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Patrimoine rarissimeTrélex retrouve un parchemin du XVe siècle

La Commune a restauré un document liturgique rare. Il est possible d’y lire une musique du Moyen Âge. Ce n’est pas le plus vieux document de ses archives.

La Commune de Trélex a restauré un ancien document qui datait du 15e siècle et qui traînait dans ses archives. Elle le présente à la presse.
La Commune de Trélex a restauré un ancien document qui datait du 15e siècle et qui traînait dans ses archives. Elle le présente à la presse.
PATRICK MARTIN

«C’est fabuleux. On se sent tout petit quand on voit ce qu’ils savaient faire sur un bout de peau à l’époque.» Pierre Hofmann, syndic de Trélex, avait les yeux écarquillés lundi soir devant le parchemin du XVe siècle que sa Commune vient de faire restaurer. Vincent Guillot, directeur de la société Pro Archives Conseils, qui s’occupe des archives du village, a présenté le document à une Municipalité heureuse d’en savoir plus sur le trésor qui sommeillait dans des cartons depuis des siècles.

«Il existe des documents plus anciens dans les archives des communes, éclaire Vincent Guillot. Ceux-ci remontent souvent au XIVe siècle. Mais ce feuillet restauré est particulier, car c’est un document liturgique rarissime dans les villages.»

Si le parchemin était recensé depuis des décennies, il avait été oublié jusqu’à ce qu’un chercheur de l’Université de Lausanne spécialisé dans la musique médiévale s’approche de la Commune. Il voulait avoir accès à la partition, qu’il a pu entonner. Cette mise en lumière a permis de prendre conscience de la valeur du feuillet et de sa nécessité d’être restauré. Un travail qui vient d’être terminé.

Couleurs de l’époque

Sur le parchemin, il est possible de voir les portées en notation neumatique, comme on écrivait la musique au Moyen Âge. Les paroles en latin sont toujours lisibles. Elles sont agrémentées de belles enluminures et de lettrines finement décorées rouges et bleues. «Les couleurs sont exceptionnelles, s’enthousiasme Vincent Guillot. Elles datent de la fin du XVe siècle et n’ont pas été recoloriées.»

Le document est en réalité un feuillet d’un livre de musique sacrée, peut-être écrit à l’abbaye de Bonmont actuellement sur la Commune de Chéserex. Ces antiphonaires étaient des recueils de chants grégoriens que les moines interprétaient aux heures canoniales. Les ouvrages de ce genre n’ont pas résisté à la Réforme et la plupart d’entre eux ont été détruits dans cette période. «Il y a eu un massacre, regrette l’archiviste. Les pages ont été arrachées et dispersées pour être utilisées d’une autre manière car le parchemin avait une grande valeur. Pour produire 1000 pages, il fallait un troupeau entier de chèvres ou de vaches.» Cette peau de bête tannée avait aussi l’avantage d’être résistante, comme en témoigne le document récemment restauré, vieux de 500 ans.

À Trélex, le feuillet a été utilisé par la suite comme chemise dans laquelle on mettait un dossier. Au XVIIIe siècle, il a ainsi accueilli des documents liés à un litige en 1578 entre les communes de Gingins et Trélex concernant l’utilisation d’un terrain. Si le dossier a disparu, une note à l’encre noire écrite sur la partition liturgique en résume le contenu.

«Le parchemin avait une grande valeur. Pour avoir 1000 pages, il fallait un troupeau entier de chèvres ou de vaches»

Vincent Guillot, directeur de Pro Archives Conseils

La réutilisation des documents n’est si pas si exceptionnelle. Vincent Guillot a déjà vu des archives du XVIIIe siècle qui ont servi à tapisser des murs. La qualité du papier en faisait un matériau intéressant à certaines périodes de l’histoire.

La Municipalité de Trélex n’a pas encore décidé de l’avenir de son extrait d’antiphonaire. Il pourrait être numérisé pour être ensuite mis à la disposition du public et des chercheurs sur son site internet.

Dans les archives de la Commune, d’autres trésors plus anciens sont conservés. Le plus vieux date de 1311. Il s’agit d’un acte dans lequel l’abbaye de Bonmont autorise l’utilisation d’une terre. Un autre de 1441 est plus intéressant car il a une portée dans le présent. Ce parchemin en latin est l’acte par lequel l’abbaye de Saint-Oyens, sur la commune de Saint-Claude en France, permet l’usage de l’alpage de Couvaloup, qui est encore aujourd’hui propriété de Trélex. C’est à cet endroit que le populaire restaurant de la Trélasse, à deux pas du col de la Givrine, est construit. «Ce parchemin est la preuve que vous êtes propriétaires de cet alpage», prévient Vincent Guillot en prenant à témoin la Municipalité.