Trondheim dessine le bruit et la fureur du monde

Bande dessinéeDe l’androïde Lapinot à la souris Mickey, l’artiste en vraie énigme sur pattes, mue avec une folle fantasia.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Auréolé d’une réputation de dessinateur taiseux, ronchon et misanthrope, Lewis Trondheim, 55 ans, déteste s’expliquer ailleurs que dans ses dessins. Comme le surdoué cosmopolite crayonne avec volubilité, personne ne songerait à lui en tenir rigueur. Chez Glénat, Dupuis et autres éditeurs mastodontes, le prolifique redéfinit la création commerciale avec une élégance postmoderne.

À l’association dont il est cocréateur, le franc-tireur délire avec une fantasia plus intime. En début d’année, via son alter ego Lapinot, le Français y prenait de bonnes résolutions, une page de cahier Moleskine à remplir par jour. Compilées, ces 365 «Herbes folles» en miniformat à l’italienne vagabondent dans la jungle terrestre qui grignote les dernières pierres de la société consumériste comme un lapin face à une carotte de Papouasie. Vomi et autres phénomènes éruptifs scandent l’épopée du héros face à des monstres inquiétants.

La fée Électricité a perdu sa baguette magique, les frigos moisissent, l’heure s’aggrave. Mais l’aquarelle délicate lave tous les excès. D’autant que Lapinot, ressuscité depuis 2017 après avoir été trucidé par son créateur, puise dans une obstination pugnace un bondissant instinct de survie. Et puis, au pire, il y a les pompiers.

«Horrifikland» (Éd. Dargaud), troisième aventure de Mickey Mouse revisitée ici avec Alexis Nesme, confirme cet excellent état d’esprit. Dans un parc d’attractions désolé, les fantômes de carton-pâte rigolent avec Pat Hibulaire, flanquant la trouille à Donald sous l’œil goguenard de Dingo. Mickey veille, fringant gardien de la tradition contre «le temps qui passe et qui ravage».

Sur son blog, l’auteur prédit d’ailleurs un troisième tome des «Nouvelles aventures de Lapinot» en janvier prochain, comme de nouveaux épisodes de «Donjon», sa série avec Joann Sfar. Lui qui vitupère volontiers sur l’assèchement créatif du neuvième art n’est pas près d’en envisager l’apocalypse.

Créé: 08.05.2019, 16h20

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Elections: le PLR impute sa défaite à Maudet
Plus...