècle, l’animal s’observe à l’état sauvage pour qui décide de passer la nuit à 2132 m d’altitude. Plus loin, au Tierpark de Goldau (Schwytz), il est l’une des stars du troisième parc animalier du pays.

Au sommet du Pilatus, l’une des rares colonies de bouquetins au monde peut être observée à l’état sauvage, en toute proximité.
Au sommet du Pilatus, l’une des rares colonies de bouquetins au monde peut être observée à l’état sauvage, en toute proximité.
Suisse Tourisme

Première rencontre fortuite. Il est là, en train de brouter tranquillement. Accroché à la falaise rocheuse, un jeune bouquetin défie la gravité, passe d’escarpement en escarpement à la recherche de touffes herbeuses. Le jeune spécimen ignore totalement la présence de quelques visiteurs restés silencieux, ébahis par une telle proximité avec le roi des Alpes, fascinés par son agilité ou sa témérité acrobatique. À peine une cinquantaine de mètres sépare la galerie d’observation – promenade creusée à flanc de montagne – de la paroi vertigineuse que l’animal arpente. «Le bouquetin est très peu craintif, car il n’a presque aucun prédateur», explique plus tard Hans Hug, vaillant octogénaire passionné du mammifère qui règne sur le Pilatus, au-dessus de Lucerne.

«Le bouquetin est très peu craintif, car il n’a presque très peu de prédateurs. Les loups, ailleurs, les aigles qui aiment leurs petits, chez nous.»

Hans Hug, passionné de bouquetins
Hans Hug, doyen des gardes faune qui accompagne les visiteurs lors des safaris bouquetins, au sommet du pilatus.
Hans Hug, doyen des gardes faune qui accompagne les visiteurs lors des safaris bouquetins, au sommet du pilatus.
DR

La vie de l’ancien mécano de locomotive est indissociable de l’histoire du bovidé qui avait disparu des Alpes helvétiques au début du XIXe siècle, avant d’être réintroduit en 1906 dans le pays grâce à un braconnier parti en chercher illégalement – mais avec l’aval des autorités suisses – dans une réserve royale italienne. C’est bien plus tard, quand l’animal retrouvera les pentes du massif à cheval sur les cantons d’Obwald, de Nidwald et de Lucerne, que Hans Hug verra son destin chamboulé.

Il travaillait pour Pilatus-Bahn, lorsque huit bouquetins furent relâchés à plus de 2000 mètres d’altitude. La société ferroviaire – qui depuis 1889 et aujourd’hui encore exploite l’activité touristique et hôtelière du site – se cherchait un emblème. C’était au début des années 1960.

«Les bouquetins avaient été amenés depuis les Grisons, se rappelle celui qui peu de temps après deviendra guide faune. On les avait mis dans le train et, au sommet, on avait simplement ouvert la porte pour les laisser s’échapper. Je m’en souviens comme si c’était hier.» Désormais, plus d’une centaine de boucs, éterlous (jeunes mâles), étagnes (femelles) et cabris forment l’une des rares colonies au monde qui peut s’approcher si facilement. Et constituent, à côté du dragon légendaire devenu le symbole des lieux, les stars incontournables du safari proposé plusieurs fois par saison, entre juillet et fin octobre.

Que l’on choisisse, pour atteindre le sommet, la version téléphérique (depuis Kriens) ou train à crémaillère – le plus en pente du monde (48%), depuis Alpnachstad –, le voyage donne le vertige.
Que l’on choisisse, pour atteindre le sommet, la version téléphérique (depuis Kriens) ou train à crémaillère – le plus en pente du monde (48%), depuis Alpnachstad –, le voyage donne le vertige.
DR

Lever de soleil mémorable

Pour qui n’arpente pas sportivement les cimes alpines, cette offre touristique sur deux jours est l’occasion unique d’aller à la rencontre du bouquetin des Alpes à l’état sauvage. Et de découvrir, quand le temps est dégagé, un lever de soleil mémorable sur le lac des Quatre-Cantons, avec au loin la Forêt-Noire, le Jura français ou un panorama ponctué d’au moins sept 4000 mètres.

