Passer au contenu principal

Critique musique classiqueTout un théâtre dans un violon

En concert samedi avec l’Orchestre de chambre de Genève, Patricia Kopatchinskaja a emprunté des chemins esthétiques étonnants et déroutants.

La violoniste d’origine moldave Patricia Kopatchinskaja a joué samedi au Victoria Hall.
La violoniste d’origine moldave Patricia Kopatchinskaja a joué samedi au Victoria Hall.
Frank Mentha

Elle foule la scène du Victoria Hall en savates, qu’elle ôtera très vite pour rester pieds nus. Pantalons larges et asymétriques, queue-de-pie inachevée, aux gros points de bâti blancs et aux manches tenant par quelques fils à peine au buste, voilà que Patricia Kopatchinskaja se place d’entrée en décalage avec ce que le monde corseté du classique affiche à l’accoutumée. La violoniste d’origine moldave, établie depuis deux décennies en Suisse, n’est pas dans la convention et elle aime le faire voir et savoir. À Genève, samedi soir, tout est venu rappeler, parfois dans l’excès, cette aspiration.

Ainsi, son «Concerto pour violon» de Tchaïkovski s’est offert aux mélomanes dans la salle sous des traits presque réinventés, agrémenté de dynamiques prononcées – on s’est cru sur des montagnes russes par endroits – et d’accents placés ici et là généreusement, avec beaucoup de théâtralité. Autant de choix qui interrogent: pourquoi débuter l’«Allegro moderato» avec des pianissimi aussi soulignés? Pourquoi plonger avec autant de vitesse dans la longue cadence centrale? Quel sens donner à cette absence de vibratos, à ces sonorités râpeuses, si proches des violons en boyau? Ces questions sont restées ouvertes dans la «Canzonetta. Andante» et dans le mouvement final, où la musicienne a manqué parfois de clarté, d’intelligibilité même, et de précision aussi, dans les enchaînements virtuoses.

À ces quelques déconvenues, on opposera la belle tenue de l’Orchestre de chambre de Genève, en grande forme sous la direction toujours vitaminée et précise de Gábor Takács-Nagy. Avec l’«Ouverture» ciselée et à la motricité puissante de «Der Schauspieldirektor» de Mozart, on a retrouvé un décor sonore plein de jus et de couleurs vives. Plus loin, les sonorités généreuses des archets, les rondeurs des bois, et les phrasés à éloquence imparable ont conféré une très fière allure à la «Symphonie No2» de Beethoven. Ce fut la très belle consolation de la soirée.

1 commentaire
    Olivier Twist

    Pourquoi ne peut-on pas interpréter une œuvre avec fantaisie et originalité, loin des interprétations standards et uniformes sans que les critiques pleuvent. Faut-il toujours jouer d’une manière calviniste et confinée entre 4 murs pour plaire aux journalistes? Ce n’est heureusement pas le cas du public qui demande de sortir de leur quotidien prévisible, la preuve avec les applaudissements que Patricia Kopatchinskaja a reçu en retour.