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PortraitThibaud Agoston, un style qui claque

L’humoriste genevois a reçu le Prix SSA de l’humour 2020 du Nouveau talent.

Thibaud Agoston: «Je considère qu’un sketch n’est jamais fini.»
Thibaud Agoston: «Je considère qu’un sketch n’est jamais fini.»
Magali Girardin

«Homme moderne». Concept rimbaldien pour spectacle révélateur. Tant et si bien que Thibaud Agoston, son jeune créateur, en train de se faire son nom dans le monde particulier du stand-up, était récemment l’un des lauréats du Prix SSA de l’humour 2020 dans la catégorie Nouveau talent. «J’attends de voir ce que ça va changer», confie l’intéressé, qu’on retrouve dans un café du centre-ville, quelques jours après la réouverture officielle des établissements. Dans l’attente de retrouver la scène, il patiente chez lui, dans le canton de Genève, comme ces deux derniers mois. «La scène m’a tellement manqué. J’y suis accro. Depuis que tout s’est arrêté, je m’ennuie un peu, forcément. Sinon, ce prix SSA, c’est à la fois une reconnaissance et un apport financier non négligeable.»

Né à Genève en 1996, Thibaud Agoston a connu une enfance «standard», avant de se passionner pour l’impro dès l’âge de 13ans. «C’est là que j’ai tout appris. Et en l’occurrence avec des gens plus grands que moi. Donc j’ai eu beaucoup de retours d’adultes. Je me souviens surtout que je voulais déjà faire du seul-en-scène. Aujourd’hui, nous sommes beaucoup en Suisse romande à en faire et ce n’est pas plus mal. Pour ma part, j’ai aussi étudié deux ans au Cours Florent. Me frotter à un répertoire classique m’a fait du bien. Tout cela m’a conduit à 2019.» L’année d’avant, le jeune homme avait en effet gagné au festival Morges-sous-Rire et en 2019, il remporte l’un des prix de Mon premier Montreux. «Tout cela m’a ouvert la porte à plein de scènes et de salles. J’en faisais trop, même, et j’ai dû arrêter le Cours Florent.» En temps normal, le jeune homme fait entre cinq et six scènes par semaine, tous formats confondus. Impressionnant!

Limites du perfectionnisme

Son art, c’est celui de la précision. En stand-up, ses sketches sont imparables, aussi bien ciselés que parfaitement dits. «Je fais très attention à la forme, commente l’artiste. Je suis passionné de slam, de poésie, de rap.» Autant de disciplines qui convergent. «J’ai tenté d’associer poésie et stand-up. Même si je lis peu, j’ai l’amour du texte, et j’essaie de le transmettre dans des blagues. Résumer une vaste pensée en une phrase choc, c’est l’idéal. J’avoue aussi que j’aime bien trop en faire. J’apprécie ce qu’on nomme le surjeu, ainsi que la folie scénique. J’adorerais faire comme Blanche Gardin sur scène. À l’écriture, cela peut me prendre un an comme cinq minutes.»

Cette forme de perfectionnisme a inévitablement ses limites. «Je considère qu’un sketch n’est jamais fini. Je ne suis en tout cas pas capable d’y mettre un point final. Cela vaut aussi pour l’ensemble du spectacle. J’estime qu’«Homme moderne», dans lequel Nadim Ahmed me met en scène, n’est pas tout à fait fini. J’aurais encore des sketches à y intégrer. Et au niveau du look, je suis connu pour n’être pas trop bien sapé. À Montreux, on m’a pourtant vu avec un costard. Mais moi, je pense que je n’ai pas encore trouvé ma tenue scénique. D’ailleurs, il faut que j’essaie de vendre mieux mes blagues.»

Besoin de stress

Des idées de spectacles, il n’en manque en revanche jamais. «Entre une heure de blagues et un spectacle, ce n’est pas tout à fait la même chose. J’aimerais faire quelque chose autour d’un vrai sujet. Je crois aux spectacles à thème. Mais pas question de faire «Homme moderne 2». Quand je rentre sur scène, j’aime me rappeler que je dois réaliser mon rêve et vivre ma meilleure vie.» Dans cette logique, Thibaud Agoston a besoin de stress et de ressentir le trac. S’il a des blancs – cela arrive même aux meilleurs – il brode. «Le truc, c’est de l’avouer au public.» Aujourd’hui, l’humoriste considère qu’il n’est pas encore très connu. «Je fais énormément de plateaux découvertes. Chacun des invités a droit à trente minutes. Par exemple, j’ai représenté Morges-sous-Rire dans différents festivals. Quant à mes influences dans le domaine, elles sont nombreuses. Redouanne Harjane, Gad Elmaleh, qui m’a donné envie de faire ça, ou le rap battle, un genre que j’ai toujours aimé et qui est très bienveillant.»

Pour voir Thibaud Agoston, dès la réouverture des lieux de spectacle à Genève, il est conseillé de surveiller le programme du Caustic Comedy Club. Il y est pensionnaire avec Cinzia Cattaneo, Bruno Peki, Nadim Ahmed et Kevin Eyer. Chaque samedi, il y fait d’ailleurs des live, dont le prochain ce samedi 6 avec Yann Marguet à 21heures. Encore mieux, du 18 au 20juin, il va rejouer son spectacle au Caustic. Alors n’hésitez pas. L’humour moderne vous attend.