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Transition de genre
Lynn Bertholet a réussi sa transition

Portrait de Lynn Bertholet en tenue blanche, posant la main sur son visage. © Magali Girardin
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En bref:
  • Lynn Bertholet a vécu comme Pierre-André pendant cinquante-six ans.
  • Elle a finalement fait une transition de genre réussie en 2017.
  • Sa carrière dans la finance s’est compliquée après cette transition.
  • Lynn préside l’association ÉPICÈNE pour soutenir l’identité de genre.

J'ai rencontré dernièrement une femme charmante dont la vie n'a pas toujours été un long fleuve tranquille. Grâce à sa persévérance, son courage, sa détermination et sa souffrance aussi, elle a réussi à combattre les préjugés et devenir ce qu'elle a toujours ressenti être au fond d’elle-même: une femme. Car Lynn fut pendant cinquante-six ans Pierre-André.

En 2015, vous avez obtenu de nouveaux papiers d’identité, avant même d’avoir subi des opérations chirurgicales. Mais revenons quelques années en arrière et parlez-moi de votre parcours: à partir de quel âge avez-vous eu le sentiment d’être différente ?

J’ai manifesté le fait que je ne me sentais pas comme un petit garçon vers l’âge de 5 ans, en demandant de porter des robes comme une petite fille, et en pratiquant des jeux de fille également. Mais j’étais incapable de comprendre pourquoi j’avais ce sentiment, je n’avais pas encore la conscience du genre féminin ou masculin, je désirais juste vivre comme une petite fille.

Vos parents divorcent à cette période, vous souhaitez plutôt porter des robes, jouer à la poupée… Quelle a été la réaction de votre mère?

Ma maman a été bienveillante, elle n’a pas réagi excessivement, mais m’a quand même expliqué que j’étais un petit garçon et que je devais m’habiller en tant que tel, c’est-à-dire porter des pantalons, des habits de garçon. Pour les jeux, elle m’a laissé plus de liberté, mais elle est restée claire avec moi sur le fait que je n’étais pas une fille. J’ai compris que pour être aimé de ma maman, il fallait que je sois un gentil petit garçon.

* inclut personne transgenre et de la diversité du genre

Pourtant vous vous êtes mariée et divorcée deux fois, mais professionnellement, vous vous rendez compte que vivre votre féminité tout en offrant une prestation d’homme était devenu impossible. Quelle profession exerciez-vous à l’époque?

J’ai évolué dans la carrière bancaire. À partir des années 90, j’ai été cadre supérieure dans des banques et dans des sociétés financières. J’ai aussi enseigné pendant dix-huit ans à l’Université de Genève.

En 2014, une psychologue diagnostique le fait que vous possédez un cerveau droit particulièrement développé, lié, selon elle, à la féminité, la sensibilité et l’intuition. Vous lui avez alors avoué avoir le sentiment, depuis toujours, d’être une femme. À tous les niveaux, cela vous a aidée à faire votre transition. Votre évolution physique s’est conclue le 12 janvier 2017 par une opération dite de «réassignation». Que signifie-t-elle?

Effectivement, cette psychologue m’a fait comprendre que je pouvais changer si je le désirais et m’a donné les coordonnés d’une spécialiste qui pouvait m’aider à ce sujet. C’est là qu’a commencé, comme j’aime l’appeler, mon «voyage» pour arriver à m’éloigner de l’homme que j’étais en apparence. C’est pour cette raison que j’ai tout d’abord fait une opération du visage consistant à raboter mes arcades sourcilières, puis une augmentation mammaire. Je dirais que ces deux opérations, avec la greffe de cheveux et l’épilation du corps, m’ont vraiment permis de m’éloigner de Pierre-André et de me sentir femme. Finalement, la «chirurgie de réassignation des caractères sexuels primaires» faite le 12 janvier 2017 n’a été ni la plus importante ni la plus douloureuse. Aujourd’hui, les personnes trans ne parlent pas de cette opération parce qu’elle relève de la sphère purement privée.

Quelle a été l’attitude de votre employeur à la suite de votre évolution, quand vous êtes revenue à votre poste en tant que femme?

Disons que la banque n’a pas tenu les promesses qui m’avaient été faites avant mon changement. J’ai été licenciée deux ans après, comme près de 30% des personnes qui font une transition en cours d’emploi.

Comment avez-vous choisi le prénom de Lynn plutôt qu’un autre?

À l’époque de mon adolescence, j’avais vu un film intitulé «Gwendoline» avec une actrice que j’avais adorée. À partir de là, j’ai utilisé ce prénom pour ma vie intérieure. Plus tard, quand j’ai préparé mon changement de prénom à l’état civil, j’en ai discuté avec mon ex-femme. Elle m’a indiqué qu’elle utiliserait un diminutif de Gwendoline. J’ai alors choisi Lynn, orthographié en anglais en hommage à Lynn Conway, femme trans des années 70, aujourd’hui décédée, et qui a été l’inventrice du microprocesseur, une pionnière dans le domaine de l’électronique et dans le changement de genre, qu’elle a payé au prix fort.

Vous avez créé et êtes la présidente de l’association ÉPICÈNE. Quelles sont les actions de votre association?

ÉPICÈNE est une association qui aide toute personne questionnant son identité de genre, quel que soit son âge, son orientation sexuelle ou son milieu social. J’ai reçu, par exemple, une maman dont le petit garçon de 4 ans désirait se maquiller et agir comme une petite fille. Et la personne la plus âgée que nous avons accompagnée dans sa transition avait plus de 70 ans.

Avec toute l’expérience que vous avez maintenant, quels conseils donneriez-vous à une personne qui souhaiterait faire ce long voyage?

Je vais me baser sur la métaphore du «voyage». Comme tous les voyages, il faut bien le préparer, ne pas le faire seul et être bien accompagné, notamment par les proches en qui vous avez confiance. Après, l’aide de professionnels de santé bien formés sur l’incongruence de genre est aussi nécessaire. Le milieu associatif trans* - comme ÉPICÈNE – propose également des groupes de parole et des espaces sûrs pour rencontrer d’autres personnes en questionnement et trouver des réponses aux très nombreuses questions que soulève un tel voyage.

Pour conclure, si vous aviez une baguette magique, quelle serait l’action que vous mettriez en place immédiatement?

Je ferais en sorte que les personnes trans aient les mêmes opportunités et chances que tout un chacun, parce qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire à ce sujet malheureusement, que ce soit au niveau familial, social ou professionnel, et l’évolution actuellement va plutôt dans le sens contraire.

*inclut personne transgenre et de la diversité du genre