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Résidence d’écritureTours et détours vers une création ajournée

Les Genevois Dorothée Thébert et Filippo Filliger peaufinent leur spectacle dans la galerie nyonnaise eeeeh!

L’espace eeeeh! se met à disposition d’artistes tels que Thébert et Filliger, dont la crise étire le cheminement créatif.
L’espace eeeeh! se met à disposition d’artistes tels que Thébert et Filliger, dont la crise étire le cheminement créatif.
Dorothée THéBERT

Bien obligés de naviguer à vue, les Genevois Dorothée Thébert et Filippo Filliger. Pourtant adepte des équipées au long cours, le couple subit de plein fouet les aléas de la crise pandémique. Uni à la fois par les liens du mariage et de la conception artistique, il est au bénéfice d’une bourse d’aide à la création décernée par la Ville de Genève. Laquelle devait aboutir, ce mois de janvier, à une performance dans l’espace public; puis, un jour à venir, à un spectacle intitulé «S’enraciner dans les ruines» – une création «qui se cherche encore un lieu». Or la première étape du projet, consistant à inscrire à la craie la Déclaration universelle des droits de l’homme à même l’asphalte nyonnaise, passe à la trappe pour cause de restrictions sanitaires.

Or il se trouve que le collectif eeeeh!, responsable de l’espace de l’ancienne Grenette à Nyon, met sa galerie à la disposition d’artistes que le virus freine dans leur élan. Jusqu’à dimanche, Dorothée Thébert et Filippo Filliger y profitent d’une résidence d’écriture, toujours dans le cadre de leur travail sur les droits humains, nourri entre-temps par l’expérience du jardinage durant le premier confinement, ainsi que par la lecture du «Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain» que la philosophe Simone Weil rédigea en 1943 sous le titre «L’Enracinement».

Investir l’espace public

Mais le duo ne s’en tient pas au tête-à-tête inspiré derrière une vitrine. En lieu et place de sa performance urbaine, il affiche quotidiennement les libellés d’«actions» permettant aux visiteurs individuels (sur rendez-vous) de mieux «exercer le sensible». «Marchez aussi longtemps que nécessaire pour trouver un endroit où s’exclamer: «Quel beau paysage!» Dessinez ce paysage.» Ou encore: «Récoltez une feuille ou une fleur. Avouez-lui un secret à voix basse et faites-la sécher dans ce cahier», lit-on sur des morceaux de papier scotchés aux parois. «Le théâtre ramené à sa forme la plus pauvre», sourient les complices, qui espèrent par la suite, après une nouvelle phase de recherche entre les murs de l’espace Utopiana, à Genève cette fois, «amener un jardin sur la scène». En 2022 peut-être…

Au nombre de douze, les instructions qu’ils fournissent visent à «investir l’espace public» au gré d’une balade au plus proche du vivant pouvant durer de trente minutes à deux heures. Bonne nouvelle en ces temps de brouillard, les éditions nyonnaises Ripopée publient le «Cahier de dérive» regroupant ces exercices sous une forme ludique et interactive. Quels que soient son âge et son rapport à la nature ou à la culture, on pourra se le procurer dès samedi via le site ripopée.net. Quant à notre duo, il s’avoue «content de commencer l’année en finissant quelque chose».

«S’enraciner dans les ruines», résidence jusqu’au 31 janvier à l’Espace eeeeh!, pl. du Marché 2, Nyon, www.eeeeh.ch