L’invitéTrump et le fossile: une obsession mortifère
L’invité René Longet, ancien élu, expert en durabilité.
Incendies massifs, inondations, extrêmes climatiques, fonte du permafrost, montée des océans, rien n’y fait, le déni du changement climatique fait toujours recette. Désormais à la tête des États-Unis, Trump véhicule un concept de développement et de progrès des années 50, voire du XIXe siècle, fondé sur le fossile à outrance, comme si la prospérité économique exigeait de saper ses propres bases.
L’exaltation de la liberté sans limites, quoi qu’il en coûte, sans égard pour les plus faibles et une nature taillable et corvéable à merci, est au cœur d’une contre-révolution appelée conservatrice, mais en réalité destructrice. Une contre-révolution qui veut conquérir Mars au lieu de prendre soin de la Terre, dans un attachement infantile à des fantasmes de toute-puissance technologique et de domination, qui ont déjà fait tant de mal dans le monde. Au lieu de corriger une économie qui dérape, on lui sacrifie tout.
L’obsession d’accélérer l’exploitation des ressources fossiles a quelque chose de pathétique, car elle ne répond à aucune nécessité objective. En associant optimisations techniques, sobriété dans les usages et essor des renouvelables, on relie aisément compétitivité économique et maintien des systèmes naturels. Point besoin d’opposer écologie et économie, les solutions sont là. Les voici en grand danger d’être piétinées sans ménagement. Sait-on assez qu’aux États-Unis, 1'000’000 de personnes gagnent leur vie dans les énergies renouvelables – et 42’000 dans l’extraction de charbon?
Déjà, les banques américaines se retirent de leurs engagements climatiques. Un juge du Texas interdit la finance durable. Dans le monde entier, dirigeants illibéraux, apprentis dictateurs et dictateurs confirmés applaudissent, et Trump est trop heureux de se retrouver parmi eux dans un nouveau partage du monde. Mais les municipalités et les États gardent des marges de manœuvre, et l’offre et la demande continuera de jouer tant qu’il y aura une clientèle intéressée à isoler ses bâtiments ou à installer du solaire ou de l’éolien. Tous les milliardaires ne font pas allégeance: Michael Bloomberg est prêt à payer la cotisation de son pays à ONU Climat!
Ne nous laissons pas emporter par l’air du temps; ne laissons pas partir en fumée cinquante ans de prise de conscience environnementale. Mais le détricotage systématique du Pacte vert de l’UE, à la suite de la progression des formations d’extrême droite au Parlement européen et dans les États membres, n’est pas de bon augure.
Rappelons-nous aussi ce qui fait l’attractivité de ce populisme à courte vue: la détresse de millions de personnes devant des inégalités croissantes, devant l’incapacité de bien des dirigeants démocratiques de passer aux actes – combien de fois ont-ils juré de ne laisser personne de côté? – et la précarité, la non-reconnaissance, sont toujours là. Trump, lui, tient parole, même si sa parole est toxique, ses raisonnements tordus, sa séduction diabolique, sa capacité à mentir illimitée.
Sachant que l’écologie est d’abord une science, en l’associant à des perspectives économiques et sociales positives, elle devrait pouvoir retrouver une meilleure écoute. On peut certes nier des faits scientifiquement établis – comme on peut nier une maladie (le Covid par exemple) – mais la réalité nous rattrapera toujours. Le destin de l’humanité est-il vraiment de transformer sa patrie commune en enfer? Si c’est cela le prix de la prospérité promise, à quoi bon? Ne laissons pas le dernier mot aux destructeurs de notre avenir!
Vous avez trouvé une erreur?Merci de nous la signaler.




