À vrai dire, l’expérience commence en plaine déjà. Que l’on choisisse, pour atteindre le sommet, la version téléphérique (depuis Kriens) ou train à crémaillère – le plus en pente du monde (48%), depuis Alpnachstad –, le voyage donne le vertige. La majorité des visiteurs font l’excursion à la journée. Il faut y passer la nuit pour participer au safari.

Vers 17 heures, quand la vague de visiteurs a quitté les lieux, les bouquetins s’approchent alors du complexe touristique. «J’ai toujours cru que c’était une légende, mais Hans m’a certifié que c’était véridique: dans le passé, il y avait même un mâle qui venait faire le beau à chaque fois que le train arrivait au sommet du Pilatus», s’amuse Andrea Waser, l’une des autres guides qui connaît l’histoire du lieu comme personne et participe depuis une année aux explorations animalières. Le soir, celles-ci constituent plus une initiation. Courte conférence sur l’animal autour d’un beau mâle empaillé. On peut toucher les cornes où s’alignent les années de l’individu. On peut découvrir la très complexe structure des pattes qui lui permettent d’adhérer aux pentes les plus abruptes – et ont inspiré une marque de chaussure de montagne. Le Schwitzerdütsch est de rigueur. Pas bien grave: le clou du spectacle sera pour le lendemain.

Safari bouquetins au Pilatus.
Safari bouquetins au Pilatus.
Marco Thali (Pilatus M&V)
Safari bouquetins au Pilatus.
Safari bouquetins au Pilatus.
Marco Thali (Pilatus M&V)
Le salon Belle-Epoque Victoria, au Pilatus-Kulm.
Le salon Belle-Epoque Victoria, au Pilatus-Kulm.
DR
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Dans les pas de l’animal

Après un repas dans le salon Victoria (nommé ainsi en l’honneur de la célèbre reine venue sur le site en 1868, au premier hôtel, le Bellevue), après une nuit dans une des chambres cosy de l’historique Pilatus-Kulm, après un réveil à l’aube pour accompagner la montée du soleil, une randonnée matinale de plus de deux heures emmène le groupe dans les pas de l’animal. Rapidement, on se prend au jeu de les débusquer au loin. Les jeunes bouquetins aiment jouer. On en voit cinq emportés dans un combat de virilité. Ils se dressent sur leurs pattes arrière, se toisent, entrechoquent leurs cornes. La joute ludique se répète durant vingt minutes. Impossible de tomber les jumelles. Une telle intimité est magique.

Chez ce bovidé, les petits restent plusieurs années avec les femelles. Au gré de la balade, plus d’une vingtaine apparaîtra dans les alpages ou les rochers avoisinants. Jusqu’à ce puissant bouc aux cornes massives. L’idée fait horreur, mais devant tant de majesté, on comprend qu’elles soient devenues le trophée de chasseurs sans scrupule. L’abattage de vieux spécimens en Valais, commercialisé par des voyagistes à de riches touristes américains, a récemment choqué l’opinion publique. «Ici, tout est strictement régulé par les services cantonaux de la faune», assure Andrea Waser. Bien qu’elle ne soit plus en danger, avec 84’000 individus dans les Alpes et 18’000 en Suisse, l’espèce reste protégée.

Des espèces protégées, il y en a une autre que les plus chanceux peuvent espérer voir au Pilatus: il n’est pas rare que des gypaètes barbus viennent empiéter sur le territoire occupé, entre autres, par des cerfs, des aigles, des chamois ou des marmottes. Toute une faune endémique qu’un autre site, de l’autre côté du lac des Quatre-Cantons s’est donné pour mission de protéger: le Tierpark de Goldau, dans le canton de Schwytz (lire ci-dessous).

Infos: Safari Bouquetin De juillet à octobre. Prix par personne (pour les transports, repas, guide, hôtel, etc.): 259 fr. (chambre double standard), 299 fr. (double supérieure). Prochaines dates: 26/27 août, 7/8, 14/15 et 21/22 oct. www.pilatus.ch